Changement climatique

Le danger des inondations menace Casablanca

La réalité qui s’imposera à tous les Printemps arabes —5—

Témoignages.re / 6 août 2011

Avec la démocratisation du transport aérien, le Maroc est un lieu de vacances de plus en plus prisé pour les Occidentaux. Plusieurs facteurs favorisent la présence croissante d’immigrés français qui passent leur retraite au Maroc. Mais l’environnement actuel n’est pas celui de demain. C’est ce que rappelle une étude de la Banque Mondiale relative à l’impact du changement climatique sur Casablanca et la vallée du Bouregreg.

La présente étude, dirigée et financée par la Banque Mondiale, concerne l’adaptation au changement climatique et aux désastres naturels de la région du Grand Casablanca et de la vallée du Bouregreg au Maroc. Elle s’inscrit dans un cadre plus large d’évaluation de la vulnérabilité des villes côtières d’Afrique du Nord face au changement climatique et aux désastres naturels. Ce premier volume de l’étude constitue le rapport de phase 1, relatif à l’évaluation des risques en situation actuelle et à l’horizon 2030.
La cartographie des risques littoraux, établie par confrontation des enjeux-sensibilités socioéconomiques et environnementaux du littoral et des aléas d’érosion ou de submersion, fait apparaître un risque d’érosion côtière et de submersion marine essentiellement localisé entre l’extrémité est de Casablanca et la centrale thermique de Mohammedia, sur un secteur d’une dizaine de kilomètres de plages. En tout, 40 à 50 km de linéaire côtier sont considérés en risque fort sur la zone d’étude. Ces risques sont également jugés importants à l’embouchure du Bouregreg. Le risque d’érosion est fonction de la nature du littoral (sableux ou rocheux) et des mécanismes d’évolution en jeu (apports sédimentaires, aménagement du littoral). Le risque de submersion est quant à lui établi à partir d’une surcote marine de 1 m qui, s’ajoutant à une cote de marée de vive eau, peut conduire à une hauteur de submersion de 2,77 m NGM à Casablanca, 2,65 m NGM à l’embouchure du Bouregreg, pour une fréquence cinquantennale.

Un changement climatique déjà sensible…

Casablanca et Rabat ont connu un réchauffement durant les cinq dernières décennies. À l’échelle annuelle, la température moyenne a augmenté, sur la période 1961-2008, avec une tendance de 0,3°C par décennie à Casablanca et de 0,2°C par décennie à Rabat. En termes pluviométriques, les deux villes marocaines montrent une claire tendance à la baisse au niveau des cumuls annuels ; soit une diminution d’environ 2,8 mm/an.
Les projections futures à l’horizon 2030, évaluées à l’aide de modèles de descente d’échelle dynamique sur plusieurs scénarios d’évolution des gaz à effet de serre, prévoient pour Casablanca un réchauffement de 0,8 à 1,3 °C à l’échelle annuelle, accompagné d’une faible augmentation du nombre de jours de vagues de chaleur estivales. Les cumuls pluviométriques annuels sont supposés baisser de 6 à 20%, ceux de l’hiver de 15 à 35%. Les évolutions prévisibles sur Rabat sont du même ordre de grandeur.
Les extrêmes quotidiens (précipitations maximales sur 24h) n’évoluent pas de la même façon pour tous les modèles-scénarios. L’incertitude concerne aussi bien les amplitudes que les périodes de retour. Pour les pluies maximales journalières de période de retour 10 ans, les prévisions de variation entre la situation actuelle et la période future (horizon 2030), varient ainsi entre – 30% et + 27% selon les modèles. Cette variabilité s’accentue encore pour la période de retour 50 ans. À défaut, il est décidé dans le cadre de la présente étude de considérer les résultats du modèle-scénario le plus pessimiste, soit CNRM_A1B, ne serait-ce que pour répondre au principe de précaution.

… qui peut exacerber certains risques naturels

En dehors des risques géologiques (instabilités des terrains naturels) et sismiques, les autres risques naturels seront affectés par le changement climatique.
Les conditions d’érosion et de submersion côtières seront notamment affectées par l’élévation du niveau marin indirectement provoquée par le réchauffement climatique, via les phénomènes d’expansion thermique des masses d’eau (dilatation) et la fonte des calottes polaires. Sur la base d’une analyse critique des projections du GIEC et des dernières références bibliographiques sur ce sujet, nous considérons pour cette étude une élévation globale du niveau marin de 20 cm à l’horizon 2030. Signalons qu’il s’agit d’une hypothèse haute, impossible à affiner sur la côte atlantique marocaine en l’absence de données marégraphiques sur une longue période.
En dépit des nombreux projets de protection du littoral, l’élévation du niveau marin va réactiver ou amplifier le processus d’érosion côtière, et donc de recul du trait de côte. Les plages sableuses encore à l’état naturel risquent de reculer en moyenne de 10 à 15 m d’ici 2030. Dans les secteurs urbanisés, les murs de protection construits pour protéger les habitations vont accentuer le recul de plage et connaîtront des dommages notables.


700 à 1.000 hectares de croissance urbaine annuelle

La population de la région du Grand Casablanca est répartie entre 3.325.000 habitants en zone urbaine et 305.000 en milieu rural. Elle a progressé de plus de 504.000 personnes au cours de la période intercensitaire 1994-2004, soit une croissance annuelle soutenue, même si elle apparaît en léger retrait par rapport à la période antérieure. Cette progression régulière en volume depuis 1994 traduit en revanche un rythme annuel moyen en régression constante (+ 1,5% par an en moyenne de 1994 à 2004, contre + 2,0% par an de 1982 à 1994).
Il convient de noter une progression près de deux fois plus rapide du nombre de ménages que de la population, ce qui induit une très forte pression urbaine. De fait, l’on assiste actuellement à une croissance urbaine de 700 ha à 1.000 ha par an. Mais cette urbanisation a changé de configuration. Longtemps située dans le prolongement immédiat de l’agglomération, et produite essentiellement par des opérations publiques, elle s’est progressivement développée « hors les murs », prenant des formes diverses, plus ou moins conformes aux règlements d’urbanisme.
En situation actuelle, les principales vulnérabilités aux risques naturels de la région de Casablanca sont :
• les quartiers d’habitation dense construits en matériaux de mauvaise qualité (médina, casbah, habitat précaire, habitat urbain d’après-guerre de mauvaise qualité). L’aléa sismique est cependant jugé suffisamment faible pour que les risques soient négligeables.
• S’agissant du risque d’érosion et de submersion marine, les vulnérabilités concernent essentiellement le front de mer urbanisé bordant la plage entre Casablanca et Mohammedia. Rappelons que les risques de tsunamis évalués dans le cadre de la présente étude sont du même ordre que ceux induits par une surcote marine engendrée par une tempête cinquantennale.
• Vis-à-vis des risques d’inondation, les secteurs à risques sont relativement dispersés, et correspondent surtout à des zones peu ou mal dotées en matière d’assainissement pluvial. Depuis l’aménagement hydraulique de l’oued El Maleh, les inondations se concentrent surtout sur la partie urbaine du bassin de l’oued Bouskoura.

Encadré

11 milliards de dinars (972.661.705,92 euros)

Une première approche du coût des désastres naturels et du changement climatique à l’horizon 2030 est proposée. Elle intègre les dommages relatifs aux séismes, aux inondations, aux tempêtes (érosion côtière et submersion marine), et à la réduction des ressources en eau.
Sont différenciés les coûts directs (dommages) et les coûts indirects (pertes économiques liées à l’évènement). Les résultats sont exprimés en coûts moyens annuels
La totalité des coûts annuels afférents aux désastres considérés par l’étude, en tenant compte du changement climatique, est estimée à 1.162 MDH (102.748.445,66 euros) à l’horizon 2030, exprimé en DH actuels.
Cela représente 222 DH/pers/an (19,65 euros), soit 0,26% du PIB de Casablanca et de la vallée du Bouregreg à ce même horizon (2030). L’incertitude est forte et estimée de l’ordre de 0,3% du PIB, soit une fourchette entre 0,1% et 0,4% du PIB.
Exprimée non plus sur une base annuelle, mais à l’échelle de la période considérée, la valeur actuelle nette des désastres considérés sur la période 2010-2030 est de l’ordre de 11 milliards de DH (972.661.705,92 euros), en termes constants de 2010, ce qui représente environ 7% du PIB du grand Casablanca (actuel).


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