Changement climatique

Le changement climatique remet tout en cause

Les conclusions du rapport du GIEC s’appliqueront dans notre île

Témoignages.re / 10 octobre 2013

Lors d’une rencontre avec la presse hier, Paul Vergès a présenté les premières conclusions du résumé pour les décideurs du 5e rapport du GIEC. Le président de l’ONERC a remis aux journalistes une traduction française de ce document diffusée sous la responsabilité de l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique.

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Paul Vergès avec Rajendra Pachauri, président du GIEC, lors de la présentation du rapport du GIEC à Paris.

Paul Vergès a exposé hier les premières conclusions du résumé pour les décideurs du 5e rapport du GIEC. Ce document est la base scientifique du débat qui aura lieu lors des conférences internationales.

Le 30 septembre dernier, ce rapport était présenté officiellement à Paris au ministère des Affaires étrangères. Cette réunion s’expliquait par la candidature de Paris pour la conférence internationale de 2015. Son objet sera d’arriver à concrétiser dans des décisions internationales la suite du Protocole de Kyoto, dit en substance Paul Vergès.

Ce que nous apprend ce rapport, c’est que « tous les éléments de caractère technique, scientifique, économique, climatique, se sont aggravés » , ajoute le président de l’ONERC, « on est à la limite de la nécessaire action pour éviter la catastrophe irréversible » .

Le problème de l’eau

Les conclusions du rapport pour les décideurs s’appliquent à La Réunion. Car La Réunion sujette aux conséquences des changements mondiaux. Cela concerne des données fondamentales : eau, nourriture et énergie.

Le GIEC dit que les phénomènes climatiques extrêmes sont liés au changement climatique. À La Réunion se pose aujourd’hui le problème de l’eau. Il faut agir pour la sauvegarde de la ressource, et sa répartition, car cela a des conséquences sur le développement économique et social. Le président de l’ONERC constate que le manque d’eau touche toutes les régions de l’île, y compris la région humide au vent.

Ce que confirme le rapport du GIEC, c’est que les phénomènes climatiques extrêmes qui vont devenir la règle. Cela veut dire que cette sécheresse sera plus fréquente, et La Réunion aura 150.000 habitants de plus. Sur ce point, Paul Vergès note un retard considérable des responsables politiques dans la sauvegarde de sa ressource, sa préservation et la prévision.

Les erreurs des décideurs

Plusieurs erreurs sont mises en évidence. C’est d’abord le chantier du basculement des eaux d’Est vers l’Ouest. En perçant à l’aveugle dans la montagne, le risque existait de transpercer une nappe d’eau perchée. Et c’est malheureusement ce qui est arrivé. Une eau précieuse stockée depuis des années est ainsi partie à la mer.

Les données du GIEC remettent en cause les raisons de ce chantier. En effet, l’eau est puisée dans l’Est, avec Salazie en point de départ. Mais dans le cirque, c’est la sécheresse, et des maraîchers annoncent des pertes de 75%.

Si cette sécheresse se maintient, les conséquences seront catastrophiques pour les planteurs de l’Ouest, qui utilisent l’eau du basculement. Car le manque d’eau fait chuter la richesse de la canne à sucre.

Un autre aspect, c’est le gaspillage de l’eau rendue potable à grands frais pour n’être utilisée qu’une fois.

Paul Vergès note aussi combien il sera nécessaire d’adapter l’architecture à des températures plus chaudes qu’aujourd’hui. Or, la tendance a été de tourner le dos à la construction traditionnelle et d’importer à La Réunion des types de construction conçus pour le climat européen.

L’heure de la responsabilité

Enfin, se pose la question essentielle de l’arrêt de la marche vers l’autonomie énergétique. Avant 2010, La Réunion était citée comme exemple dans l’utilisation des énergies renouvelables. De plus, le projet du tram-train devait permettre de diminuer la pollution liée au transport. Lors de la présentation du rapport du GIEC, Rajendra Pachauri, le président de cette instance, est descendu de la tribune pour demander à Paul Vergès l’état d’avancement de l’autonomie énergétique pour 2025. Le président de l’ONERC dut annoncer au président du GIEC que cet objectif ne pourra pas être tenu, à cause des décisions prises depuis le changement de majorité régionale.

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À La Réunion, l’eau n’est plus une ressource abondante. Sa gestion va devenir de plus en plus complexe du fait du changement climatique et de l’augmentation de la population.

Cela pose la question du message que La Réunion portera en 2015 à la conférence de Paris. Car le problème de l’énergie sera au cœur des débats de cette conférence.

Paul Vergès conclut en appelant chacun à la responsabilité, car les enfants qui naissent aujourd’hui vont vivre tout ce que prévoit le rapport du GIEC. Devront-ils subir une hausse de plus de 4 degrés de la température moyenne à cause de l’imprévoyance des décideurs actuels ?

M.M.

L’anticipation : exemple du Port

Pour situer le niveau de la responsabilité des décideurs, il existe une illustration à La Réunion, c’est la transformation de la commune du Port.

Quand Paul Vergès devient maire en 1971, elle a 18.000 habitants. Le sénateur rappelle que le premier débat du Conseil municipal était de fixer les orientations pour préparer une cité de 50.000 habitants en 2025. Tout a été fait pour prendre en compte cette donnée : aménagement des quartiers, largeur des rues…

L’autre urgence était de protéger la population des crues de la rivière des Galets. Cela s’est fait par l’endiguement.

Enfin, la question de l’eau a été traitée par le recours à la nappe phréatique plutôt qu’au captage de la rivière des Galets. Le résultat, c’est que les 40.000 habitants du Port n’ont aucun problème de disponibilité de l’eau.
Le problème de la route du littoral

Avec l’aggravation du climat, c’est le risque des cyclones dévastateurs. Paul Vergès rappelle les précédents de 1932 et 1948, où le pont de chemin de fer de la rivière des Galets avait été emporté.

Quand l’État a décidé de construire une troisième route du littoral, il a prévu une route attenante à l’actuelle en mer.

Se pose alors la question de la résistance d’un tel ouvrage à un cyclone aussi dévastateur que ceux que les anciens ont connus. Sur ce point, quand l’État a choisi le tracé en mer, il n’a donné aucune garantie.


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