Changement climatique

Niveau de la mer : 3 mètres de plus en 50 ans

À 130 jours de la Conférence de Paris, la confirmation que tout est remis en cause à La Réunion

Manuel Marchal / 24 juillet 2015

A 130 jours de la conférence de Paris sur le climat, une nouvelle étude publiée le 23 juillet confirme les doutes sur la stabilité à court terme du niveau de la mer. Elle annonce une hausse de plus de 3 mètres du niveau moyen de l’océan au cours des prochaines décennies, car une augmentation des températures de deux degrés, c’est déjà beaucoup trop pour empêcher la catastrophe. Cela remet tout en cause à La Réunion, car la majorité de la population vit sur le littoral. Le 24 juin, Paul Vergès avait appelé au rassemblement le plus large des Réunionnais pour réussir à relever ce défi. Un mois après, une nouvelle étude montre que l’appel à l’union est plus que jamais d’actualité.

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Tout l’aménagement des grandes villes réunionnaises est à revoir.

Plus de 3 mètres en à peine 50 ans, c’est l’estimation du rythme de l’élévation du niveau de la mer annoncé par une étude publiée le 23 juillet dans Atmospheric Chemistry and Physics. Elle est écrite par James Hansen, ancien climatologue à la NASA et 16 autres auteurs, spécialistes reconnus travaillant dans des centres de recherche en Chine, en France, en Allemagne et aux États-Unis. Selon leurs conclusions, les glaciers du Groenland et de l’Antarctique fondront 10 fois plus vite que les estimations les plus communément admises. La conséquence sera une montée du niveau de la mer d’au moins 3 mètres en 50 ans. Eric Rignot, un des co-auteurs, indique que la fonte de la calotte glaciaire de l’Ouest de l’Antarctique apparaît maintenant irréversible.

Les auteurs ont utilisé des relevés paleoclimatiques, des modèles informatiques, des observations du rythme actuel d’élévation du niveau de la mer.

« Il est prouvé que la fonte des glaces, une hausse du niveau de la mer comprise entre 5 à 9 mètres et des tempêtes extrêmes ont déjà eu lieu dans des précédentes périodes interglaciaires, alors que la température de la Terre était inférieure de 1 degré à celle d’aujourd’hui », précisent les auteurs. Cela montre que la limitation de la hausse des températures à 2 degrés de plus qu’en 1850 aura pour effet une montée encore plus importante du niveau des océans.

Et d’après James Hansen, la réalité va plus vite que les modèles. Le scientifique a déclaré que les nouvelles conclusions seraient beaucoup plus persuasives que tous ce qui a été déjà publié.

Effondrement des économies

Les conséquences d’une telle éventualité sont considérables. Des villes côtières n’auraient plus que quelques décennies devant elles. Shanghaï, New-York, Tokyo, Lagos… autant de mégapoles qui devront revoir leurs zones d’habitabilité. « Nous concluons que la poursuite de l’émission de grandes quantités de gaz à effet de serre fera augmenter inévitablement de plusieurs mètres le niveau de la mer, et probablement durant ce siècle. Les conséquences économiques et sociales pourraient être dévastatrices. Il n’est pas difficile d’imaginer une hausse des conflits issue de grandes migrations et de l’effondrement des économies. Cela rendrait la planète ingouvernable, menaçant la civilisation », disent en substance les auteurs.
Pour James Hansen, il est donc nécessaire que les nations coopèrent d’urgence ensemble pour faire face à la menace.

Cette annonce remet en cause beaucoup de certitudes. Elle va encore être affinée car l’étude utilise un mode de relecture original. Pour rendre possible sa publication quelques mois avant la conférence de Paris, elle a mis en place une procédure originale. Habituellement, les discussions avec d’autres scientifiques se font en amont de la publication. Cette fois, le débat entre pairs se déroule en direct. L’étude de 66 pages agrémentées de plus de 300 références est en ligne, et les auteurs répondent en direct aux remarques d’autres chercheurs.

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Le projet de route en mer, dite nouvelle route du littoral ou NRL, ne tient pas compte d’un niveau de la mer s’élevant à un rythme de 3 mètres en 50 ans.

La fin de la route en mer

Cette nouvelle étude ne va pas manquer d’alimenter le débat avant la conférence de Paris sur le climat. Rappelons que le 24 juin dernier, Paul Vergès avait tenu une conférence de presse pour expliquer que les premiers commentaires issus des dernières observations par satellite des glaciers des pôles plaident pour une hausse du niveau de la mer de 6 mètres en un siècle. Les travaux publiés le 23 juillet dernier prévoient plus de 3 mètres en 50 ans, c’est le même rythme d’élévation.

Pour La Réunion, c’est la confirmation que tout l’aménagement du territoire est à revoir.

C’est également la certitude de la faillite du projet de route en mer, dite nouvelle route du littoral ou NRL, calculé sur la base d’une hausse de l’ordre d’un mètre du niveau de la mer. Comment accepter de jeter des milliards dans une route en mer au moment où les alertes montrant l’accélération de la montée du niveau de l’océan se multiplient ? C’est bien la faillite du NRL.

L’appel de Paul Vergès au rassemblement

  • Cela implique de réfléchir dès maintenant à la relocalisation des populations menacées par la montée du niveau de la mer.
  • Que deviendront aussi les tombes des cimetières en bordures de mer, comme le cimetière de l’Est à Saint-Denis ou le cimetière marin de Saint-Paul ?
  • Se pose aussi la question de l’avenir des deux aéroports de La Réunion, situés à quelques mètres au-dessus du niveau de la mer.

Le 24 juin, Paul Vergès avait appelé au rassemblement le plus large des Réunionnais pour réussir à relever ce défi. Un mois plus tard, une nouvelle étude scientifique vient donc confirmer l’ampleur de la tâche qui attend déjà les générations actuelles. L’appel à l’union est donc plus que jamais d’actualité.



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Messages






  • Personne ne peut dire avec certitudes quel sera le niveau de la mer dans 50ans ou dans 100 ans car il il y a trop de facteurs plus ou moins variables qui entrent en jeu .

    En effet , l’augmentation du niveau de la mer n’est pas causée uniquement par l’activité humaine qui envoie des gaz à effet de serre dans l’atmosphère .il Faut aussi prendre en compte l’activité volcanique qui envoie chaque année dans l’atmosphère une quantité importante de fines particules de poussières qui épaississent l,enveloppe atmosphérique et empêche le renvoi vers l’espace d’une partie de la chaleur reçue par la planète . Tout le monde se rappelle les conséquences de l’éruption du volcan islandais qui a bloqué le trafic aérien sur une grande partie de l’Europe pendant plusieurs mois en 2010 à cause de la quantité de gaz qu’il a envoyé dans l’atmosphère . Il faut également prendre en compte l’activité du soleil , qui pourrait être plus intense au cours des prochaines années et nous envoyer plus de chaleur . Il faudrait peut être également tenir compte du rôle du champ magnétique de la terre qui crée un bouclier contre le rayonnement solaire mais dont l’efficacité pourrait diminuer . Il faut bien entendu prendre en compte la part des incendies qui ravagent chaque années une part importantes des forêts de la planète. Il faut tenir compte de l’augmentation du volume de l’eau crée par le réchauffement , de l’accélération du dégel du permafrost causée par le réchauffement en cours . Ecet...

    Si on tient compte de toutes ces variables , aucun scientifique ne pourra faire une prévision très précise sur l’élévation du niveau de la mer au cours du 21eme siècle . Néanmoins ce n’est pas parce que on ne peut pas se baser sur des chiffres précis que les prévisions ne sont pas crédibles et qu’il faut continuer de ne rien faire .

    A partir du moment que l’on constate que la température de l’atmosphère s’élève un peu plus chaque année , que les glaciers fondent et que la surface des banquises polaires se rétrécit à grande vitesse chaque année au point que les bateaux pourront passer par le pôle nord d’ici une dizaine ou une quinzaine d’années , on peut déjà commencer à se préparer à faire face aux conséquences de l’élévation du niveau de la mer .

    Certes il est un peu tôt pour déplacer les aéroports et les villes menacées par ce phénomène , mais on peut anticiper pour les équipements qui sont programmés mais pas encore réalisés , notamment en modifiant les schémas d’aménagement , les plans d’occupation des sols , mais peut être également en arrêtant certains travaux qui viennent de commencer pour les réaliser ailleurs si on en a la possibilité .

    Pourquoi ne pas prendre cette décision pour la nouvelle route du littoral actuellement en construction sur la mer à la Réunion entre Saint Denis et la Possession en offrant aux entreprises qui ont obtenus les marchés un dédommagement, et en leur accordant peut être une priorité dans le cadre d’un appel d’offre qui serait lancé pour réaliser cette nouvelle route ailleurs que sur la mer , que se soit en tunnel ou à l’air libre .

    Une telle option ne serait pas si dramatique que cela et permettrait certainement à chaque partie prenante d’être gagnante s’il s’avère que la solution choisie ne serait pas forcément la moins chère . De surcroit , ce ne serait pas une première puisque le cas d’une fermeture des travaux en cours avec dédommagement des entreprises s’est déjà produite récemment , notamment à Sivens dans le sud de la France , où le ministre de l’environnement madame Ségolène Royal vient de prendre, en mars dernier , un arrêté interdisant la continuation des travaux de construction d’une retenue d’eau de 1,5 million de m3 d’eau destinées à l’irrigation de la région , et obligeant sa reconstruction un peu plus bas .

    Compte tenu de l’opposition de plus en plus forte qui se manifeste contre le viaduc - digue en cours de construction à la Réunion, qui n’offre pas toutes les garanties nécessaire de résistance à des vents de 300km h et à des houles cycloniques de plus de 25M de hauteur très fréquents lors de passage de violents cyclones sur l’île ou à proximité , je pense que les décideurs , notamment le président du conseil Régional , monsieur Didier Robert pourrait prendre la décision de fermer définitivement les travaux . Et au cas où il refuserait de prendre cette décision n’importe quel contribuable réunionnais , français ou européen serait en droit de saisir le tribunal administratif compétent pour demander une suspension des travaux en référé jusqu’à ce que la justice se soit prononcé sur la question ou jusqu’à ce que les différentes parties prenantes arrivent à se mettre d’accord sur les conditions d’indemnisation des entreprises concernées et de la reprises des travaux sur un autre tracé que sur la mer ou en tout cas sur un projet qui offre toutes les garanties de durée que doivent présenter des équipements d’une importance stratégique pour le bon développement d’une région qui comptera bientôt plus d’un million d’habitants .

    Si le président de la région ne veut pas assumer seul la responsabilité d’une telle décision , il pourrait organiser sans délai comme l’a fait le premier ministre de la Grèce un référendum su la question , et c’est le peuple réunionnais qui en définitive assumera la responsabilité de la décision . Mais si on devait changer de fusil d’épaule et choisir une autre solution que le passage en mer il faut prendre une décision très rapidement avant que le coût du dédommagement aux entreprises titulaires des marchés ne devienne rédhibitoire .

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