Changement climatique

Un plan d’action mondial pour limiter les émissions de gaz à effet de serre

Le docteur Pachauri, président du GIEC

Témoignages.re / 7 septembre 2009

R. K. Pachauri, lauréat du prix Nobel de la paix, est président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat et directeur général de l’Institut de l’énergie et des ressources. À moins de 100 jours du Sommet de Copenhague, le docteur Pachauri signe une tribune publiée par le site COP15-Copenhagen. Il y rappelle que l’évolution climatique est un problème mondial, qui ne peut qu’être réglé qu’au niveau mondial. Le Sommet de Copenhague peut ouvrir la voie à cette nouvelle gouvernance.

L’action internationale est aujourd’hui urgente et essentielle pour faire face au changement climatique. Nous ne pouvons plus tolérer tout débat sur la nécessité d’agir, étant donné que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), que je préside, a confirmé la réalité sans équivoque du changement climatique, au-delà de tout doute scientifique.
Par exemple, des changements se produisent au niveau de la répartition des précipitations, marqués par une tendance à la hausse dans les latitudes supérieures et à la baisse dans certaines régions subtropicales et tropicales, ainsi que dans le bassin méditerranéen. Qui plus est, le nombre d’épisodes de précipitations extrêmes – de plus en plus répandus – augmente, de même que la fréquence et l’intensité des vagues de chaleur, des inondations et des sécheresses.
Cette évolution du volume et de la répartition des précipitations a de graves conséquences sur une multitude d’activités économiques et sur la capacité des pays à réagir aux situations d’urgences telles que les grandes inondations côtières ou les fortes chutes de neige.

Qui aura accès à l’eau ?

Certaines régions sont plus vulnérables que d’autres à ces changements. La région arctique, en particulier, se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète. Les récifs coralliens, les « méga-deltas » (où se trouvent des villes comme Shanghai, Calcutta et Dhaka) et les petits Etats insulaires sont aussi extrêmement vulnérables à la montée du niveau de la mer.
Parmi les autres effets négatifs du changement climatique, citons d’éventuelles diminutions des récoltes agricoles. Dans certains pays africains, par exemple, les récoltes pourraient même baisser de 50% d’ici 2020. L’évolution climatique risque également de creuser le déficit hydrique, qui pourrait toucher, en 2020, 75 à 250 millions de personnes rien qu’en Afrique.
Dans l’ensemble, on prévoit une hausse des températures de 1,1 à 6,4˚C d’ici 2100. Le GIEC est a obtenu une estimation plus précise de cette marge : 1,8˚C au mieux et 4˚C dans le pire des cas. Même dans le plus optimiste des scénarios, les conséquences du changement climatique pourraient être tragiques dans plusieurs parties du monde : aggravation du déficit hydrique, lourdes répercussions sur les écosystèmes et sur la sécurité alimentaire, mise en danger des êtres vivants et des biens par les inondations côtières.
Si l’évolution climatique n’est pas contrôlée, elle risque aussi d’avoir de graves conséquences directes sur la santé humaine, notamment l’accroissement des taux de morbidité et de mortalité dû aux canicules, aux inondations et aux sécheresses. De plus, la répartition géographique de certaines maladies pourrait changer, donc rendre les populations plus vulnérables.

Le monde entier est concerné

Puisque l’évolution climatique a un impact mondial, il est essentiel que le monde dans son ensemble prenne des mesures spéciales pour faire face à la situation. Toutefois, il apparaît déjà clairement que la capacité de certaines communautés à s’adapter sera rapidement dépassée si l’on n’atténue pas les changements.
Pour aider les communautés les plus vulnérables, il est indispensable de concevoir, à l’échelle mondiale, un plan d’action visant à limiter les émissions de gaz à effet de serre. Plusieurs scénarios ont été envisagés par le GIEC, dont un où la hausse des températures se limiterait à 2,0-2,4˚C pour culminer au plus tard en 2015, avant de décliner. Le taux de baisse déterminerait ensuite dans quelle mesure il est possible d’éviter les pires effets sur l’évolution climatique.
En outre, le GIEC a conclu qu’en 2030 les dépenses engagées pour des mesures si rigoureuses d’atténuation des changements climatiques ne dépasseraient pas 3% du PIB mondial. Qui plus est, les bénéfices accessoires de cette atténuation seraient considérables : la réduction des émissions de gaz à effet de serre s’accompagnerait d’une baisse de la pollution de l’air et d’une hausse de la sécurité énergétique, de la production agricole et de l’emploi. Si l’on tient pleinement compte de ces bénéfices accessoires, les 3 % du PIB pourraient être bien moindres en 2030, voire négatifs. En suivant la voie de l’atténuation, le monde pourrait en fait améliorer les rendements économiques et le bien-être des populations.

Pour un accord à Copenhague

La nécessité d’une action internationale repose donc sur deux observations importantes issues des travaux du GIEC. D’une part, si l’on ne réduit pas les émissions de gaz à effet de serre, il sera difficile d’annuler les effets négatifs du changement climatique, sources de graves difficultés et d’éventuels dangers pour l’humanité et pour d’autres espèces.
D’autre part, compte tenu des avantages écrasants de la réduction des émissions de gaz à effet de serre et de la perspective du mal que causerait l’inaction, il est impératif pour la planète d’élaborer une réponse et un plan d’action internationaux. Au vu des défis que nous devons affronter, dont l’ampleur et la nature ont été clairement exposées par le GIEC, il importe que la Conférence de Copenhague, qui se tiendra plus tard dans l’année, aboutisse à un accord multilatéral pour faire face comme il se doit au changement climatique.


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