Déplacements - Transports

L’appel de Pierre Vergès à la mobilisation citoyenne pour un Schéma Réunionnais de Déplacement Durable

Après l’invitation de Nassimah Dindar à une démarche participative pour le Plan départemental des transports

Témoignages.re / 29 janvier 2013

Le 15 janvier dernier, "Témoignages" a publié la lettre envoyée par la Présidente du Département à plusieurs centaines d’acteurs potentiels du déplacement durable pour la mise en œuvre du Plan départemental des transports. Dans ce courrier, Nassimah Dindar invite le peuple réunionnais à créer un "comité d’usagers" animé par Pierre Vergès, Vice-président du Conseil général délégué aux Déplacements et au Transport.
Dans "Témoignages" d’hier, à propos de la réalisation d’un "Schéma directeur vélo réunionnais", nous avons signalé que sur son blog (blog.pierreverges.fr), l’élu communiste a récemment parlé de la promotion des modes de déplacements doux dans le cadre d’un Schéma Réunionnais de Déplacement Durable. Dans ce texte, Pierre Vergès plaide en faveur d’une mobilisation de nos compatriotes afin que ce projet soit une œuvre collective, concertée et partagée par l’ensemble de nos concitoyens. Nous publions ci-après de larges extraits de cet appel.

Le Département s’est engagé depuis plusieurs mois dans un processus de renouvellement du réseau de transport collectif dont il a la charge. Il s’agit du réseau Car Jaune. Je vous en ai à maintes reprises fait état. En vertu de la délégation “Transports et déplacements” qui m’a été confiée par la Présidente du Conseil général Nassimah Dindar, je me suis attaché, aidé des services du Département, à exercer cette délégation avec l’objectif résolu de mener à bien cette politique.

La tâche n’est pas simple. Quelles que puissent être mes motivations fortes, je ne pourrai pas porter seul cette entreprise qui dépasse le cadre départemental. D’ailleurs, cela n’a jamais été dans mon intention.

C’est pourquoi, avec l’impulsion de la Présidente du Conseil général, j’en appelle à la mobilisation de celles et ceux qui souhaitent qu’un SRDD (Schéma Réunionnais de Déplacement Durable) soit mis en place.

Ce SRDD pourrait être acté dans un document élaboré par des citoyennes et des citoyens épris de leur île et de l’avenir que connaîtront les générations futures.

Dans cette perspective, il convient d’avoir à l’esprit un certain nombre de données importantes :

• Mesurer l’enjeu et ses contraintes objectives.

1°- La décision de la majorité régionale de Didier Robert :

- de mettre à mort le tram-train, condamnant durablement la mise en place d’une infrastructure ferroviaire, compte tenu des efforts financiers à engager ;

- de renoncer à la mise en circulation des 2.000 bus promis.

2°- La croissance continue du nombre de véhicules en circulation, rendue indispensable parce qu’aucune alternative crédible n’est proposée aux usagers ayant besoin de se déplacer à toute heure de la journée ou de la nuit.

3°- L’augmentation inexorable des frais inhérents au fonctionnement d’un véhicule individuel (entretien, assurances, carburant…), pesant sur le budget des ménages.

4°- La situation économique et sociale, avec un nombre croissant de demandeurs d’emploi ayant de moins de moins de capacités financières, le nombre de personnes en dessous du seuil de pauvreté venant confirmer ce constat.

• Orienter à l’avenir les crédits vers le déplacement durable.

1°- L’impossibilité de poursuivre, malgré la logique qui aurait dû s’imposer à l’époque, la route circulaire de moyenne altitude dans le prolongement de la route des Tamarins, compte tenu :

- des contraintes budgétaires ;

- de la logique de notre opposition à la réalisation d’une coûteuse route du littoral à 6 voies, qui va déboucher sur un boulevard du Barachois et un boulevard Sud absolument pas “calibrés” pour recevoir un flux de véhicules de plus en plus important ;

- des priorités d’investissements à préserver dans les autres domaines ;

- et de l’incontournable et contemporaine nécessité d’opter pour le transport collectif.

2°- L’impossibilité absolue de véritables solutions pour fluidifier la circulation automobile en milieu urbain, compte tenu :

- du coût exorbitant d’ouvrages de franchissement de ravines aux entrées, et parfois à l’intérieur, des villes ;

- de l’impossibilité d’élargir les voiries urbaines, à défaut d’en créer en périphérie des villes, favorisant alors la mort des centres-villes.

• Une exigence incontournable.

1°- L’obligation qui nous est imposée à l’échelle planétaire de réduire les gaz à effet de serre, dont les véhicules sont encore aujourd’hui de dangereux pourvoyeurs.

2°- La conviction que l’espace immobilisé par les véhicules de 5 places en stationnement est pénalisant, que le véhicule considéré soit ou non économe en énergie fossile.

3°- La conviction enfin que le prolongement de l’utilisation de modes doux de déplacement émanera de l’utilisation généralisée du transport collectif plutôt que de l’utilisation systématique de la voiture individuelle, ne serait-ce qu’en raison du nécessaire partage de la voirie existante entre les différents modes de déplacements.

• Tous ces constats nous imposent de réfléchir à une grande politique de déplacement durable.

La Région Réunion a décidé de se désengager de sa responsabilité première de mettre en place une armature transport de type ferroviaire à l’échelle de l’île.

Il revient aujourd’hui au Département de ne pas rester inerte.

Ne pouvant se raccrocher à une armature ferroviaire régionale, la collectivité départementale doit tenter d’offrir aux Réunionnais un réseau armature à l’échelle de l’île par le biais d’un transport routier collectif de personnes.

Au terme de diverses consultations, notamment avec les A.O.T. (Autorités Organisatrices de Transports urbains : CIREST, CINOR, TCO, CIVIS ET CASUD), ayant un intérêt évident à connaître le réseau départemental, les élus du Conseil général, réunis en assemblée plénière le 12 décembre 2012, ont adopté à l’unanimité le PDT (Plan Départemental des Transports).

Ce PDT définit les orientations majeures du Département : réseau, horaires, fréquences, intermodalité, tarification, interopérabilité, information…

• Réunir les A.O.T. : oui ! Réunir les citoyens : deux fois oui !

L’objectif de réussir l’intermodalité est nécessaire afin que les temps d’attentes pour les correspondances entre les réseaux départemental (Car jaune) et urbain (Estival avec la CIREST dans l’Est, Citalis avec la CINOR dans le Nord, Kar’Ouest avec le TCO dans l’Ouest, Alternéo et Carsud dans le Sud avec la CIVIS et la CASUD) soient les plus courts possible.

L’objectif de réussir l’inter-opérabilité est indispensable afin que les usagers n’aient pas à avoir plusieurs titres de transport, et à payer plusieurs fois, pour circuler d’un bout à l’autre de l’île, en passant par le réseau Car Jaune et les réseaux urbains.

La coordination obligée des politiques menées par les différentes AOT (Autorités Organisatrices de Transports) doit conduire le Département, la Région et les Communautés d’agglomérations à se regrouper dans un syndicat mixte de transports.

Mais au final, ce sont les citoyens, usagers potentiels des transports, qui bénéficieront, ou pâtiront, des mesures prises par les décideurs, en matière de transports et de déplacements.

• Vers une Communauté des Acteurs du Déplacement Durable (CADED).

À quoi sert de déployer des efforts sur les transports en commun si dans le même temps, une politique :

- de partage de voirie routière (avec des voies urbaines réservées aux bus et aux taxis),

- de circulation (restriction pour les véhicules individuels dans certains espaces “congestionnés” — centre-ville — et à certaines heures)

- et de stationnement (avec des parkings relais surveillés) n’est pas mise en place avec la ferme volonté de privilégier le déplacement collectif ?

À quoi sert de déployer des efforts sur les transports en commun si dans le même temps, une politique favorisant en milieu urbain l’usage de modes doux de déplacement (voiries cyclables séparées des voiries routières, vélos, vélecs — vélos électriques — motos électriques, espaces piétonniers…) n’est pas mise en place ?

C’est la raison pour laquelle la Présidente du Conseil général a sollicité des citoyens pour accompagner cette volonté exprimée de construire ensemble le déplacement durable.

Peut-être a-t-on oublié des destinataires. Si cela était le cas, il serait bienvenu de ne pas nous en tenir rigueur.

Il serait alors légitime pour celles et ceux-là, comme pour celles et ceux qui ont reçu le courrier, de revendiquer le Droit de faire partie de cette Communauté des Acteurs du Déplacement Durable (CADED).

« Un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas », disait Lao-Tseu dans son livre intitulé le "Tao Te King".


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