Changement climatique

Les militants du développement durable à Copenhague

Les victimes témoignent et agissent

Manuel Marchal / 6 janvier 2010

La conférence de Copenhague a été marquée par la présence massive des victimes du changement climatique. Elles rappellent qu’elles doivent s’adapter aux conséquences de ces phénomènes.

« Ma patrie, mon peuple, ma maison sont menacés. Nous sommes devant des phénomènes imprévus. Le niveau de la mer monte. J’aime ma maison, mon quartier, mon pays, mon peuple, je ne veux pas les quitter », a dit Christine Ore, 17 ans, des îles Salomon, lors de la conférence de presse des dirigeants des États du Pacifique.
« J’ai 22 ans. A l’âge de 13-14 ans, quand j’étais à l’école, dans les cours de biologie, on parlait du réchauffement climatique dans les livres. Nous pensions que cela concernerait le pays dans deux générations. Mais depuis six ans, nous n’avons plus de saison. Nous ne savons plus quand commence et quand termine la saison. C’est très perturbant pour la production végétale, pour l’agriculture. Les paysans mettent de plus en plus de produits chimiques, c’est un cercle vicieux. Cela est la cause de l’exode rural. Depuis trois ans, notre capitale Dacca connaît la plus grande migration de notre Histoire. Le changement climatique, ce n’est pas quelque chose sur lequel nous pouvons nous permettre de planifier des actions futures, nous devons agir maintenant. Des personnes perdent la vie à cause du changement climatique », dit une journaliste du Bangladesh lors de la présentation du programme de recherches financé par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) avec la récompense obtenue lors du Prix Nobel de la Paix en 2007.

Les victimes du changement climatique ont témoigné à Copenhague. Parmi elles, nombreuses sont des militants de la cause du développement durable. À Copenhague, à l’occasion de la conférence internationale sur le changement climatique, elles ont témoigné de leur quotidien et des actions qu’elles mènent pour lutter.
Car face à la catastrophe quotidienne qui touche leur pays, nombreux sont les jeunes qui s’impliquent dans la lutte pour atténuer les effets du changement climatique. Cet engagement militant s’exprime à travers les vocations choisies. Des jeunes décident de mettre les compétences qu’ils arrivent à acquérir au cours de leur formation en choisissant des professions en rapport avec la cause. Ils deviennent scientifiques, enseignants ou journalistes.
Ils étaient nombreux à être venus à Copenhague pour exprimer au monde la tragédie vécue par leur peuple, et aussi la volonté de lutter contre le changement climatique en recherchant la solidarité des autres pays.

Ce message a été amplifié au cours des deux semaines de la Conférence de Copenhague. Le samedi 12 décembre avait lieu une journée mondiale d’action pour le Climat. À Copenhague, des témoins du changement climatique venus de l’Inde, du Bangladesh, des Philippines et du Népal notamment ont dit la facture qu’ils paient tous les jours du fait des dégâts provoqués par d’autres.
Le succès de la mobilisation mondiale a montré que la vigueur de cette cause mondiale ne cesse de s’amplifier.

Manuel Marchal


« J’ai du déménager en tout 11 fois »

La situation s’aggrave dans plusieurs pays. Un exemple : les régions côtières de la Thaïlande.

L’avancée de la mer, provoquée par le réchauffement climatique, menace le village de Khun Samut Chin (Thaïlande).
Debout sur une passerelle, face au golfe de Thaïlande, Vissanou Kengsamut, un jeune pêcheur du village de Khun Samut Chin montre le sommet d’une ligne de pylônes électriques qui émergent de la mer. « C’est tout ce qui reste de l’ancien village. Ces poteaux ont été installés en 1980, maintenant ils se trouvent à environ un kilomètre au large », dit-il.
Derrière lui, une pagode bouddhique est envasée sur un mètre de haut. Autrefois située au centre du village, elle est devenue une île, jointe à la terre ferme par un réseau de passerelles de béton et de planches de bois. « La mer a commencé à inonder la pagode pour la première fois il y a environ dix ans. Depuis, à chaque saison des marées, la mer envahit le temple avec un niveau à chaque fois plus élevé. Il a fallu construire un étage pour continuer à l’utiliser », raconte le pêcheur.
Peu à peu, Khun Samut Chin, un village de 300 personnes situé à 80 kilomètres au sud-est de Bangkok, est englouti par la mer. Les raisons en sont multiples. « La quantité de sédiments ramenés de l’intérieur des terres par les fleuves diminue à cause des barrages et des réservoirs. Mais surtout, les vents de mousson sont plus forts qu’avant et créent des vagues plus violentes qui érodent la côte », explique Anond Snidvongs, directeur de Start Asie du Sud-Est, un centre de recherche qui travaille sur le changement climatique.
Depuis environ trente ans, 30 à 40 mètres de terres sont avalés par la mer chaque année. « J’ai dû déménager en tout onze fois. Quand j’achète un terrain et une maison, je ne peux y rester que deux ans au plus. Ensuite, la maison est détruite par la mer. Si celle-ci est encore engloutie, je vais peut-être retourner dans ma province natale. Je n’ai plus la force de me battre », se lamente Bantom Nitikorn, un pêcheur de 69 ans.

(Source "Algérie Focus")


Pénurie d’eau au Vietnam

Un autre exemple : le Vietnam est un des pays les plus frappés par le changement climatique et il risque de perdre jusqu’à 40% de la superficie du delta du Mékong, le premier grenier à riz national.

Les provinces du delta du Mékong devront faire face à une saison sèche très rude, avec une invasion continuelle de l’eau salée conjuguée à la baisse de l’apport en eau douce.
Environ 53 communes de cette région sont régulièrement affectées. Ces dernières années, l’eau salée s’est infiltrée profondément, pénétrant à 60-70 km à l’intérieur des terres.
Dès les premiers mois de 2009, la province de Bac Liêu a été touchée 5 fois par le phénomène de vives-eaux. Récemment, 1.200 ha de riz des districts de Gia Rai et de Phuoc Long ont été totalement réduits à néant en raison de la pénurie d’eau douce.
« Lors de la prochaine saison sèche, environ 42.000 hectares de riz d’hiver-printemps de la province seront gravement affectés par l’infiltration dans les sols de l’eau salée », a estimé un officiel du comité provincial de réajustement de l’eau.
Idem pour la province de Soc Trang, où 40.000 ha de riz d’été-automne 2009 ont été gravement menacés par le manque d’eau douce.
Selon les scientifiques, le Vietnam figure dans la liste des pays qui seront lourdement touchés par les effets du changement climatique. Au moins 21 villes seront submergées par les eaux, que ce soit partiellement ou entièrement, en raison de la montée du niveau des océans.

(Source "Courrier du Vietnam")