Changement climatique

Le Finistère sous les eaux

Des crues importantes en Bretagne

Témoignages.re / 4 janvier 2014

Alors qu’à La Réunion, le cyclone Béjisa a laissé des traces sur son passage, dans le département du Finistère en France, d’importantes crues ont inondé plusieurs communes, faisant déjà face à d’importants coefficients de marées.

La ville la plus touchée, Quimperlé, a vu son fleuve, la Laïta, dépassé les 4,50 mètres jeudi 2 janvier. Cependant, les inondations du matin n’ont rien eu à voir avec celle de la veille, où le niveau a dépassé les 4,70 mètres, a expliqué Alain Kerhervé, adjoint au maire de la ville, à l’Agence France Presse.

Des prévisions alarmantes

Pour Alain Kerhervé, le pire est à venir, « ce que nous redoutons, c’est le pic lié à la marée de ce soir, qui risque d’être plus élevé ». Face à l’ampleur de la situation, les organismes Vigicrues et Météo France ont fait repasser dans la matinée du 3 janvier le département en vigilance orange. « Les prévisions de niveau sur la Laïta à Quimperlé pour la marée haute de ce vendredi soir sont de 3.75 m plus ou moins 15 cm », a indiqué Vigicrues. Cet organisme a prévu « de nouvelles perturbations pluvieuses (…) pour ce week-end sur la Bretagne et une attention particulière doit être maintenue sur le bassin de la Laïta, ainsi que sur les autres rivières de la région ».
Dans les villes de Morlaix, Quimper, Châteaulin et Landerneau, les pompiers ont constaté peu de débordement. Tandis qu’à Landerneau, 40 à 60 cm d’eau ont été mesurés dans le centre. Le Finistère était le seul département de France à être placé en vigilance rouge, et restera en vigilance orange, avec le Morbihan, l’Ille-et-Vilaine et la Loire-Atlantique, plus concernés par les intempéries. Les autorités y craignent des vagues submersives, car ce risque reste « particulièrement important au moment de la pleine mer de cette fin d’après-midi », a rappelé la préfecture du Morbihan.

Manque d’anticipation

Le phénomène de crues, qui connaît l’ouest de la France, est accentué dans certains estuaires par la combinaison de fortes pluies sur des sols détrempés et d’importants coefficients de marée, a expliqué l’AFP. A Quimperlé, Météo-France et Vigicrues ont été accusés d’avoir sous-estimé la crue et ses conséquences, finissant tardivement par classer le Finistère en vigilance rouge. De son côté, la préfecture du Finistère avait reconnu que jeudi 2 janvier, « des écarts ont été constatés entre les prévisions de crues du service spécialisé de la DREAL et la réalité des crues sur Quimperlé ».
Cette dernière a ajouté que la prévision « n’est pas une science exacte ».

Lors des fêtes de Noël, le problème était arrivé, obligeant le ministre de l’Intérieur Manuel Valls a dénoncé une « erreur d’appréciation » des services de l’Etat. Selon le ministre, ces services qui n’avaient pas suffisamment pris en compte le risque de crues. Vendredi 3 janvier, le secrétaire général de la préfecture du Finistère, Martin Jaeger, a indiqué qu’« il sera important de réfléchir à un système d’expansion des eaux en amont » pour éviter les crues de la Laïta.

Nécessité d’adaptation

Face à l’ampleur des phénomènes naturels ces dernières années de plus en plus de voix s’élèvent pour exhorter les dirigeants à adapter leurs territoires et leurs systèmes d’alerte aux changements climatiques et à leurs effets. Pour Jean-Paul Vanderlinden, professeur en sciences économiques à l’Université de Versailles-Saint-Quentin, « il est urgent de s’habituer à faire face à l’imprévu », a-t-il expliqué à L’Express. Ce dernier étudie l’adaptation des sociétés et des pays au changement climatique et affirme qu’il faut « nous permettre de nous projeter dans un avenir imaginé, et échafauder des plans en conséquence. Comment investir aujourd’hui en prévision de ce qui sera dans 20 ans, 50 ans ou 100 ans alors que la direction est imprécise ? Le climat change, c’est entendu, mais quel sera l’impact sur l’Europe, sur la France, sur nos régions ? Il me semble primordial de bien réfléchir avant de mettre en place des solutions lourdes ».

Des questions que de nombreux chercheurs, scientifiques et responsables politiques se posent et attestent que cette adaptation passe par l’aménagement d’un territoire réfléchi et adapté au sol, l’autonomie énergétique permettant de limiter les émissions de gaz à effet de serre et d’utiliser des énergies inépuisables, l’autosuffisance alimentaire par le développement des agricultures locales, des échanges commerciaux dans un rapport « gagnant-gagnant » et l’émergence d’une nouvelle civilisation prenant compte les changements de consommation, de production mais aussi les évolutions technologiques.


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