Changement climatique

Pas plus de 1,5 degré : « le moindre compromis constitue une violation de nos droits humains les plus essentiels »

Dean O. Barrow, Premier ministre de Belize

Témoignages.re / 8 janvier 2010

Le 16 décembre à la tribune de la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique, le Premier ministre de Belize a expliqué comment en 11 ans, son pays a vu une grande partie de ses récifs coralliens de renommée internationale se transformer en cimetière, à cause des cyclones et de l’acidification de l’océan.

« Belize est un pays béni avec le plus grand récif coralien de l’hémisphère occidental, le deuxième plus long du monde, des milliers de belles îles coralliennes, une mangrove abondante, des dicothylédones et des forêts de pin.
Malheureusement, nous ne sommes pas capables de lister toutes nos richesses naturelles simplement pour les exalter. En vérité, c’est pour déplorer leur destruction, pour témoigner des ravages en train de s’accomplir sur notre environnement et notre population par le réchauffement climatique d’origine anthropique.
En tant que pays en voie de développement et nation côtière ayant une faible altitude, Belize est un des plus vulnérables aux impacts négatifs du changement climatique ; et est maintenant classé comme un des dix pays les plus touchés. Dans les 11 dernières années, Belize a souffert des dégâts du 6 cyclones tropicaux majeurs. Mitch, Keith, Iris, Chantal, Dean et Arthur, alimentés par la température élevée de la surface de la mer, ont détruit nos cultures, battus notre barrière corallienne, inondés nos rues, submergés nos ponts, ruinés nos infrastructures touristiques et nous ont jeté à la rue.
Ces récifs, les joyaux de notre couronne environnementale, ont été transformés en squelettes du fait des épisodes de blanchiment massif en 1995, 1998, 2005, 2008 et 2009. Ces récifs, resplendissants et plein de vie, renommés internationalement, sont maintenant en de nombreux endroits ne sont guère plus qu’un cimetière.

Des dégâts irréparables

À Belize maintenant, le réchauffement climatique a déjà érodé notre secteur économique majeur — agriculture, pêche et tourisme — et provoqué des dégâts irréparables dans notre environnement.
Rien que pour les cyclones, il y a une perte pour notre petite économie de centaines millions de dollars. Et, écouter bien ce chiffre, 50% de nos récifs ont été tués par les cyclones et le blanchiment des coraux. Maintenant, le besoin d’aide sociale et économique de notre population ne cesse de croître. Par conséquent, alors que nous luttons pour atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement, nous sommes attaqués de toute part par les impacts destructeurs du changement climatique.

Belize, avec son faible niveau d’industrialisation et sa faible population, est un des plus minimes contributeurs aux émissions de gaz à effet de serre. Mais nous sommes en première ligne pour les actions innovantes en termes d’atténuation. En février 1995, nous avons été le premier pays à réaliser un projet concernant le secteur forestier, complètement financé par l’initiative des États-Unis "Joint implémentation". Nous avons lancé des projets d’énergie solaire et hydroélectrique, et avons réussi à réduire de 50% nos émissions de gaz à effet de serre dans le secteur de l’énergie, malgré une demande multipliée par 4.

Baisse de 50% des émissions de CO2

Mais la menace sur notre disparition future n’est pas tenue en échec par nos actions unilatérales d’atténuation. Le réchauffement climatique n’a pas de frontière, et les émissions de gaz à effet de serre des pays les plus lourdement industrialisés continueront à nous couler, aussi bien au sens propre qu’au figuré. Nous devons par conséquent dépendre de la volonté de ces nations responsables des émissions les plus importantes, aussi bien développées ou en développement, d’agir d’urgence et de manière décisive à Copenhague.

Cela va sans dire, Belize soutient pleinement les objectifs d’atténuation défendus par l’AOSIS (1) :

- stabilisation à long-terme de la concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère bien en-dessous de 350 ppm ;

- limitation de l’augmentation de la température moyenne à pas plus de 1,5 degré au-dessus du niveau pré-industriel ;

- le pic des émissions mondiales de gaz à effet de serre au plus tard en 2015, et après cela une diminution ;

- réduction des émissions mondiales de gaz à effet de serre de plus de 85% en dessous du niveau de 1990 en 2050 ;

- les pays de l’annexe 1 de la Convention-cadre des Nations-Unies sur le changement climatique doivent réduire collectivement leurs émissions de gaz à effet de serre de plus de 45% en dessous du niveau de 1990 en 2020, et de plus de 95% en dessous du niveau de 1990 d’ici 2050.

Selon nous — les plus vulnérables, les plus exposés au risque — le moindre compromis sur ces objectifs constitue une violation de nos droits humains les plus essentiels.

En tant que nation avec plus de 65% de notre superficie couverte par des forêts, et en tant que pays qui a montré ses engagements en gestion durable des forêts à travers de nombreuses et innovantes actions de préservation, Belize reconnaît également le potentiel de REDD (2), en tant composant important pour une stratégie d’atténuation globale.
Nous soulignons, toutefois, que la participation aux actions de REDD ne peut pas servir d’excuse pour diminuer les engagements des pays de l’annexe 1 à réduire drastiquement leurs propres émissions.

L’amélioration immédiate de la situation des plus vulnérables

Pendant que nous exhortons à agir tous les pays ayant d’importantes émissions, nous devons simultanément noter que même les baisses d’émissions de gaz à effet de serre les plus ambitieuses ne seront pas suffisantes pour annuler les impacts actuels du changement climatique. Le génie est sorti de sa boîte. Et des nations, comme Belize, souffrent déjà trop.

Nous devons éviter toutefois la catastrophe sociale, économique et environnementale. Et donc nous appelons les pays développés à abonder un mécanisme financier global qui générerait un nouveau financement, qui ne se substitue pas à un autre et qui est programmé dans le temps, pour soutenir les actions d’adaptation et d’atténuation des pays en voie de développement.

En conclusion, je souhaite mettre en évidence le fait que ce n’est pas faire preuve d’un grand génie que de reconnaître que nous sommes tous dans le pétrin, ou la situation particulièrement difficile des îles et des pays côtiers.
En conséquence, éviter globalement sur le long terme les effets négatifs du changement climatique, mais aussi l’amélioration immédiate de la situation des plus vulnérables, doit être l’unité de mesure du succès de cette conférence.

Proche du début de la deuxième décennie de ce nouveau millénaire, tous les regards se tournent vers Copenhague. Souhaitons que les puissants de ce monde ne ratent pas le test, ne manquent pas la cause fondamentale de notre humanité commune ».

1 - AOSIS : Alliance des États insulaires en développement.

2 - REDD : Fonds de partenariat pour la réduction des émissions de carbone venant des forêts des Nations Unies : un outil au service de la lutte contre la déforestation et pour la plantation d’arbres.


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