Changement climatique

La solidarité doit passer avant la compétition

Jose Edouard Bononge Endundo, Ministre de l’Environnement, de la Conservation de la Nature et Tourisme de la République démocratique du Congo

Témoignages.re / 9 janvier 2010

Le 17 décembre à Copenhague, le ministre de l’Environnement de la RDC a montré combien il est urgent d’agir pour lutter contre la pauvreté. C’est en effet la pauvreté qui est à l’origine de la déforestation, et dans un pays comme la RDC, c’est la déforestation qui est la principale source des émissions de gaz à effet de serre.

« Monsieur le Président,

Permettez moi tout d’abord d’exprimer, en mon nom propre et au nom de la délégation qui m’accompagne, nos remerciements pour l’accueil chaleureux qui nous a été réservé par le Royaume du Danemark.

Je voudrais aussi féliciter particulièrement votre présidence de la COP15/CMP5, du travail considérable accompli, car nous te savons, ta tâche n’a pas été aisée.

Monsieur le Président,
La République Démocratique du Congo se réjouit de cette forte mobilisation de toutes les nations pour tenter de résoudre un problème mondial, celui de ta lutte contre te changement climatique qui est sans conteste l’un des enjeux principaux de notre époque. Cet enjeu concerne l’ensemble des pays, quels que soient leur situation géographique, leur stade de développement et leur niveau de responsabilité. Ceci montre que tous, riches ou pauvres, avons pris conscience de la nécessité et de L’urgence de trouver ensemble des solutions durables et équitables.

Consciente de l’importante contribution qu’elle peut apporter dans te processus de stabilisation du climat, la République Démocratique du Congo réaffirme sa volonté de participer à l’effort mondial entrepris par ta poursuite, aux côtés des pays du Bassin du Congo, de sa politique de gestion durable de ses 1.450.000 km2 de forêts naturelles tropicales, de ses importantes ressources d’eau douce et de ses 300.000 km2 d’aires protégées.

« La déforestation est directement liée à ta pauvreté »

La République Démocratique du Congo tient aussi à faire savoir que cet effort considérable ne saurait se faire aux dépens du développement économique et social de ses populations.
Voilà pourquoi, la République Démocratique du Congo réclame des mesures concrètes, immédiates et perceptibles par les populations, notamment sur le mécanisme REDD+.

Monsieur le Président,
Alors que nous poursuivons nos discussions, aujourd’hui même, dans la forêt équatoriale congolaise, des centaines d’arbres ont été abattus pour satisfaire tes besoins de nos populations qui vivent dans, avec et à travers la forêt. En étendant cette réalité quotidienne à l’ensemble des pays forestiers tropicaux, je vous laisse estimer l’importance des superficies forestières qui ont été décimées depuis Bali. Entre temps, qu’avons nous fait si ce n’est discuter.
Nous savons tous que la déforestation est directement liée à ta pauvreté et que tes promesses non tenues ne nourrissent pas les populations au mieux elles engendrent de la résignation, au pire de la révolte.

Quand allons nous enfin pouvoir disposer des moyens financiers nécessaires pour obtenir l’adhésion de nos populations aux politiques environnementales dans lesquelles nous nous engageons et qui sont jusqu’à présent vécues comme autant de contraintes ?

Le Fonds d’adaptation créé par la Convention en 1992 a mis quinze ans pour devenir opérationnel. Allons nous connaître le même sort avec REDD+ ?

En ce qui concerne l’adaptation des pays les plus vulnérables, quand allons nous avoir un chiffrage clair et des engagements précis de ta part des pays développés, et ce à ta hauteur des montants requis ?

Améliorer le Protocole de Kyoto

Toutes les politiques d’atténuation et d’adaptation ne sauraient bien entendu être mises en œuvre sans un réel renforcement des capacités et un transfert des technologies qu’il nous faudra nécessairement maîtriser. Hélas, la compétition ayant pris le pas sur la solidarité, un consensus n’a pu être dégagé.

Il nous reste une question pendante à aborder, celle de la deuxième période d’engagement du Protocole de Kyoto. La République Démocratique du Congo soutient en ta matière ta position du Groupe Afrique et cette du Groupe des 77 et de la Chine. Le Protocole de Kyoto mérite certes d’être amélioré au niveau de ses procédures de mise en œuvre, mais à ce jour il demeure le seul instrument juridique opérationnel contraignant qui permette d’atteindre un objectif d’atténuation des émissions et, à ce titre, il doit être maintenu.

En conclusion, ta République Démocratique du Congo invite l’ensemble des Parties

- à adopter un Accord politique tes enjoignant de finaliser un accord juridique sur te climat pour la période post Kyoto, et ce dans tes 6 mois qui viennent, sans attendre la COP 16 de Mexico ;

- à rapidement mettre en place tes moyens financiers nécessaires pour ta mise en œuvre des actions qui ont d’ores et déjà fait l’objet d’un consensus, notamment celtes concernant le REDD+ et l’adaptation dans les pays les moins avancés.

Mesdames, Messieurs,
Voici venu le temps de ta responsabilité et de la solidarité. L’urgence est là. Elle exclut toute possibilité d’échec. C’est à nous d’en décider aujourd’hui et ici à Copenhague.
Je vous remercie »


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