Changement climatique

Le changement climatique s’installe à La Réunion

Sécheresse jamais vue depuis 50 ans et restrictions d’usage de l’eau

Témoignages.re / 9 octobre 2013

Les Réunionnais connaissent depuis hier une mesure concrète liée aux effets du changement climatique. Le Préfet a décidé de restreindre l’usage de l’eau. Cela fait suite aux trois mois les plus secs observés depuis 50 ans. Avec le changement climatique, ce type de pénurie sera amené à se répéter, ce qui va imposer un bouleversement des modes de consommation, ainsi que des dispositions pour faire face au risque grandissant d’incendies de forêt.

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La plupart des Réunionnais n’ont jamais connu une telle sécheresse, elle pourrait pourtant devenir la norme.

Dans un communiqué diffusé hier, la Préfecture annonce les décisions de l’État suite aux conclusions du dernier Comité sécheresse. Réuni le 27 septembre dernier, le Comité a fait le bilan de la ressource en eau à La Réunion. Notre île subit de plein fouet la sécheresse. À Saint-Pierre, Saint-Gilles, Saint-Denis, Bras-Panon et Saint-Benoît, les niveaux des nappes sont « en dessous des minimums historiques ». En conséquence, le Préfet a décidé d’interdire l’arrosage des espaces verts sauf quelques exceptions.

Cette situation est le résultat d’une sécheresse sans précédent.

Lors du Comité sécheresse du mois d’août, il avait été dit que «  les trois derniers mois (mai, juin, juillet) ont été les plus secs depuis 50 ans ».

Rappelons qu’au début de l’année, deux cyclones sont passés au large de La Réunion. Ils ont apporté de la pluie. Mais ensuite, la sécheresse a dominé. Plusieurs années sans cyclone ont vidé les nappes phréatiques. L’année dernière, la rivière Langevin était à sec, car pendant plus de deux ans, aucune tempête importante n’était passée au large du Sud.

Des conséquences immédiates

Ce phénomène climatique marque le paysage, et amène à déployer des moyens supplémentaires pour faire face à de nouveaux dangers. Des 4x4 de l’ONF sillonnent les forêts des Hauts de l’Ouest, pour prévenir tout départ de feu. Entre le Maido et le Tévelave, tout est extrêmement sec. La vigilance la plus grande s’impose. Dans les Hauts de Saint-Denis, à la Roche Écrite, un incendie a déjà ravagé plusieurs dizaines d’hectares.

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Au mois d’août, la pluie a été très insuffisante. En jaune et en rouge, les régions les plus touchées par la sécheresse.

La sécheresse remet en cause les idées reçues. Jusqu’alors, La Réunion était divisée en deux zones : la zone sèche de l’Ouest et du Sud, et la région au vent arrosée du Nord et de l’Est. C’est cette répartition qui a guidé la réalisation d’un chantier pharaonique : le basculement des eaux de l’Est vers l’Ouest en passant dans la montagne. Mais aujourd’hui, le Nord et l’Est sont à sec, le Grand Etang est quasiment vide.

Tout est remis en cause

La semaine dernière, le GIEC a publié un rapport qui éclaire sur les perspectives pour les prochaines années. Depuis 1850, les activités humaines rejettent des quantités considérables de gaz à effet de serre. Ce qui n’a pas pu être absorbé par la mer s’est accumulé dans l’atmosphère. Le bouleversement actuel est donc la conséquence d’une pollution vieille de plusieurs décennies. Le dérèglement climatique va donc se poursuivre, et les sécheresses vont s’accentuer.

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Cette carte montre l’état des nappes phréatiques. En rouge, c’est une pénurie sans précédent.

Cela pose un problème énorme pour La Réunion, car si la sécheresse actuelle est exceptionnelle, elle pourra bien devenir le climat normal de notre île. Avec 1 million d’habitants, il sera donc nécessaire de tout revoir pour que tout le monde puisse avoir droit à l’eau. Cela supposera de mettre fin à tous les gaspillages, et de remettre à l’honneur des solutions adaptées telles que les retenues collinaires, ou les dispositifs de récupération des eaux de pluie.

M.M.

Des pertes pour les planteurs

Pour les planteurs, les dégâts sont déjà considérables. La CGPER estimait les pertes à 30% pour les Hauts de l’Ouest. Le manque d’eau accentue le besoin d’irrigation, et il grève le budget des agriculteurs. C’est pourquoi la CGPER a demandé la création d’un tarif spécial sécheresse.
Bilan de situation par l’Office de l’Eau

« Pour le septième mois consécutif, la situation pluviométrique est déficitaire sur le département (-25%). L’effet induit est une dégradation quasi généralisée de l’état quantitatif des ressources en eaux superficielles et souterraines.

A l’exception de la rivière Saint-Denis qui se maintient dans un état satisfaisant pour la saison, les débits médians mensuels des cours d’eau sont tous inférieurs aux valeurs de saison en août 2013. Les déficits affectent particulièrement l’Est, le Nord-Est et les Plaines où les débits médians de 5 cours d’eau passent sous les minimums historiques.

Les déficits les plus importants sont enregistrés sur la rivière Saint-Jean (-88%), le Bras Laurent (-81%) et le Bras Noir à la Plaine des Palmistes (-83%).

Les déficits sont également très marqués sur le Bras-Panon (-74%), la rivière des Roches (-66%) et le Bras des Lianes (-47%).

Les débits médians de la rivière des Marsouins (-27%), la rivière du Mât (-23%), la rivière Langevin (-20%) et la source Dussac (-11%) continuent à baisser en août 2013.

En ce qui concerne l’état quantitatif des eaux souterraines, la dégradation est observée entre juillet et août 2013.

Hormis à La Saline (+33%), les niveaux piézométriques moyens sont en baisse sur tout le département avec 16 stations de mesure sur 19 en déficit.

Les minimums historiques sont également dépassés sur 5 ouvrages : le piézomètre « S1 Champ Fleury » (-112%), le forage « S2 Rivière du Mât les Bas » (-130%), le forage « Ravine Blanche » (-116%) à Saint-Pierre, les forages « P26 Bourbier les Bas » (-184%) et « Bourbier les Hauts » (-125%) à Saint-Benoît.

Dans l’Est, les déficits sont très marqués, notamment à Saint-Benoît, où l’ensemble des mesures piézométriques réalisées en août 2013 révèle des niveaux fortement déficitaires.

Dans le Sud, les déficits sont également très importants : -97% et -69% à Saint-Louis et -92% à Pierrefonds.

Parmi les situations les plus « favorables » se retrouvent les nappes du Port (-25% en moyenne), de Saint-Paul Ville (-8%) et du Nord-Est (-26% en moyenne pour Sainte-Marie/Sainte-Suzanne). »
Rivières

Les déficits les plus importants

- Rivière Saint-Jean (-88%)

- Bras Laurent (-81%)

- Bras Noir à La Plaine des Palmistes (-83%).

Nappes phréatiques

Les déficits les plus importants

- le piézomètre « S1 Champ Fleury » (-112%)

- le forage « S2 Rivière du Mât les Bas » (-130%)

- le forage « Ravine Blanche » (-116%) à Saint-Pierre

- les forages « P26 Bourbier les Bas » (-184%) et « Bourbier les Hauts » (-125%) à Saint-Benoît
Communiqué de la Préfecture

« Sur avis du Comité sécheresse, le Préfet de La Réunion prend des mesures de restriction de la consommation d’eau »

Le Comité sécheresse, réuni en Préfecture le 27 septembre 2013, a effectué le bilan de la situation hydrologique et météorologique.

Les précipitations de ces derniers mois n’ont pas permis de combler le déficit de précipitations mesuré à l’issue de la saison humide précédente : la période de mai à septembre présente un déficit de 50% par rapport à la normale. Cette première partie de saison sèche est la plus sèche jamais enregistrée depuis au moins 50 ans. Le déficit pluviométrique est particulièrement important sur les régions Ouest, et Nord-Est de l’île.

Le niveau de ressource en eaux superficielles est en baisse régulière : les cours d’eau (Bras de Cilaos, Bras des lianes, rivières des Roches et des Marsouins...) ont d’ailleurs atteint des niveaux qui se rapprochent déjà des minimums. S’agissant des eaux souterraines, leur niveau est également en forte baisse sur l’ensemble de l’île, notamment sur les aquifères de La Plaine des Palmistes et du Gol, sur ce dernier, on observe une augmentation nette de la salinité. Les nappes d’eau souterraines de cinq secteurs voient leurs niveaux moyens passer en dessous des minimums historiques. Il s’agit de Saint-Pierre, Saint-Gilles, Saint-Denis, Bras-Panon et Saint-Benoît.

Dans ces conditions, alors que les deux mois à venir sont statistiquement les plus secs, et avec la croissance prévisible des consommations liée à l’augmentation des températures, sur l’avis du Comité sécheresse, le Préfet a décidé de prendre des mesures de restriction de l’usage de l’eau sur l’ensemble du territoire de La Réunion. A compter du mardi 8 octobre, il est interdit d’arroser les espaces verts (espaces verts privés, les jardins potagers n’étant pas concernés, terrains de golf, sauf green arrosable de nuit entre 19h00 et 7h00, espaces sportifs en journée entre 7h00 et 19h00, espaces verts publics en journée entre 7h00 et 19h00).

En matière d’irrigation, des recommandations aux agriculteurs seront établies par la Chambre d’agriculture et la DAAF (Direction de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt), pour un usage raisonné de l’eau. Les activités sensibles (élevage, horticulture, serres...) feront l’objet d’un suivi particulier.

La situation sera étroitement suivie pour s’assurer des conditions d’approvisionnement en eau pour la gestion du risque incendie.

En outre, la gestion des prélèvements d’eau dans le milieu naturel fera l’objet d’un suivi particulier pour garantir la protection des milieux aquatiques et notamment le maintien des débits réservés et les continuités écologiques.

Le Comité sécheresse se réunira à nouveau sous un mois. Selon l’évolution de la situation, le Préfet sera amené à renforcer ou à atténuer les mesures adoptées. Dans cette période de sécheresse, tous les Réunionnais sont appelés à adopter un comportement responsable et citoyen en matière de consommation d’eau.


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