Changement climatique

Pour le droit à la survie et au développement de tous les peuples du monde

Dr. Nafie Ali Nafie, Président-adjoint du Soudan, présidence du Groupe G77+Chine

Témoignages.re / 18 janvier 2010

Quand le représentant du G77+Chine prend la parole le 16 décembre dernier, il s’inquiète des tentatives de remises en cause par les pays riches du Protocole de Kyoto, et de son principe de la responsabilité commune, mais différenciée. Ces prévisions pessimistes se réalisent pourtant 48 heures plus tard quand un groupe de pays tente d’imposer en séance plénière l’adoption d’un "Accord de Copenhague". L’objectif de cette manœuvre est de réduire l’effort que doivent faire les pays riches pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre. Ce coup de force a échoué grâce à Tuvalu, l’ALBA et la majorité des pays du monde, dont le G-77+Chine. Rappelons que le G-77+Chine représentent plus de 130 pays.

M. le Président, Excellences, chefs d’État et de gouvernement, Son Excellence le Premier ministre du Danemark, Son Excellence le secrétaire général de l’ONU, Honorables Ministres et chefs de délégation, Mesdames, Messieurs, Bonjour,

(…)

M. le Président,
Il y a deux ans à Bali, toutes les parties étaient d’accord pour adopter les conclusions des travaux du Groupe de travail ad-hoc de suivi des engagements des pays de l’annexe 1 du Protocole de Kyoto [1] (AWG-KP) à cette session de la Conférence des Parties du Protocole de Kyoto (CMP), et à partir de là de fixer deux volets au processus de négociation. À cet égard, le G-77+Chine a travaillé à la réalisation du mandat de base du AWG-KP, qui a mis spécifiquement l’accent sur la définition de la seconde période du Protocole de Kyoto.
En lien avec la science, la seconde période d’engagement doit inscrire des objectifs de réduction ambitieux et quantifiés de la part des pays développés à partir de 2012. Cela doit passer par une amélioration, par des séries de mesures plus efficaces et plus concrètes afin que les pays développés soient en capacité de prendre la tête de l’atténuation des impacts du changement climatique, et puissent contribuer de manière significative à cette atténuation.
Pourtant, nous avons vu que les pays développés cherchent à démanteler le Protocole même, en faveur d’un "engagement unique", prétendument global, mais qui, en réalité, est beaucoup plus faible et sapera et réinterprétera la convention et ce Protocole de Kyoto.
À cette fin, nous avons vu de constants retards dans nos travaux, illustrés par le fait que le AWG-KP n’a pas respecté un délai pour rendre ses conclusions en objectif global ou individuel de réduction, alors que nous étions d’accord sur ce point à Poznan il y a un an. Il est clair que ces efforts ont pour but de saper et de réinterpréter la Convention elle-même, en particulier ces principes fondamentaux d’équité, de responsabilité commune, mais différenciée, et de capacité à mettre en œuvre des mesures selon les capacités de chacun.

L’engagement des pays riches, un minimum

M. le Président,
Il est clair que le G77+Chine considère l’ensemble Convention+Protocole de Kyoto, et toutes les décisions que nous avons prises l’ont été en fonction de ces instruments, en tant qu’outils globaux de la Communauté internationale pour faire face au changement climatique. A cet égard, le G-77+Chine souhaite souligner la nécessité de maintenir cet acquis : que le Protocole de Kyoto est l’instrument essentiel qui élabore les moyens pour que les pays développés puissent être capables de respecter leurs engagements légaux de réduction des émissions, conformément à l’article 4.2 de la Convention.

M. le Président,
Pour le salut du bien-être de notre planète et de sa population, le G-77+Chine insiste pour qu’une seconde période d’engagement des pays riches soit établie au-delà de 2012, comme la base d’engagements de réduction comparables entre tous les pays développés. Nous serons opposés à un accord à Copenhague qui, de la moindre manière, aura pour résultat de remplacer le Protocole de Kyoto. La seconde période d’engagement du Protocole de Kyoto est une exigence minimale pour le Groupe, sans laquelle aucun accord ne sera possible à Copenhague. (…)
Alors que le Groupe intensifie ces efforts de manière constructive dans ce processus, ces efforts sont sérieusement entravés par un procédé de consultation complexe et à plusieurs niveaux qui nous a été imposé au début de la deuxième semaine de cette Conférence des parties.

M. le Président,
Pendant que nous tentons de comprendre l’objectif de cette pratique qui, nous supposons, visait à créer la nécessaire volonté politique d’arriver à une conclusion significative pour cette conférence, nous sentons qu’il y a un manque de transparence dans la manière dont les décisions sont prises pour tenir ces consultations de haut niveau, et l’identification des questions en discussion laissent beaucoup à désirer.
La plupart des délégations du G-77 ont des moyens limités et ne pourraient pas être représentés à toutes les rencontres, toutes celles qui ont une grande importance pour le Groupe.
Malgré cette évolution, le Groupe continue à s’engager dans les différents groupes de rédaction et groupes informels qui travaillent jusqu’à tôt le matin. Nous avons fait quelques progrès dans quelques-uns de ces groupes, mais ces progrès sont fragiles à la lumière de leurs liens avec les discussions informelles ministérielles en cours.

La dette climatique des pays riches

M. le Président, (…)
Les pays en développement ont le plus à perdre de ce Sommet s’il n’y a aucun résultat concret au bout des discussions, particulièrement si le Protocole de Kyoto est démantelé. Par conséquent, nous sommes les plus concernés si nous arrivons à un résultat concluant à ce COP 15.
Le Groupe G-77+Chine considère notre vision partagée en fonction de la science et de principes, en particulier le principe d’équité, de responsabilité commune, mais différenciée. Notre vision partagée doit refléter les responsabilités historiques et actuelles des pays développés dans les activités humaines qui ont provoqué le changement climatique. De cela résulte une dette climatique des pays riches envers les pays en voie de développement, et créer les conditions pour un partage équitable et juste des ressources de l’atmosphère.

M. le Président,
Notre vision partagée, incluant un objectif de réduction des émissions sur le long terme, est d’améliorer la pleine efficacité et l’intégration durable de la Convention à l’avenir, d’une manière équilibrée et globale pour faire face à l’atténuation, à l’adaptation, au développement de la technologie et aux transferts, au financement et au renforcement des capacités, tout cela de manière intégrée. Cela doit garantir qu’il y aura un résultat équitable qui respecte et soutienne pleinement le droit au développement et le droit à la survie des pays en voie de développement.
Ce résultat reconnaît et fait la promotion de ce mot d’ordre : le droit à la survie et au développement, avec des conditions équitables, pour la génération présente et les futures, est un droit pour tous les pays et tous les peuples, et que le développement économique et social, et l’éradication de la pauvreté, sont la première des priorités pour les pays en voie de développement.

Les pays du Sud ont le droit à la parole

M. le Président,
Le Groupe G-77+Chine appelle à un cadre politique global pour l’adaptation, et à un nouveau financement évolutif sur le long terme pour que les pays en voie de développement puissent être capables de faire face à leurs besoins urgents, à moyen et à long terme.
(…) Nous voulons une conclusion positive dans tous les aspects du Plan d’action de Bali. Nous soutenons les progrès de toutes les questions prises globalement. Nous ne soutiendrons pas une approche sélective.
(…) Nous avons une grave préoccupation en regard de l’organisation du travail à ce niveau de la session, et sur la manière dont les résultats du travail en cours du Groupe de suivi des engagements du Protocole de Kyoto seront pris en compte et inclus dans les conclusions de cette conférence.

M. le Président,
Le G-77+Chine se tient prêt à vous assister dans votre rôle, en tant que président pour maintenir un processus ouvert et transparent, qui garantit les droits des pays en voie de développement de participer pleinement à la construction des conclusions de cette conférence.

Je vous remercie ».

[1Les engagements des pays de l’annexe 1 concernent les engagements chiffrés des pays riches, les pays qui sont responsables du changement climatique et de son amplification. Exemple d’engagement : il reste deux ans à l’Union Européenne pour diminuer de 8% ses émissions par rapport à 1990. Si les Etats-Unis avaient ratifier le Protocole de Kyoto, ils auraient dû d’ici deux ans diminuer leurs émissions de 7% par rapport à 1990.


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