Changement climatique

Le danger d’investir plus de 2 milliards dans la zone la plus menacée par le changement climatique

Les alertes se précisent

Manuel Marchal / 16 juin 2016

Hier en conférence de presse, Paul Vergès est revenu sur les nouvelles alertes confirmant la vulnérabilité du littoral à cause des effets du changement climatique. Or c’est précisément au large du littoral que la route en mer est prévue, pour un investissement de 2,5 milliards en prenant en compte son raccordement au réseau routier. Cette manière de régler un problème que La Réunion traine depuis 60 ans à cause de la suppression du chemin de fer ne tient pas compte de la réalité du changement climatique, un phénomène mondial qui s’applique aussi à La Réunion.

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Paul Vergès a tenu ce 15 juin une conférence de presse. Le sénateur a notamment abordé la question du changement climatique. Elle se traduit concrètement par exemple par des sécheresses au Canada, en Afrique du Sud. Les océans sont aussi influencés. Une étude à La Réunion pose la question de la survie du corail à La Réunion. Du fait de l’augmentation de la température et de l’oxydation des océans, le corail meurt dans la Grande barrière en Australie, mais aussi à La Réunion. Entre 10 et 30 % des récifs sont menacé. Si le corail meurt, il n’assure plus son rôle de barrière. Ce que la nature a mis des milliers d’années à construire, les activités humaines sont en train de le détruire. C’est pourquoi le sénateur interpelle les élus de La Réunion : quelles mesures prendre pour la survie des coraux ?

Tout le littoral bouleversé

« Toute la géographie de La Réunion va être modifiée », que deviendront les lagons de l’Ouest et du Sud. Cela risque d’intervenir pendant ce siècle. Les responsables politiques doivent prendre en compte cet élément essentiel, souligne le parlementaire de La Réunion. « Les signaux ne doivent pas être sous-estimés », poursuit-il. Paul Vergès rappelle l’existence d’un phare au Port. Il se situe aujourd’hui à des centaines de mètres en mer à cause de la hausse du niveau de la mer. Sur les plages, les filaos ont leurs racines à 80 centimètres de hauteur, le sable qui recouvrait le pied des arbres est parti.

Toute initiative humaine concernant cette zone doit être réfléchie, indique Paul Vergès. Or à La Réunion, il existe le projet d’une route en mer. Ceux qui ont décidé de supprimer le chemin de fer et de construire la route du littoral, avaient-ils prévus les conséquences ? Deux routes ont déjà été construites, et on s’attaque à une troisième. Cette liaison de 13 kilomètres est devenu le problème principal des transports à La Réunion. Les conséquences s’étendent à toute l’île.

L’addition dépasse déjà plus de 2 milliards pour 13 kilomètres

Tout d’abord à cause des crédits qui y sont consacrés. Il a fallu payer deux routes du littoral, puis le grillage qui couvre la falaise, le mur de gabion. Pour réaliser la route en mer, des carrières sont recherchées dans toute La Réunion. Le chantier a démarré sans que la question des matériaux soit résolue. Là dessus intervient le referendum de Saint-Leu, là où on veut trouver une grande partie des pierres de la route en mer. 81 % de ceux qui se sont exprimés sont contre la carrière de Bois-Blanc. Le préfet va-t-il passer outre ? Y aura-t-il un coup de force avec le gouvernement pour remettre en cause la géographie de Saint-Leu.

La décision prise voici 60 ans domine tout le problème de l’aménagement du territoire. La route va-t-elle se faire ou pas ? Elle est évaluée à 1,6 milliard. La Cour des comptes dit que la simple prise en compte de l’inflation fait passer le coût à 1,9 milliard. Si les matériaux manquent, alors se sera le tout viaduc. « On dépasse déjà 2 milliards d’investissement », constate Paul Vergès. À cela il faut ajouter les 500 millions d’euros annoncés pour le raccordement de la future route à l’entrée de Saint-Denis.

Les experts alertent sur le risque de disparition des baleines des eaux de La Réunion à cause des travaux. La presse confirme la condamnation régionale et nationale de ce chantier, qui remet en cause la biodiversité de La Réunion.

Conclusion : « la route du littoral sera au centre de l’aménagement du territoire dans les années qui viennent ».


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