Changement climatique

Le PCR appelle à remettre en cause le modèle social

Concilier l’adaptation au changement climatique et la réponse à l’urgence sociale

Céline Tabou / 3 octobre 2013

Lors d’une conférence de presse du PCR, Ginette Sinapin et les secrétaires généraux Yvan Dejean et Ary Yee Chong Tchi Kan ont tenu à informer l’opinion publique des risques qu’encourent La Réunion avec les changements climatiques. Les responsables communistes ont également dénoncé le détournement par la Région de fonds européen pour financer la nouvelle route du littoral.



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Ginette Sinapin, Yvan Dejean et Ary Yee Chong Tchi Kan ont donné la position du PCR suite à la publication du dernier rapport du GIEC.
(photo C.T.)

« Suite à l’annonce des experts du GIEC d’une aggravation de la situation climatique, nous pensons qu’il est indispensable de faire l’unité et d’appeler tous les Réunionnais à débattre », afin de trouver des solutions aux difficultés économiques et climatiques actuelles.

Climat : la responsabilité des politiques

Réagissant au rapport du GIEC, Ary Yee Chong Tchi Kan a expliqué que « s’il y avait des interrogations sur les analyses des experts, aujourd’hui plus personne ne remet en cause leurs expertises, certains vont jusqu’à dire que les précédents rapports étaient sous-estimés, parce que le débat n’était pas propice ». Ce dernier a indiqué que le « dernier rapport est incontestable », d’autant plus que « le problème est passé de l’expertise à la décision politique ».

« Il appartient donc aux politiques aujourd’hui, devant les nombreuses alertes et les chiffres, de prendre en main le problème et de voire comment faire face aux conséquences soulevées par le rapport », a indiqué le secrétaire général Ary Yee Chong Tchi Kan. Mettant en avant deux aspects du rapport du GIEC, ce dernier a pointé du doigt la hausse du niveau de la mer, qui « monte dans un endroit, mais aussi à La Réunion, car il n’y a pas de frontière ». Face aux projections du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), la situation est « alarmante », car « la fourchette donnée d’une élévation d’environ un mètre, on voit ce que cela peut donner pour tout le littoral, avec les habitations et notamment la vie économique », a-t-il expliqué.

Le second point évoqué est la hausse des températures qui « amène des vents plus violents et des phénomènes climatiques plus fréquents ». « Ces vents violents vont entraîner des masses de nuages plus lourds et donc de fortes pluies provoquant des inondations », a expliqué Ary Yee Chong Tchi Kan. En plus d’inondations plus fréquentes et intenses, la sécheresse sera toute aussi dure. En réponse, « les maires communiquent qu’il y aura des coupures d’eau, ils gèrent l’existant alors qu’il y a des risques aggravants de manière durable », a expliqué ce dernier.

« Au PCR, depuis plus d’une dizaine d’années, nous suivons ces évolutions climatiques, qui sont analysées dans nos documents », pour lesquelles « nous avons fait des propositions ». Toutefois, « le moment est venu d’interpeller les politiques de La Réunion en disant : vous êtes responsables de ce qui va arriver. Il n’y a plus de circonstances atténuantes, car on sait ce qui arrive, mais on ne sait pas quand ça va arriver, il faut donc des précautions ». Le PCR propose de « réorienter les budgets des collectivités vers l’essentiel : la recherche et le développement pour faire face aux changements climatiques. On ne peut pas continuer comme d’habitude ».

Vers un dérèglement social

Yvan Dejean a expliqué que face aux conclusions du rapport du GIEC, « il faut remettre en cause notre modèle et notamment le modèle social dans lequel nous sommes. Il y a eu beaucoup d’avancées, mais arrachées par la lutte, comme en 2009 avec le regroupement d’organisations politiques, syndicales, associatives et des citoyens ». La mobilisation du COSPAR a permis l’attribution aux Réunionnais d’un revenu de solidarité temporaire d’activité (RSTA) et d’une prime COSPAR, pour faire face à la cherté de la vie. « Mais dans trois mois c’est la fin du COSPAR, et c’était la disparition effective du RSTA. Les gens ont perdu 100 euros par mois et vont bientôt perdre 50 euros, soit 15% du SMIC », a dénoncé le secrétaire général Yvan Dejean. Il a alerté que « cette perte de 15% au moment arrive où tout augmente », comme le prix du gaz et les impôts locaux, où la baisse du quotient familial, la suppression de la niche fiscale pour les collégiens, lycéens et étudiants et la modulation des allocations familiales de base vont peser sur les budgets des ménages. « Tout cela va s’impacter en 2014. D’autant plus qu’on sait qu’une part du budget des collectivités va être supprimée de 1,5 milliard », a-t-il ajouté.

« Comme il n’y a pas de solution toute faite, nous réitérons notre demande de table ronde et demandons l’évaluation du manque à gagner à l’euro près pour l’économie réunionnaise suite à la disparition du RSTA et aussi de la prime COSPAR », a annoncé Yvan Dejean.

Concernant la fiscalité, « le PCR demande à l’observatoire des prix, des revenus et des marges de se réunir pour mesurer les conséquences de l’ensemble des dispositifs fiscaux qui vont impacter dès 2014 sur l’ensemble des revenus de la population réunionnais ». Il a indiqué que « l’observatoire a pour mission de prendre en compte tous les éléments et revenus ».

Le rassemblement du 20 octobre

De plus, « l’INSEE a annoncé que La Réunion est dans une situation hors-norme ». « La situation va s’aggraver, car il s’agit des chiffres de 2010. On constate que le panier Lurel est dépassé avec tous ces éléments et les propres mesures du gouvernement », a indiqué Yvan Dejean. Ce dernier a annoncé la tenue d’un rassemblement le 20 octobre, à la Halle des Expositions du Port. Où les propositions du PCR seront exposées. Mais « nous appelons aussi à un large rassemblement pour faire face à la situation aujourd’hui et demain ». D’ailleurs, les difficultés économiques et sociales de l’île seront évoquées lors de la rencontre des élus du PCR avec François Chérèque, chargé de suivre l’avancement du plan pauvreté du gouvernement. « Nous lui rappellerons notre point de vue et les solutions de fond que nous préconisons », a conclu Yvan Dejean.

 Céline Tabou 

Transfert de fonds européens vers la NRL


• Constatant l’élévation du niveau de la mer et des changements climatiques intenses à venir, le PCR a réaffirmé sa position de ne pas construire de nouvelle route du littoral sur la mer. Les trois cadres du parti ont d’ailleurs dénoncé le transfert fait du fonds européen vers le budget 2014 de la nouvelle route du littoral.

Suite aux discussions sur le budget des Régions Ultrapériphériques, et notamment pour La Réunion, « le député européen Younous Omarjee est parvenu à obtenir le même volume de crédits pour la période 2014/2020 ». Cependant, « on va prendre l’argent de l’Europe pour le mettre sur la nouvelle route du littoral » (NRL), a dénoncé Ary Yee Chong Tchi Kan. « Si la mer monte, la route devient un point d’interrogation. D’autant plus que faute d’argent la Région va prendre de l’argent sur le budget européen, au moment même où il faut préparer l’avenir pour faire face aux changements climatiques », a-t-il indiqué.

Avec la hausse démographique et les changements climatiques, les perspectives économiques et humaines sont inquiétantes, d’autant « si l’on garde le modèle tel qu’il est et qu’on le finance ». Le PCR pointe du doigt la « terrifiante responsabilité devant l’histoire » qu’ont les responsables de ce transfert, qui remet en cause le développement économique et social de l’île. De son côté, Yvan Dejean a expliqué : « il manque de transparence sur ce transfert de fonds européens pour la NRL. D’ailleurs, l’enveloppe prévue est supérieure au montant versé par l’Etat » pour l’année 2014.

Ce dernier a indiqué que 2 milliards d’euros de budget 2014/2020 étaient prévus pour La Réunion. 1 milliard venant du FSE et 1 milliard du FEDER. Celui-ci est divisé en deux, 500 millions pour les crédits spécifiques pour la Région Réunion et 500 millions pour l’équipement structurant pour les communes et les intercommunalités. La Région souhaite « ponctionner sur les 500 millions d’équipements 25% pour pouvoir financer la nouvelle route du littoral », a souligné Yvan Dejan.

Le PCR propose de supprimer les plus de 500 radiers submersibles, de sécuriser les routes départementales pour « permettre à la population de mieux circuler », mais aussi « d’améliorer les services de sécurité en cas de situation grave ». Mais « l’urgence c’est de réorienter les fonds des collectivités pour la recherche et le développement, afin de trouver des solutions innovantes ». De son côte Ary Yee Chong Tchi Kan propose de s’adresser au rectorat afin de « mettre en place des heures d’éducation aux changements climatiques, afin d’informer les enfants de la situation et de ses conséquences ».


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