Changement climatique

Réduire les émissions de gaz à effet de serre : l’engagement de la Chine inscrit dans la loi

Après le Brésil, la Chine annonce un plan ambitieux

Manuel Marchal / 5 janvier 2010

Samedi, la Chine a annoncé la publication d’une loi qui oblige tous les distributeurs d’électricité à acheter aux producteurs d’énergie renouvelable la totalité de l’électricité produite. D’ici 2020, la Chine envisage d’atteindre une couverture de 15% de sa consommation par des énergies renouvelables. Après la signature par le président du Brésil d’une loi prévoyant une baisse des émissions, cette décision souligne que les pays émergents sont en train de devenir les chefs de file de la lutte contre le changement climatique.

Le Protocole de Kyoto actuellement en vigueur met en application le principe de la responsabilité commune, mais différenciée. Dans une annexe sont donc listés les principaux responsables de la catastrophe actuelle. Les dirigeants de ces pays sont donc tenus de respecter des engagements de diminution des émissions de gaz à effet de serre. Cela veut donc dire que la responsabilité historique des pays riches dans le déclenchement et l’amplification du changement climatique leur impose de devenir les chefs de file de la lutte contre ce phénomène.
Avant la tenue de la conférence de Copenhague, plusieurs pays ou groupes régionaux ont annoncé des engagements. Washington a ainsi fait part de sa volonté de faire voter une loi qui permettra une diminution des émissions de gaz à effet de serre de 4% par rapport à 1990 en 2020, soit bien en dessous de l’objectif fixé par le Protocole de Kyoto (-7% en 2012 par rapport à 1990). Il est à noter que bien que signataire de ce traité international, les Etats-Unis ont refusé jusqu’à présent de le ratifier, quelle que soit la majorité parlementaire en place.

Horizon 2020

Pour sa part, l’Union Européenne a voté une directive "paquet climat" qui prévoit pour cet ensemble de quelques centaines de millions d’habitants une réduction d’ici 2020 des émissions de gaz à effet de serre de 20% par rapport à 1990, et une part des énergies renouvelables s’élevant à 20% dans la production électrique à la même échéance. Il reste à transposer cette directive dans le droit des 27 États membres. Mais à ce jour, l’Union Européenne n’est pas en mesure d’atteindre les engagements du Protocole de Kyoto : une baisse de 8% des émissions de gaz à effet de serre en 2012 par rapport au niveau de 1990.
Etats-Unis et Europe se doivent de faire des annonces chiffrées et de les respecter. Ce sont en effet les principaux responsables de la catastrophe actuelle. L’industrialisation utilisant comme carburant le charbon et le pétrole a en effet commencé en Occident. Les phénomènes extrêmes subis aujourd’hui par de nombreux pays sont le résultat de l’accumulation dans l’atmosphère d’une pollution émise quasi-exclusivement par les cheminées d’usines et les véhicules des pays riches.

Une loi d’avance

Avant Copenhague, l’Inde, le Brésil et la Chine ont annoncé aussi des engagements, bien que rien n’oblige un pays en voie de développement à prendre des mesures pour diminuer ses émissions de gaz à effet de serre.
Le Brésil a ainsi proposé une baisse en valeur absolue de ces émissions, pour qu’en 2020, elles soient en dessous du niveau de 1990. Mais à la différence de l’Europe ou des Etats-Unis, le Brésil connaît une croissance démographique et économique très rapide.
L’Inde et la Chine proposent quant à elle une diminution des émissions de CO2 par unité de PIB, respectivement -25% et -45%.
Deux semaines après la fin du Sommet de Copenhague, le Brésil et la Chine ont d’ores et déjà inscrit leurs engagements dans des textes juridiques.
Sans tarder, ces deux pays ont donc inscrit dans la loi le respect des engagements qu’ils se sont fixés. Sur ce plan, des pays en voie de développement sont donc en train de prendre de l’avance sur les pollueurs historiques. Car à la différence des directives de l’Europe par exemple, le texte voté n’a pas besoin d’une étape parlementaire supplémentaire afin que la loi soit transposée en droit local.
Autrement dit, si les Etats-Unis et l’Europe tardent à mettre en cohérence leurs annonces avec leurs législations, alors ils prennent le risque d’être dépassés par les pays émergents. Ces derniers deviendront alors les chefs de file de la lutte contre le changement climatique alors qu’ils sont toujours en pleine phase d’industrialisation du fait de leur croissance propre, mais aussi à cause des délocalisations vers les pays émergents des industries d’Europe et d’Amérique du Nord. C’est bien une illustration du changement du monde.

Manuel Marchal


« Nous ne manquons jamais à notre parole »

Voici l’information relatant l’évolution de la loi en Chine pour favoriser les énergies renouvelables.

Le comité permanent de l’Assemblée nationale populaire (ANP) a adopté samedi un amendement qui devrait entrer en vigueur en avril 2010. Cette révision législative consiste à imposer aux sociétés de distribution d’acheter la totalité de l’électricité générée par les producteurs d’énergie renouvelable.
Si les opérateurs ne se plient pas à cette mesure, ils encourront des amendes s’élevant à deux fois la perte économique des producteurs d’énergie propre.
« Si moins de dix jours après la fin de la réunion de Copenhague, nous avons adopté la révision de la loi sur les énergies renouvelables, c’est pour protéger par la loi l’engagement de la Chine à assurer de manière volontaire la réduction des émissions de dioxyde de carbone », a tenu à souligner Ni Yuefeng, Vice-président de la commission chargée de l’environnement à l’ANP.
La Chine s’est engagée à baisser son "intensité carbonique", c’est-à-dire ses émissions polluantes par unité de PIB, de 40 à 45% d’ici 2020 par rapport à 2005.
Malgré les nombreuses critiques émises notamment par l’Europe, Ni Yuefeng affirme que « l’attitude du Premier ministre Wen Jiabao lors de la réunion de Copenhague a montré la détermination et la confiance du gouvernement chinois ». Et d’ajouter : « Nous ne manquons jamais à notre parole et nous agissons toujours avec résolution ».



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  • LA DEMANDE PAR LA LOI
    Ne dormons pas. La croissance verte n’est pas du vent. Nous ne sommes pas seuls sur terre. Peut-être l’Europe est-elle encore aujourd’hui leader en matière de législation et d’écologie. Pour demeurer leader, il faut rester devant.
    Constatons d’abord que l’Europe n’est pas la seule à produire des moteurs verts. Elle n’est peut-être pas leader non plus. Les automobiles japonaises sont réputées pour leur excellence dans ce domaine.
    Bravo pour l’article qui nous montre que les chinois, les brésiliens, les indiens ne doivent aucunement être sous-estimés. L’avenir est à la croissance verte. C’est notre avenir à tous comme Copenhague l’a montré. Nous devons le partager avec tous.
    A cet égard, la mise en oeuvre du Plan Global pour le Contrôle du Changement Climatique est décisive. L’Europe et les Etats qui la composent doivent associer étroitement à son implémentation les parties prenantes, s’ils veulent que leurs économies tirent profit de son avance légale (ce qui n’est pas toujours, loin s’en faut, le cas). Ils ont aussi intérêt, dans ce secteur économique, comme dans les autres, à diffuser et à partager les standards d’ouverture des marchés.

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