Changement climatique

Par la voix d’un petit peuple, le cynisme des pays riches éclate à la face du monde

La leçon de grandeur du dirigeant d’un petit Etat

Geoffroy Géraud-Legros / 22 décembre 2009

Comme le rapportait "Témoignages" hier via son envoyé spécial dans la capitale danoise, l’intervention du délégué des Tuvalu a empêché l’adoption de la feuille de route décidée par les puissances industrialisées, dont le contenu condamnait les îles et leurs peuples à disparaître.

En s’insurgeant contre le diktat des pays riches, le dirigeant de ce petit Etat de 26 Km2 et de 12.000 habitants a montré avec éclat que dans le concert des Nations il n’y a ni "grands" ni "petits" peuples…et que la conscience que peut avoir un dirigeant de l’importance des enjeux planétaires ne dépend en rien de la taille ou de la puissance de l’Etat qu’il dirige.
En refusant de réduire la survie de son peuple à l’aumône proposée par les riches, c’est une leçon de grandeur que le représentant du petit archipel du Pacifique a donné à ceux qu’on nomme les « grands » de ce monde.
Comment ne pas être indigné par l’offre globale de 30 milliards de dollars sur trois ans (dont 7 seulement seraient immédiatement accessibles) formulée par les représentants des Etats les plus riches lors du sommet de Copenhague ?
Face aux montants vertigineux injectés par les Etats pour sauver la finance internationale après l’effondrement économique de l’année 2008, cette proposition a un caractère qui va au-delà du dérisoire : elle est offensante pour ceux qui la reçoivent.

Derrière l’aumône, le cynisme des puissants

Qu’on en juge : pour remettre en selle un système qui, de crises en crises, a prouvé son inefficacité et son caractère parasitaire vis-à-vis de l’économie réelle, les Etats n’ont pas hésité à transférer au moins 9.350.000.000.000. de dollars dans les plans de sauvegarde… "L’aide" proposée aux pays en voie de développement dans le cadre de la lutte globale contre les effets du réchauffement climatique s’élève ainsi à moins de 1% des fonds alloués sans discussion par les Gouvernements dans le seul but de permettre la reprise de la spéculation. Il semble que la crise économique n’aie rien enseigné aux représentants des Etats les plus puissants, qui reproduisent ici le cynisme dont ils avaient fait preuve lors du sommet de la FAO en 2008. On se souvient qu’alors, les représentants des Etats dominants avaient déclaré ne pas pouvoir aller au-delà de 6,5 milliards de dollars pour lutter contre la faim…et encore ne s’agissait-il là que de promesses de dons A vrai dire, la somme avancée aujourd’hui suffirait à peine à couvrir une partie des dommages subis par les pays les plus pauvres à la suite de la crise économique et financière partie du Nord… crise dans laquelle ils n’ont aucune responsabilité. Il a fallu la voix du dirigeant de l’un des pays les moins peuplés du monde pour qu’éclate toute l’indécence de la « générosité » des puissants.

Geoffroy Géraud-Legros


L’échec d’un accord à Copenhague : un sujet de méditation pour des dirigeants politiques réunionnais ?

Le sommet de Copenhague s’est achevé sur une note plus que pessimiste : après d’intenses négociations, les dirigeants des Etats du monde ne sont pas parvenus à trouver une solution permettant de réduire de manière significative les émissions de Co2. Cet échec est avant tout imputable aux multiples forces hostiles à la transformation des rapports économique et sociaux qu’aurait impliqué pareil accord. C’est aussi la faillite d’une stratégie de communication fondée sur la mise en avant de l’individu comme solution ultime. Voilà qui devrait donner à penser à plusieurs dirigeants réunionnais, dont le leader de « l’Union »…

Défense du statu quo

Chaque jour, les participants au Sommet pouvaient voir dans le journal imprimé pour l’occasion un encart acheté par le Parti républicain, enjoignant au Président des Etats-Unis de ne pas signer d’Accord. Ce document de propagande au titre sans équivoque « Message from America to the American delegates in Copenhagen (& to the rest of the world) » reprenait la tonalité solennelle de la Constitution américaine, et entendait rappeler au Président des Etats-Unis, que bien qu’élu, il n’était pas pour autant habilité à décider du sort des contribuables américains, fut-ce au profit du reste du monde. Au centre de l’argumentaire : le poids fiscal qu’aurait eu le salut de l’humanité sur les Américains. Ainsi, au cœur même d’un sommet décisif pour l’avenir de la planète, les forces les plus archaïques de la politique et de l’économie des Etats-Unis affirmaient leur refus de sortir d’un statu quo pourtant intenable, brandissant l’argument populiste de la fiscalité, et utilisant de la manière la plus dévoyée qu’on puisse imaginer la Constitution de leur pays, issue du combat des Américains contre la puissance coloniale britannique.

La présentation de soi ne suffit pas

Autre échec : celui du messianisme dont Barack Obama s’est laissé investir par les fabricants d’opinion du monde entier. Auréolé de toutes les distinctions, dont un prix Nobel de la Paix attribué en début de course, le dirigeant américain s’est brutalement retrouvé à l’épreuve d’un rapport de force en face duquel les qualités infiniment louées de l’homme ne pesaient pas bien lourd. Cette fois-ci, la qualité « d’homme nouveau » revendiquée par le Président américain n’a pas pu faire écran à son incapacité- subie ou désirée- à s’élever au-delà du rôle assigné par un système : celui de défenseur des intérêts du capitalisme américain.

Un sujet de méditation pour Didier Robert ?

On le sait depuis le 13 Décembre dernier, date du prononcé du discours fondateur de l’ « Union » : quelque soit la manière dont ils se déclinent à La Réunion, les grands problèmes du Monde n’intéressent pas Didier Robert et son nouveau parti. Pourtant, si l’on se prend à rêver que le député-maire du Tampon ait accordé un intérêt- au moins superficiel- au sommet de Copenhague, ne peut-on imaginer qu’il puisse après coup y trouver un sujet de profonde méditation ? Ne peut-on imaginer que la colère de l’opinion mondiale face à l’égoïsme des puissances les plus riches n’émeuve celui qui, à La Réunion, est acharné au maintien du statu quo et à la casse du développement durable ? De même, ne peut-on imaginer que le désenchantement de la figure du Président des USA ne provoque chez Didier Robert une réflexion salutaire sur les démentis que peuvent apporter les faits à la promotion de soi ? Personne, il est vrai, ne s’est jamais risqué à comparer Didier Robert au dirigeant des Etats-Unis. Il n’empêche : le dirigeant du Tampon et de l’ »Union » n’a-t-il pas bien plus organisé sa montée au pouvoir sur la promotion de ses qualités personnelles que sur des actions concrètes en faveur de la collectivité ?


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