Changement climatique

Les peuples des îles et des côtes ne demandent qu’une chose : le droit de survivre

Les voix du Sud demandent la justice climatique

Manuel Marchal / 10 décembre 2009

Le 12 juin 2009, Tuvalu avait déposé ses propositions pour amender le Protocole de Kyoto. L’objectif est d’en faire un texte contraignant, qui pénaliserait donc les pays qui ne respectent pas les engagements signés. C’est cette question qui a été largement débattue hier matin en séance plénière. Elle a montré combien de nombreux pays dans le monde sont au bord de la rupture à cause des conséquences des changements climatiques.

Petit archipel du Pacifique, les îles Tuvalu seront-elles le premier pays à disparaître ? C’est en tout cas ce qui est prévu en cas d’augmentation du niveau des océans. Plusieurs fois, Tuvalu a été complètement submergé par de grandes marées. Maintenant, ce peuple est à la recherche d’une nouvelle terre d’accueil, car le risque est la disparition définitive de son pays sous les eaux du Pacifique.
Voici 6 mois, Tuvalu a proposé des amendements au Protocole de Kyoto, afin que les mesures qui y sont incluses soient contraignantes. Étant donné que le Protocole de Kyoto a cours jusqu’en 2012, les contraintes juridiques insérées seraient donc applicables maintenant. Les États qui n’ont pas fait le nécessaire pour se mettre en conformité avec leurs engagements seront donc pénalisés.
Mais depuis 6 mois, Tuvalu n’a rien vu venir, a dit en substance son représentant. Et comme le démontre la situation de ce pays, pour Tuvalu, la signature d’un accord portant des engagements significatifs, voire décisifs est uniquement un moyen de survivre. Tuvalu propose d’aller plus loin, quitte à changer le nom du texte pour l’appeler Protocole de Copenhague.
« Nous sommes ici pour sceller l’accord. Nous sommes ici pour préparer le futur, le monde nous regarde, c’est le temps de s’engager », conclut le représentant des Tuvalu. Son intervention est longuement applaudie.
Les représentants du Costa Rica, des îles Salomon, de la Grenade, au nom de l’Alliance des Petits États insulaires en développement, des îles Cook, Marshall, Maurice, du Cap Vert, des Comores, des îles Samoa, du Rwanda, du Togo, de l’Algérie et du Sénégal se succèdent. Tous apportent leur soutien à la proposition des Tuvalu.
Le représentant du Cap Vert souligne que « les petits États expriment leur désarroi. Posons un document juridique et contraignant car la nature est en train de les condamner ». « Nous serons les premiers à partir si rien n’est fait, mais nous ne ferons que précéder tous ceux qui seront touchés par la crise climatique », ajoute-t-il. « Nous avons la responsabilité d’arriver à un accord à Copenhague. Nous n’exigeons rien que ce qui doit nous permettre de survivre ». Cette conclusion a été saluée par autant d’applaudissements que pour l’intervention du représentant des Tuvalu.


Justice climatique : l’Occident doit payer sa dette

La revendication portée par les pays du Sud entre en totale contradiction avec ce que certains commencent à appeler le « texte danois ». Officiellement considérée comme un brouillon pour les négociations, cette fuite rendue publique suscite l’indignation des pays du Sud. Car le document les appelle à réduire leurs émissions de manière drastique, alors que de son côté, le Nord reste approximativement sur ses positions.
Pour le Sud, il est un concept qui apparaît de plus en plus, celui de la justice climatique. L’Histoire établit de manière indiscutable les responsabilités dans la crise climatique, et les faits démontrent sans contestation que les principales victimes ne sont pas à l’origine du réchauffement climatique et de son amplification. C’est pourquoi à la place d’aide, c’est le mot dette qui est employé, notamment par la Bolivie. L’Occident doit donc payer sa dette en finançant les actions d’adaptation et d’atténuation du Sud, et cela représente bien plus que 10 milliards de dollars annuels. Quant à l’autre volet de l’accord, celui des réductions, le cadre posé par le Sud est celui d’un engagement bien plus fort des pays d’Europe et d’Amérique du Nord.
L’aspect de la responsabilité historique des pays riches avait été souligné mardi par la Chine, il a été réaffirmé hier par les 133 pays du G-77 (voir page suivante) et par les voix des îles pour qui l’urgence est largement dépassée.
Après trois jours de débat, le défi apparaît clairement. Comment concilier les intérêts de 20% de la population du monde qui entrent en contradiction avec ceux de 80% de l’humanité, en sachant que 80% de l’humanité n’est en rien responsable du changement climatique, mais en paie le prix le plus fort aujourd’hui.


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