Changement climatique

Route du Littoral : droit dans le mur

Au tour de l’ONU de démontrer les dangers d’un viaduc à six voies au-dessus de la mer

Manuel Marchal / 24 mai 2011

Dans sa dernière édition de “Rapport sur les établissements humains”, UN-HABITAT montre combien il sera risqué et coûteux d’entretenir des infrastructures routières sur le littoral du fait du changement climatique. Didier Robert et l’UMP vont-ils continuer à nier l’évidence et à engloutir des millions dans une route imaginaire ?

La semaine dernière, la visite de la ministre de l’Outre-mer s’est vue repoussée de 24 heures. Selon les informations disponibles quelques jours avant ce report, son voyage devait être consacré au suivi d’accords signés par la France lors du dernier Conseil des ministres de la COI, un an auparavant. La venue coïncidait d’ailleurs avec la tenue du Conseil de la coopération régionale jeudi dernier.
Finalement, la ministre est arrivée vendredi avec un tout autre emploi du temps. Elle est venue faire le point à la Région sur les opérations de communication montées par l’UMP pour tenter de faire croire que le gouvernement agit pour le pays. En effet, à l’ordre du jour, la projection d’une animation préfigurant une route à six voies jetée sur l’océan. Voilà sans doute le stade ultime de ce projet, car pour ceux qui croyaient encore à la réalisation de cette route, l’Organisation des Nations Unies vient de doucher les derniers espoirs.

Les routes littorales les plus vulnérables

Dans son édition 2011 de "Rapport sur les établissements humains", UN-HABITAT décrit l’impact du changement climatique sur les villes et le moyen d’adaptation qui peut être mis en œuvre.
Le rapport indique que ce sont les populations vivant sur le littoral qui seront les plus touchées par les effets du changement climatique, et leurs infrastructures seront les plus vulnérables. Ainsi, l’intensité des précipitations abîmera davantage le revêtement des routes, tout comme l’élévation de la température. Par conséquent, le coût de l’entretien sera plus élevé.
Mais ceci n’est rien au regard du principal danger découlant du changement climatique. Il s’agit de la montée du niveau des océans. Chaque année, les prévisions ne cessent d’être réévaluées, et cela, du fait d’une aggravation constante de la pollution de l’atmosphère.
Se pose alors la question de la résistance d’un viaduc de 12 kilomètres battus en permanence par les lames de l’océan Indien, à quelques dizaines de mètres d’une falaise.

Arrêtons le gaspillage

Les Nations Unies indiquent en effet que les populations voudront quitter le littoral pour habiter des zones plus sûres. Construire une route dans la mer irait donc à contre-courant de tous les avertissements.
La population ne tarderait pas à payer le prix de cette décision totalement irresponsable. Non seulement le coût du chantier serait sans précédent, car il faudrait faire venir des matériaux, mais, en plus, l’entretien serait un gouffre. À cela s’ajouterait le prix des fermetures de cette route lors des épisodes de fortes houles. Le risque n’est pas seulement la submersion, c’est également l’effondrement des piles du pont à cause des attaques subies par les fondations. Chacun a encore en mémoire les conséquences de la fermeture de la route du Littoral en 2006, quand La Réunion comptait 700.000 habitants. La fermeture du viaduc en mer paralyserait cette fois un pays d’un million d’habitants. Le coût sera donc encore plus élevé.
Il est donc urgent de faire cesser au plus vite toutes les dépenses inutiles gaspillées dans ce projet pharaonique de 12 kilomètres pour revenir à la raison. Sécuriser totalement la liaison entre Saint-Denis et La Possession tout en faisant reculer la pollution, c’est possible avec le tram-train, une alternative au tout automobile qui a en plus le mérite de desservir toute l’île.

M.M.


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