Déplacements - Transports

Bruny Payet demande au Préfet de suspendre le DUP d’une autoroute pharaonique

Un recours gracieux auprès du représentant de l’État

Témoignages.re / 5 mai 2012

Dans une lettre adressée au Préfet, Bruny Payet, ex-conseiller régional et ex-secrétaire général de syndicat exposant toutes les zones d’ombre sur le projet de la nouvelle route du littoral en mer, demande « de suspendre » la Déclaration d’intérêt publique que le représentant de l’État a accordée, « afin de permettre son réexamen en vue de son annulation qui s’impose ».

« Plus de deux cents millions auraient déjà été consacrés à l’étude de cette nouvelle route, probablement en pure perte pour La Réunion. Notre empressement à sécuriser d’urgence cette liaison Saint-Denis-La Possession ne doit pas nous enlever tout discernement.
Elle devait être « moderne, gratuite et sécurisée ».

Sécurisée ?
Contrairement à l’affirmation de la Région, la sécurité ne sera pas encore assurée !
On la voulait contre les chutes de pierres, mais les départs des digues à La Possession et à Saint-Denis restent toujours exposés. Et l’ensemble du projet, sa durabilité comme sa solidité, sera encore plus soumis aux menaces océaniques :

- Les digues sont toujours à la merci de l’appétit de la mer (trous de renard et dégradations des enrochements de « protection »). Et les dangereuses lames de nos hauts fonds déstabiliseront les viaducs.

- Que dire de la hausse minimale de la mer envisagée pour faire face au réchauffement du climat dont l’amplitude reste méconnue.

En outre, la géologie réunionnaise invite les scientifiques à prévoir des « mégas tsunamis » par effondrement massif du côté de Saint-Paul et de la Fournaise…
Serons-nous encore techniquement et financièrement en mesure de reconstruire cet ouvrage pharaonique ?

Moderne ?
Le choix d’autoroute pharaonique n’est plus moderne de nos jours ! Il l’est pour l’époque révolue des Trente Glorieuses…
La Réunion peut-elle se permettre le luxe de techniques sophistiquées auxquelles l’oblige le seul choix d’un projet en mer ? Pourra-t-on se vanter d’avoir choisi les pires risques ?

Gratuite ?
Une route sans péage. En définitive, les Réunionnais présents et à venir seront seuls à payer la facture par leurs impôts, y compris ceux qui ne l’emploieront jamais. D’ailleurs, avec l’inévitable augmentation de son coût et l’obligation d’un entretien perpétuel ruineux, pourra-t-on longtemps maintenir cette « gratuité » ?
Ne serons-nous pas ruinés financièrement parce que captifs de ce projet monstre ?
Respectueux de l’environnement.
La Commission départementale de l’environnement n’a pu se départager sur l’impact du projet. Je me permets de vous rappeler, Monsieur le Préfet, que seul votre privilège d’une voix double a permis d’arrêter une décision « positive ».
Nous devons être alertés par le fait que cette commission ait été partagée et n’ait pas pu dégager, à défaut d’un avis unanime, au moins un avis majoritaire !

Mon recours gracieux
Le choix de ce projet en mer, en définitive “monstrueux”, a été retenu parce que toutes les autres alternatives, y compris celle du tunnel, ont été écartées d’un revers, sans justification suffisante lors des dernières consultations publiques. Le contribuable avait pourtant déjà financé des études concluantes comme je le rappelle ci-après.

- La commission d’experts internationaux choisie par l’État préconisait en novembre 1998 : tunnels côté Saint-Denis, digue ou tunnel pour le reste du tracé vers La Possession.

- L’État et la Région s’étaient alors entendus sur une solution provisoire comportant une digue en mer et un tunnel côté Saint-Denis.
On peut donc légitimement douter du fondement de l’actuelle Déclaration d’Utilité Publique que vous avez accordée sans doute trop hâtivement au projet en mer, puisqu’elle a ignoré :

- Les incertitudes actuelles des capacités de financement régional,

- Les incertitudes des menaces océaniques,

- Un impact environnemental discutable pour la Commission départementale compétente,

- Les préconisations différentes des experts internationaux,

- Les choix de l’État et de la Région en 1999 sur une solution provisoire combinant digue et tunnel et non digue et viaduc.

En respect de la continuité du service de l’État, je vous demande solennellement de suspendre cette DUP afin de permettre son réexamen en vue de son annulation qui s’impose au vu notamment de l’exposé ci-dessus. »

Bruny Payet


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