Déplacements - Transports

L’A380 se posera à Maurice et pas à La Réunion

Une conséquence des coups portés contre Air Austral

Manuel Marchal / 13 juillet 2013

A partir du 16 décembre prochain, un Airbus A 380 se posera quotidiennement à l’aéroport de Plaisance. Pourtant, le premier atterrissage de cet avion a eu lieu à La Réunion voici plus de 3 ans, et Air Austral avait commandé 2 appareils de ce type. Ce retournement est une nouvelle conséquence d’un choix fait en 2010 par des responsables politiques qui ont décidé d’offrir la Région Réunion à l’UMP.

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11 novembre 2009, l’A380 se pose à Gillot. 4 ans plus tard, c’est depuis Maurice que cet avion assurera une liaison quotidienne avec un autre continent. Entre temps, le projet réunionnais a été saboté.

300.000 billets d’avion 30% moins cher toute l’année sans subvention : c’était le projet porté par l’ancienne équipe dirigeante d’Air Austral. Il pouvait réussir car il avait trouvé son outil : l’Airbus A380. Aménagé de manière à pouvoir accueillir plus de 800 passagers, l’Airbus A380 était l’avion qui permettait d’apporter une réponse au problème de la continuité territoriale.
Le 8 novembre 2007, Airbus et Air Austral annonçaient au monde leur partenariat. Grâce à une initiative réunionnaise, la compagnie européenne allait pouvoir disposer dans son catalogue d’un avion capable de répondre à la croissance prévisible du transport aérien.
Le 17 janvier 2009, le contrat était signé. Le 11 novembre suivant, l’A380 se pose triomphalement à Gillot. Les objectifs se clarifient, il s’agit de permettre à 34% des passagers de payer leur billet 30% moins cher. Compte tenu de la hausse prévisible du trafic, ce seront 300.000 Réunionnais qui pourront voyager moins cher, sans aucune subvention. Aucune autre compagnie ne sera alors capable de s’aligner sur ces prix. Le 17 novembre 2010 au Salon de Dubaï, Gérard Ethève signait la commande ferme de deux A380, avec une option sur deux autres avions identiques. La livraison était prévue fin 2013, début 2014. Il restait donc aux responsables de l’aménagement de l’aéroport à anticiper l’arrivée de l’A380.

Le clientélisme privilégié

Quelques mois plus tard, tout était remis en cause. Au lieu de s’occuper de l’arrivée de l’A380, le président de la CCIR a préféré se porter candidat aux régionales. Battu largement au premier tour, il offrait son soutien à la liste conduite par Didier Robert. A cela s’est ajouté la décision de la Fédération du Parti socialiste de faire perdre l’Alliance en se maintenant au second tour.
L’arrivée de l’UMP à la Région allait donner un coup d’arrêt au projet d’A380. En effet, l’UMP mise sur des mesures clientélistes pour rester au pouvoir. L’une d’entre elles est d’utiliser les fonds publics pour subventionner des billets d’avion. Cela va à l’encontre du projet A380, puisqu’il permet de voyager moins cher toute l’année sans subvention. Le changement de direction à la Région remet aussi Air France dans la course. Car avec l’A380, la compagnie française n’aurait pas pu déclencher une guerre des prix pour combattre Air Austral.
Il est révélateur de constater que depuis l’arrivée de Didier Robert à la Région, le capital d’Air Austral est passé sous le contrôle d’une société présidée par la Région, que des anciens cadres d’Air France ont été nommé à la direction opérationnelle d’Air Austral, et que les choix faits ont fait repasser Air Austral derrière Air France sur la desserte La Réunion-Paris.

Un sabotage

La conjugaison de l’incapacité de l’ancienne direction de la CCIR, et de la politique de la présidence actuelle de la Région conduisent au résultat actuel : l’A380 d’Air Austral a été saboté, et celui d’Emirates se posera à Maurice. A Gillot, les travaux de la nouvelle aérogare qui devait accueillir l’avion réunionnais dans 6 mois ne sont même pas commencés. Où sont les millions promis par l’accord Fillon-Robert signé à Matignon ?
Pendant ce temps, les responsables mauriciens mettaient les bouchées doubles. Ils ont fait construire un nouveau terminal pour l’A380, et dans 5 mois, un A380 d’Emirates se posera tous les jours à Maurice.
Si des Réunionnais voudront monter dans l’A380, ils devront passer par l’île voisine alors qu’un projet réunionnais aurait pu éviter cette nouvelle dépendance. En janvier 2012, un vice-président d’Emirates est venu saluer Didier Robert à la Région. 18 mois plus tard, cette visite prend tout son sens…

M.M.


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