Changement climatique

Le point de vue d’ONG : « 2012 : l’année charnière »

Aujourd’hui, la Conférence de Doha sur le Climat

Témoignages.re / 26 novembre 2012

À la veille de l’ouverture de la Conférence de Doha (Qatar) sur le Changement Climatique, les ONG spécialisées climat et solidarité internationale (RÉSEAU ACTION CLIMAT- FRANCE, COORDINATION SUD, CCFD TERRE SOLIDAIRE, CARE, AVSF, ID, ALOFA TUVALU, GRET, OXFAM FRANCE, GERES, CARI, GTD, HELIO INTERNATIONAL, 4D, WWF) et l’IDDRI qui se rendront à cette COP18 vous proposent leur décryptage sur les enjeux et attentes spécifiques. Un article publié par CDurable.

La Conférence de l’ONU sur le climat qui se déroulera à Doha (Qatar) du 26 novembre au 7 décembre marquera une étape historique en matière de lutte contre le changement climatique :

D’une part, c’est en décembre 2012 que prend fin la première période du protocole de Kyoto, seul accord international sur le changement climatique qui soit contraignant pour les pays qui l’ont ratifié. La suite de cet accord est depuis longtemps un enjeu crucial des négociations. Lors de la COP18 à Doha, les pays devront tout mettre en oeuvre pour qu’une deuxième période d’engagement du protocole de Kyoto soit appliquée dès janvier 2013.

D’autre part, cette conférence intervient au terme d’une année particulièrement chaotique, émaillée de nombreux évènements climatiques extrêmes. 2012 restera marquée dans les esprits comme l’année où les impacts du changement climatique ont durement frappé les pays industrialisés, ceux-là mêmes qui sont à l’origine des perturbations, mais croyaient être épargnés par les désastres climatiques.

Les États-Unis ont particulièrement souffert, lors de la pire sécheresse qu’ait connu le pays depuis le début des relevés météorologiques. Les dégâts sur l’agriculture ont été considérables et les cours des denrées alimentaires ont flambé dans le monde entier, aggravant la pression sur les produits alimentaires de première nécessité comme le blé, le maïs ou le manioc. En fin d’année, c’est la côte Est des États unis et New York, qui ont été frappées par le méga-ouragan Sandy, causant des dizaines de morts et plusieurs milliards de dollars de dégâts dans le pays. À une semaine des élections, la nature aurait-elle adressé un avertissement au futur président des États-Unis ?

Selon les ONG, les gouvernements présents à Doha auront la double responsabilité de mener à bien les négociations sur l’application immédiate d’une seconde période d’engagement du protocole de Kyoto et d’enclencher les discussions sur un accord mondial équitable, ambitieux et juridiquement contraignant en 2015. En tant que pays hôte de cette 18ème conférence de l’ONU sur le climat, le Qatar se doit de jouer un rôle exemplaire, en facilitant les négociations et en s’engageant au niveau international pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre.

1. Sécuriser une deuxième période d’engagement du protocole de Kyoto et renforcer radicalement l’ambition

Depuis le sommet de Copenhague, les chefs d’État n’ont d’autre choix que se confronter à leurs responsabilités. Il n’y a plus aucun espace politique ou atmosphérique pour un second échec. Les accords de Durban, adoptés fin 2011, constituent une nouvelle occasion pour nos gouvernements de placer nos pays sur la voie d’un développement sobre en émissions et en énergie, et capable de s’adapter aux impacts inévitables du changement climatique. Cependant, cette fenêtre d’opportunité pourrait vite se refermer si les États réunis à Doha ne s’accordent pas sur les premières étapes décisives pour réaliser cette vision.

À Durban, fin 2011, les pays se sont accordés pour rehausser leur niveau d’ambition avant l’entrée en vigueur d’un accord mondial d’ici 2020. Dès la COP18, nos gouvernements doivent donc enclencher ce processus rapide de relève de l’ambition à court terme en adoptant un ensemble de mesures, notamment des engagements de la part les pays développés qui sont en dehors du protocole de Kyoto, ainsi que des actions volontaires de réduction de la part des pays en développement fortement émetteurs, notamment le Qatar ou l’Arabie Saoudite. En outre, les pays doivent décider à Doha des actions qui permettraient de réduire nos émissions mais qui se situent en dehors du cadre de la Convention climat : la suppression des gaz HFC (protocole de Montréal), la fin des subventions aux énergies fossiles, la réduction des polluants climatiques à courte durée de vie, etc.

D’autre part, nos négociateurs et nos ministres doivent tirer des enseignements de l’échec de Copenhague : ils doivent établir et valider, dès la COP18, le plan de travail de la Plateforme de Durban qui doit aboutir à un accord ambitieux, équitable et contraignant en 2015. Ce plan de travail doit impérativement reposer sur un calendrier clair, avec des étapes et des échéances chaque année.

Dans l’attente du futur accord mondial sur le changement climatique, le protocole de Kyoto représente le seul instrument juridiquement contraignant visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre des pays développés. À Doha, les pays doivent absolument sécuriser une 2ème période d’engagement du Protocole, appliquée dès janvier 2013. Elle doit se traduire par une révision à la hausse des objectifs de réduction des pays développés concernés, et par des règles de mise en oeuvre strictes qui garantissent l’intégrité environnementale du Protocole.
2. Combler le vide de financements climat entre 2013 et 2020 au moyen de financements publics et additionnels

L’année 2012 marque la fin des « financements précoces », les 30 milliards de dollars engagés à Copenhague entre 2010 et 2012 pour soutenir la lutte climatique des pays les plus pauvres et les plus vulnérables. Alors que les besoins financiers des pays en développement ne cessent de croître pour faire face quotidiennement aux changements climatiques, il n’existe aujourd’hui aucun engagement financier clair pour l’année 2013 et au-delà ! Les pays se sont engagés à mobiliser 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 –mais entre 2013 et 2020, c’est le vide et le Fonds vert, créé au Sommet de Cancun, risque de reste une coquille vide pour la 3ème année consécutive. Sans financements publics, sans prévisibilité et sans trajectoire claire vers les 100 milliards, les pays en développement n’ont aucun intérêt à signer un accord global en 2015 et ne pourront faire face aux besoins de leurs communautés les plus vulnérables. Il est donc urgent que la COP18 débouche sur une série d’engagements financiers des pays développés dès 2013.

La plateforme de Durban est le support de cette coopération et devra montrer une volonté claire d’équité et donc d’intégration forte de l’adaptation dans l’accord international de 2015.
3. Une stratégie d’adaptation concertée et ambitieuse

Le changement climatique est un phénomène global qui ignore les frontières. Ses impacts sont multiples et encore mal connus : augmentation de l’intensité et de la fréquence des catastrophes naturelles, sécheresses, désertification, inondations, cyclones, modification de la pluviométrie... Les épisodes climatiques se succèdent depuis quelques années, inondations en Thaïlande, canicules en Australie, sécheresse en Russie, cyclones aux États-Unis, vagues d’intempéries en Europe... et avec elles les dommages sur les populations notamment les plus précaires et sur les économies nationales.

De nombreux cadres institutionnels ont été proposés au PMA pour présenter leurs stratégies d’adaptation (PANA, PAN) ou expérimenter des pratiques d’adaptation (via le Fonds d’Adaptation et plus généralement les financements précoces). Il s’agit aujourd’hui de transformer l’essai en rendant ces stratégies concrètes et en changeant d’échelle les expériences d’adaptation. Pour cela, des moyens dédiés et largement accrus devront être mis à disposition dès 2013. Par ailleurs, le renforcement du cadre opérationnel de l’Adaptation doit se poursuivre. L’organe subsidiaire de mise en œuvre de la Convention (SBI) devrait à Doha fournir les résultats du programme de travail sur les pertes et dommages : évaluation des risques de dommages, des outils et dispositifs existants aux différentes échelles, et du rôle que pourra jouer la convention pour anticiper et faire face aux risques. L’idée étant que les pays les plus vulnérables bénéficient d’une protection accrue face aux préjudices et pertes causés par les évènements climatiques extrêmes via la mise en œuvre éventuelle d’un mécanisme assurantiel.
4. Valoriser et soutenir les agricultures familiales du Sud face au défi climatique

Lors de la cop17 à Durban en 2011, l’agriculture a été officiellement inclue dans les négociations, et il a été demandé au SBSTA, organe scientifique de la Convention, d’engager une réflexion sur un programme de travail dédié. Les discussions vont se poursuivre à Doha. L’enjeu est important : les petits agriculteurs du Sud sont les premières victimes du changement climatique. Ils représentent 1,5 milliard d’actifs, 98 % des producteurs agricoles et 70 % des personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté.


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