Changement climatique

Réchauffement : on est parti pour 3,5 degrés de plus…

Une hausse insupportable des températures

Témoignages.re / 27 novembre 2010

Le rapport annuel de l’AIE n’est pas optimiste : Copenhague ayant échoué, si les gouvernements n’agissent pas davantage en faveur du climat, la planète ira vers un réchauffement de 3,5 degrés, au lieu des 2 degrés considérés comme la limite supportable. C’est ce que rapporte le “World Energy Outlook” publié par l’Agence internationale de l’énergie.
Le “WEO” (“World Energy Outlook”) est un document annuel publié par l’Agence internationale de l’énergie, qui est attendu chaque fois impatiemment par les milieux de l’énergie en raison de son expertise incontestée.
De 76 pages lors de sa première édition en 1993, il est passé cette année à 731 pages ! Son chef économiste, Fatih Birol, considéré un des meilleurs experts internationaux, n’est pas optimiste quant à la réelle volonté d’agir des gouvernements du monde.
Karel Beckman, rédacteur en chef d’“European Energy Review” analyse le rapport. Extraits :

« Dans ses dernières éditions, le WEO présentait deux scénarios : le “scénario de reference”, dit “business as usual”, et le “scenario 450”, fondé sur des politiques visant à contenir la concentration de CO2 dans l’atmosphère à 450 parties par million par volume (ppm). Ce chiffre, selon le GIEC (le groupe de l’ONU consacré au climat) permettrait de limiter le réchauffement climatique moyen à 2 degrés — une augmentation de la température qui aurait déjà d’énormes conséquences pour la planète mais permettrait d’éviter le désastre.

Cependant, ce “scenario 450” n’avait une chance de devenir réalité que si la conférence sur le climat de Copenhague se terminait sur un grand succès. En réalité, ainsi que Fatih Birol le souligne sans ambages, « elle s’est terminée sur un échec ». En conséquence, continue Birol, on nous disait « qu’aucun de nos deux scénarios n’était très réaliste ».

Un nouveau scénario, guère rassurant

Pour cette raison, l’AIE a développé cette année ce qui pourrait être appelé un scénario intermédiaire. Ce « scénario nouvelles politiques » (NPS : new policies scenario), ainsi qu’il est nommé, « tient compte des engagements politiques généraux qui ont déjà été annoncés et suppose une mise en œuvre prudente des engagements nationaux de réduire les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020 et de réformer les aides aux énergies fossiles ».

En d’autres termes, il suppose que les gouvernements feront ce qu’ils font habituellement, c’est-à-dire se laisser influencer par les groupes de pressions et les opinions publiques. Il suppose aussi implicitement qu’il n’y aura pas de percées technologiques qui pourraient révolutionner le marché et que l’économie mondiale progressera plus ou moins comme les économistes le prévoient.

La température va augmenter de 3 degrés

Le résultat de ce scénario NPS est sans doute plus « réaliste » que le scénario 450, il est cependant loin d’être rassurant, selon Birol. Dans le long-terme, il conduirait à un accroissement de la concentration des gaz à effet de serre de 390 ppm aujourd’hui à 650 ppm dans l’avenir. Cela conduirait à « une augmentation probable de température de plus de 3,5 degrés sur le long terme ». Une perspective alarmante. « Cela n’est bon pour personne, ni pour les producteurs d’énergie, ni pour les consommateurs », dit Birol. « C’est pourquoi nous tirons très fort la sonnette d’alarme avec ce rapport ».

Pour Fatih Birol, il y a aujourd’hui très peu de gouvernements qui prennent dans le monde les actions nécessaires. « Je ne vois aucun mouvement d’ampleur dans les politiques contre le changement climatique. Rien ne bouge ». Pour Birol, il est clair que le changement doit venir des gouvernements. C’est à eux de fixer le cadre adéquat pour que les compagnies énergétiques prennent les bonnes décisions. « Ce dont nous avons vraiment besoin est un signal clair adressé au secteur de l’énergie pour qu’il se transforme. Je n’entends pas ce signal actuellement ». « Et ceci devrait être fait non seulement pour éviter un changement climatique désastreux, mais aussi pour assurer la sécurité énergétique des populations ».

57 milliards de dollars de subvention

Une chose que les gouvernements devraient faire, dit encore le célèbre économiste de l’AIE, est d’apporter un soutien aux énergies renouvelables. Birol : « les renouvelables peuvent devenir la principale source d’énergie, mais seulement si les gouvernements leur apportent leur soutien. L’industrie de l’énergie renouvelable est encore jeune. Elle ne peut être comparée à l’industrie du pétrole et du gaz. Si les gouvernements lui retirent leurs soutiens, elle sera frappée très durement ».

Dans le rapport WEO 2010, l’IEA a calculé pour la première fois le montant des subventions qui vont aux énergies renouvelables : 57 milliards de dollars en 2009. Cela paraît un chiffre relativement bas. Selon le scénario NPS, ce chiffre devrait monter à 205 milliards de dollars en 2035, soit juste 0,17% de ce que serait alors le PIB mondial.

Chiffre intéressant, à mettre en perspective : celui des subventions des gouvernements pour la consommation des énergies fossiles dans le monde : 312 milliards en 2009, contre 558 milliards en 2008. L’année de tous les records ».


« L’avenir des énergies renouvelables dépend de façon décisive d’un soutien vigoureux des pouvoirs publics »

Dans son rapport, l’Agence internationale de l’énergie constate que le développement des énergies renouvelables est lié à un soutien sans faille des pouvoirs publics. C’est l’opposé de ce que le gouvernement est en train de décider pour La Réunion avec l’arrêt de la défiscalisation pour le photovoltaïque.

Les énergies renouvelables auront le rôle essentiel de placer le monde sur une trajectoire énergétique plus sûre, plus fiable et plus durable. Le potentiel est incontestablement vaste, mais le rythme auquel la contribution de ces ressources augmentera pour répondre aux besoins énergétiques mondiaux dépendra de façon décisive de la vigueur avec laquelle les pouvoirs publics agiront en faveur des énergies renouvelables afin qu’elles deviennent compétitives en termes de coûts vis-à-vis des autres sources et technologies énergétiques, et qu’elles stimulent le progrès technologique. Le besoin de soutien public serait plus grand si les prix du gaz étaient inférieurs aux hypothèses retenues dans notre analyse.

Les plus grandes possibilités d’augmentation en termes absolus de l’utilisation des énergies renouvelables se situent dans le secteur de l’électricité. Dans le Scénario “nouvelles politiques”, la production d’électricité à partir de sources renouvelables triple entre 2008 et 2035, et la part de ces énergies dans l’ensemble de la production d’électricité passe de 19% en 2008 à quasiment un tiers (rattrapant ainsi le charbon). L’augmentation provient principalement de l’éolien et de l’hydroélectricité, bien que cette dernière conserve la première place pendant la période considérée dans cette édition de “l’Outlook”. L’électricité photovoltaïque progresse très rapidement, encore que sa part dans la production électrique totale n’atteigne qu’environ 2% en 2035.
La part des énergies renouvelables modernes utilisées pour la production de chaleur destinée à l’industrie et aux bâtiments passe de 10% à 16%. La consommation de biocarburants fait plus que quadrupler entre 2008 et 2035 ; à la fin de la période considérée, 8% de la demande de carburants routiers sont couverts par des biocarburants (contre 3% aujourd’hui). Les énergies renouvelables ont des coûts de capitaux plus élevés que les combustibles fossiles, c’est pourquoi l’investissement nécessaire pour accroître la puissance installée des énergies renouvelables est très lourd : le total des investissements dans les énergies renouvelables pour produire de l’électricité est estimé à 5.700 milliards de dollars (au cours de 2009) sur la période 2010 2035.
Les besoins d’investissement sont les plus grands en Chine, devenue désormais l’un des premiers producteurs d’énergies éolienne et photovoltaïque, ainsi qu’un important fournisseur des équipements correspondants. En matière d’exploitation de l’énergie solaire à grande échelle, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord bénéficient d’un immense potentiel, mais pour en tirer parti, ils doivent surmonter de multiples difficultés commerciales, techniques et politiques.

En dépit de la compétitivité croissante des énergies renouvelables au fur et à mesure que les prix des combustibles fossiles augmentent et que ces technologies deviennent matures, le degré de soutien gouvernemental devra s’accroître parallèlement à la progression de leur contribution au mix énergétique mondial.

À l’échelle mondiale, nous estimons le soutien que les pouvoirs publics ont consacré à l’électricité d’origine renouvelable et aux biocarburants à 57 milliards de dollars en 2009, dont 37 milliards de dollars pour la filière de l’électricité renouvelable. Dans le Scénario “nouvelles politiques”, le soutien total est porté à 205 milliards de dollars (au cours de 2009), soit 0,17% du PIB mondial, d’ici à 2035. Entre 2010 et 2035, 63 % du soutien est destiné à l’électricité renouvelable. Le financement public exprimé par unité de production diminue au fil du temps en moyenne dans le monde entier, pour tomber de 55 dollars par mégawatt-heure (MWh) en 2009 et à 23 dollars par MWh en 2035, parallèlement à la hausse des prix de gros de l’électricité et à la baisse des coûts de production due à l’apprentissage technologique. Ce chiffre ne tient pas compte du coût supplémentaire de l’intégration de ces unités de production au réseau, qui peut être élevé en raison de la variabilité de certaines sources renouvelables, telles l’éolien et le solaire. Le soutien public aux énergies renouvelables peut se justifier, en principe, au regard des avantages pour l’économie, la sécurité énergétique et l’environnement qu’elles peuvent procurer à long terme, mais il faut veiller au bon rapport coût-efficacité des mécanismes mis en œuvre.


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