Changement climatique

« Yes we can. Yes we must. Yes we will »

Rassemblement à Copenhague : la dette climatique de l’Occident mot d’ordre principal

Manuel Marchal / 14 décembre 2009

3.221 événements dans 139 pays : ce samedi a été marqué par une mobilisation internationale sans précédent en faveur de la lutte contre le changement climatique. À Copenhague, des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées en début d’après-midi sur la place du Parlement avant de marcher en direction de Bella Center, lieu de la Conférence des Nations-Unies sur le changement climatique. Cette journée mondiale visait à exprimer la revendication d’un accord bien plus ambitieux que la base actuelle de discussion, car elle intègre la responsabilité historique de l’Occident, et rend ce dernier redevable de la dette climatique.

Samedi à Copenhague, lorsqu’il conclut un discours prononcé devant des dizaines de milliers de personnes, Kumi Naidoo, président de Greenpeace international et responsable de la campagne Tck Tck Tck, adresse un message à Barack Obama. Si ce dernier avait placé sa campagne présidentielle sous le signe du "Yes we can", Kumi Naidoo a lancé un mot d’ordre à destination de tous les dirigeants de la planète : « Yes we can. Yes we must. Yes we will » ( [1]) À ce moment, un imposant défilé démarre. La marche organisée à Copenhague a vu une participation à la hauteur de l’importance historique du mouvement mondial appelé par des centaines d’organisations non gouvernementales.

Succès au-delà des prévisions

Malgré le froid, les marcheurs sont venus par dizaines de milliers. Les métros bondés arrivaient en se suivant de près aux stations de Kongens Nytorv et Christianshavn, et peu après midi, la place située devant Christianborg, siège du Parlement (Folketing) du Danemark, était bondée. Située entre le mur de Christianborg et le canal qui ceinture le château, elle est insuffisante pour accueillir tout le monde. Des dizaines de milliers de personnes se répartissent donc sur les ponts, et sur le quai de l’autre rive du canal.
Tournant le dos à l’ancienne Bourse de Copenhague, un podium avait été dressé à proximité du Parlement. Parallèlement au mur du Folketing, l’Assemblée du peuple, un échafaudage haut de plusieurs étages a été dressé. Y sont accrochés de grands drapeaux reprenant des mots d’ordre du rassemblement, et notamment les pays riches doivent payer leur dette. Ce mot d’ordre allait être explicité quelques minutes plus tard.
En attendant les premières prises de paroles, la sono égrenait de la musique techno et chacun se réchauffait comme il pouvait. Outre des participants à la Conférence des Nations-Unies sur le changement climatique, des marcheurs sont venus des quatre coins du monde pour proposer aux dirigeants de s’entendre sur un texte qui se devra d’être bien plus ambitieux que le cadre actuel des discussions.

« Nous voulons des actes »

Des victimes du changement climatique sont alors montés sur le podium. Venues d’Inde, du Bangladesh, d’Ouganda ou des Philippines, elles ont raconté les souffrances quotidiennes qu’entraînent déjà le changement climatique ainsi que les perspectives. La poursuite du réchauffement climatique menace par exemple les moyens de subsistance de 50 millions d’Indiens. Tous sont les victimes d’un phénomène dont ils ne sont pas responsables : le changement climatique. Et souvent les mots peuvent apparaître durs pour exprimer leur détresse et l’énorme pression qu’ils mettent sur les dirigeants du monde. Mais lorsque c’est la survie de son peuple qui est en jeu, ces mots signifient l’urgence de l’action : « nous ne voulons pas que d’une loi, nous voulons des actes ».
Et parmi ces actes, l’application de mesures radicales pour changer la donne. Plus qu’un traité, c’est un véritable changement de société qui est revendiqué, car c’est la seule manière pour que tous les habitants de la Terre puissent enfin avoir les mêmes droits, car « nous sommes tous des insulaires ».
Après ces poignants témoignages, ce sont ensuite des artistes qui sont venus apporter leur soutien à la cause. Parmi ces derniers se trouvait Angélique Kidjo.

« Plus de temps à perdre »

Kumi Naidoo, responsable de la campagne Tck Tck Tck et président de Greenpeace international, a alors conclu la première partie de cette mobilisation par un appel à renforcer la mobilisation pour amener les dirigeants mondiaux à prendre davantage en compte les revendications des plus démunis. Ces revendications s’appuient sur un concept qui renverse totalement la situation, celui de la responsabilité historique des pays riches dans le déclenchement et l’amplification de la situation. Sur cette base, les pays vulnérables ne demandent pas une aide, ils veulent que l’Occident paie la dette qu’il a contracté à partir du moment où il a commencé à polluer l’atmosphère avec ces rejets de charbon et d’hydrocarbures.
Le cortège s’est ébranlé et atteignait Bella Center trois heures plus tard.
C’est alors que Desmond Tutu, Prix Nobel de la Paix, devait lancer ce message aux dirigeants du monde : « Des millions de personnes, notamment les très pauvres, souffrent déjà à cause de l’évolution de la météo, des sécheresses et des inondations. Personne n’est à l’abri du changement climatique, nous sommes tous ensemble concernés et il n’y a plus de temps à perdre ».


Les revendications du mouvement "The World Wants a Real Deal"

Les participants à la grande journée d’action mondiale de samedi souhaitent la conclusions d’un accord ambitieux d’ici le 18 décembre à Copenhague, en s’appuyant sur les propositions suivantes :
- assurer le financement d’un fonds annuel de 200 milliards de dollars pour permettre aux pays pauvres de mener à bien des plans d’adaptation au changement climatique.
- diminuer fortement les émissions de gaz à effet de serre afin que le pic soit atteint au plus tard en 2015.
- rendre contraignants les engagements qui seront pris.


Plus de 900 personnes interpellées

Des casseurs de vitrine avaient réussi à se faufiler dans la manifestation. Ils ont pu agir d’autant plus facilement que les commerçants de Copenhague n’ont pas l’habitude d’utiliser un rideau métallique. Dans la ville, le taux de chômage est très faible et les publicités pour la société de consommation ne s’affichent pas de manière aussi ostentatoire qu’ailleurs. C’est sans doute ce qui explique une absence de sentiment d’insécurité.
Plus de 900 personnes ont été interpellées. Les images de la télévision diffusées en boucle dans le Bella Center montraient des personnes assises en colonne dans la rue, dans le froid de la nuit, les mains liées dans le dos. Par ailleurs, plusieurs voitures ont été incendiées, et des blessés ont été dénombrés.
Quelques heures après les premières arrestations, la police a été accusée d’atteinte aux droits humains par les organisateurs de la manifestation. Ils estiment que des centaines d’arrestations n’ont rien à voir avec les casseurs. De plus, ils dénoncent les mauvais traitements infligés aux personnes arrêtées obligées de rester assises dans la rue.

 Manuel Marchal 

[1Traduction en français du titre : « Oui nous pouvons. Oui nous sommes obligés. Oui nous aurons la volonté »


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