Changement climatique

Les océans vitaux pour la planète

Plusieurs mois de bataille pour faire accepter le thème à la COP21

@celinetabou / 16 septembre 2015

D’ici quelques semaines, les dirigeants du monde vont se réunir pour débattre des conséquences et perspectives du changement climatique. Alors que les océans occupent 70 % de la surface de la planète et sont essentiels pour réguler le climat, il aura fallu plusieurs mois de bataille pour faire accepter le thème à la COP21.

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En juin, la Plateforme Océan et Climat lance l’Appel de l’Océan pour le Climat pour que la question des océans soit intégrée à l’agenda de la Conférence internationale pour le climat en décembre à Paris. Une réussite pour les représentants de cette plateforme pour les océans, car le 10 septembre, la France a accepté d’intégrer le thème à la COP21.
Née de la fusion entre des organisations non gouvernementales et des instituts de recherche, avec l’appui de la Commission Océanographique Intergouvernementale de I’UNESCO, la Plateforme Océan et Climat tente de sensibiliser dirigeants et opinion publique du rôle majeur que jouent les océans.

L’importance des océans

Ils couvrent 71 % de la surface du globe, et plus de 25 % du CO2 émis chaque année par l’Homme dans l’atmosphère est absorbé par l’océan. Premier fournisseur net d’oxygène de la planète, l’océan constitue « le principal poumon de la planète et se trouve au cœur de la machine climatique planétaire », note Océans et Climat.
Raison pour lesquelles, il était indispensable de mettre en avant le thème des océans lors de la COP21. D’ailleurs, les représentants de Océans et Climat se félicitent, car le thème sera également le seul dans les espaces « générations climat » prévus au Bourget pendant les négociations.
Les océans se réchauffent de 0,1 à 0,2°C par décennie, ce qui « semble peu, mais c’est beaucoup », a indiqué Françoise Gaill, conseillère scientifique de l’institut Écologie et environnement du CNRS.
L’océan a une grande importance, car il « régule la machine climatique, l’ensemble des échanges thermiques avec l’atmosphère, brasse tous les éléments chimiques de la Terre. C’est 97 % de notre eau !", a assuré la conseillère.
Hervé Le Treut, climatologue et expert du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), a expliqué que les « eaux chauffent avec retard par rapport aux émissions de gaz à effet de serre. Il faut une à plusieurs décennies pour que la température monte. Mais une fois la chaleur accumulée, le refroidissement est également long ».
Or les eaux chaudes amplifient les phénomènes météorologiques extrêmes, comme les canicules, sécheresses, ou cyclones devenant de plus en plus puissants. C’est ainsi que l’océan se débarrasse de sa chaleur.

L’océan Indien se réchauffe au détriment de l’Asie

Une hausse des températures de l’océan a des conséquences néfastes sur les continents. En effet, entre juin et septembre, la mousson indienne, créée par les différences de températures entre terre et mer, se caractérise par des vents et de fortes pluies. Ces vents soufflent de l’océan Indien vers le continent asiatique, provoquant ainsi de fortes précipitations en Inde et en Asie du sud-est.
Ce phénomène climatique saisonnier, attendu pour les uns et craints par les autres, s’affaiblit en raison du réchauffement de l’océan Indien. Mais surtout il assèche le sous-continent.
Des climatologues de l’Indian Institute of Tropical Meteorology (IITM) de Pune (ouest de l’Inde), en collaboration avec l’Institut pour la recherche et le développement (IRD), ont publié, dans le journal Nature Communications, une étude expliquant que le réchauffement de l’océan Indien, allant jusqu’à 1,2 °C dans certaines zones depuis un siècle, affaiblit l’intensité de 10 % à 20 % de la mousson indienne dans les régions centrales (plateau du Deccan), orientales (plateau du Chota Nagpur) et du nord du pays (Cachemire).
Grâce à l’utilisation d’un modèle de climat informatique couplé océan/atmosphère, développé spécifiquement par l’IITM pour la prévision de la mousson, « nous avons pu démontrer que la baisse des pluies observée sur le sous-continent depuis les années 1950 est due au réchauffement rapide de l’océan », a expliqué Pascal Terray, au journal La Croix.

Des doutes persistent

Les climatologues ont également observé que « le sous-continent indien ne s’est que très peu réchauffé au cours des dernières décennies, ce qui diminue la différence de température estivale entre l’océan et les terres, à l’origine des vents de mousson ». Cette situation va entraîner un assèchement du sous-continent, qui a des conséquences dramatiques sur l’agriculture le long des bassins du Gange-Brahmapoutre-Meghna et des contreforts de l’Himalaya, qui est la région la plus peuplée du monde.
En dépit de ces analyses, le doute demeure. D’un côté, le GIEC assure que les précipitations vont augmenter du fait de l’augmentation de la vapeur d’eau dans l’atmosphère et de l’assèchement du sous-continent. De l’autre, le modèle mit en place pour cette étude assure le contraire.
« Cet écart entre observations du présent et tendances des modèles souligne les incertitudes des modèles quant aux évolutions futures du climat à l’échelle régionale. En particulier concernant le cycle de l’eau et les régions de mousson », a souligné Pascal Terray, à La Croix.


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