Déplacements - Transports

L’autonomie énergétique

La rupture, c’est maintenant — 3 —

Manuel Marchal / 5 décembre 2012

Les importations d’énergies fossiles (charbon et pétrole) et de véhicules automobiles sont les deux premiers postes. En 2011, ce sont plus de 900 millions d’euros qui ont été dépensés en achats d’automobiles, de camions et de produits pétroliers. Avec l’autonomie énergétique, le PCR propose que cette manne soit réorientée.

À la fin des années 1950, le pouvoir parisien et ses relais sont les responsables de deux décisions dont 850.000 Réunionnais subissent aujourd’hui quotidiennement les effets : la suppression du chemin de fer et la construction de la route du Littoral.

À l’époque, le chemin de fer était le principal moyen de transport, pour les personnes, mais aussi pour les marchandises, en particulier les cannes et le sucre. Il était aussi le véhicule des idées et l’épine dorsale de l’organisation de lutte du peuple réunionnais. Le chemin de fer était également le premier employeur du pays. Le pouvoir décide alors de casser cet outil pour des raisons avant tout politiques (voir encadré) .

La conséquence, c’est le basculement des déplacements à La Réunion du ferroviaire vers le tout-automobile. Ces véhicules ne sont pas fabriqués à La Réunion, et pour avancer, ils ont besoin d’une énergie importée.

Les conditions du blocage

Étant donnée notre insularité, c’est la création des monopoles.

Dans la production d’électricité, la prise de contrôle du réseau et des outils de production électrique réunionnais par Electricité de France en 1975 allait amener une diminution progressive de la part des énergies renouvelables. En 1980, La Réunion était autonome en production électrique grâce à l’hydroélectricité. Aujourd’hui, la part des énergies renouvelables est d’à peine 30%.

Avec le remplacement de la centrale thermique du Port par une installation de même nature, mais plus puissante, et avec le projet de deux turbines à combustion dans le Sud, EDF investit dans la production d’électricité à partir d’énergies fossiles, en totale contradiction avec les discours. La construction de la ferme photovoltaïque de Sainte-Rose par la même société est loin de compenser l’augmentation projetée de la puissance thermique installée.

Les centrales du Gol et de Bois-Rouge fonctionnent majoritairement avec du charbon. La récolte de canne reste bien en dessous des 2 millions de tonnes. Il en faudrait de toute façon beaucoup plus pour éradiquer le charbon de la production électrique.

Le cadre actuel n’offre donc pas une vision optimiste. Ce sont donc des sociétés extérieures au pays qui contrôlent l’énergie : EDF, société française partiellement privatisée, les compagnies pétrolières qui importent et vendent les carburants, et Séchilienne SIDEC, détenue en partie par un fonds de pension américain. Les conditions du blocage sont réunies.

Le projet alternatif

Sous la présidence de Paul Vergès à la Région Réunion, le projet d’autonomie énergétique avait été mis en œuvre. L’ambition, c’était l’autonomie énergétique en 2025, quand La Réunion approchera du million d’habitants.

C’était alors un foisonnement de projets supervisés par une structure créée pour l’occasion, l’ARER ou Agence régionale de l’énergie Réunion.

L’autonomie énergétique devait être assurée par un mix associant plusieurs ressources propres. L’énergie thermique de la mer et la géothermie étaient pressenties pour remplacer le charbon, associées avec de l’énergie photovoltaïque stockée dans des batteries. Le photovoltaïque était promis à un grand développement avec la construction de centrales le long de la route des Tamarins, afin de fournir en énergie les voitures électriques. Un autre projet était la construction de fermes solaires.

L’élément accélérateur de ce projet était le tram-train électrique, qui devait être l’épine dorsale de l’aménagement du territoire du pays.

Tout a été remis en cause en 2010 par une coalition allant des indépendantistes à Didier Robert en passant par Vergoz et Bello qui a favorisé la défaite et l’abandon de l’autonomie énergétique.

Deux ans plus tard, le temps perdu ne se rattrapera pas dans le cadre actuel. Le sursaut pourra se faire à condition que des Réunionnais prennent la responsabilité de la direction de la politique énergétique de leur pays. L’autonomie énergétique, c’est aussi une étape de la responsabilité.

Manuel Marchal


Le coût du tout-automobile

Les 5 produits les plus importés en valeur en 2011.

Produits pétroliers 570 millions d’euros
Automobiles 288 millions d’euros
Médicaments 251 millions d’euros
Avions 234 millions d’euros
Camions 80 millions d’euros

938 millions d’euros dépensés pour créer des emplois en dehors de La Réunion, c’est le coût du tout-automobile.

La suppression du chemin de fer : une décision de la répression

Dans une société où l’apprentissage de la lecture était loin d’être généralisé, et où la population vivait encore dans la société de plantation, les cheminots jouaient un rôle essentiel dans l’organisation du mouvement syndical à La Réunion. Ils étaient le lien entre les dockers du Port, les ouvriers des usines et les travailleurs des grandes propriétés. Ce sont des trains entiers qui déplaçaient les foules qui participaient aux grands rassemblements à Saint-Denis ou au Port lors des manifestations pour l’abolition du statut colonial.

En 1956, la liste "Union pour la défense des ouvriers et des planteurs" obtient la majorité absolue aux élections législatives, et deux députés sur trois : Paul Vergès et Raymond Mondon.

Cette victoire allait entrainer la réaction dirigée par Paris, avec l’envoi du Préfet Perreau-Pradier. Pour briser les syndicats et le Parti communiste, le pouvoir allait mettre fin au suffrage universel, les résultats des élections étaient décidés à l’avance et la violence des fraudes couverte par les forces de répression. C’est dans ce contexte qu’eut lieu la suppression du chemin de fer. Le motif politique était là, il fallait désorganiser le mouvement revendicatif. Le prétexte économique n’était qu’un écran de fumée, car la modernisation du chemin de fer aurait coûté beaucoup moins cher que la facture que nous laisse aujourd’hui le tout-automobile.

La rapidité avec laquelle la voie ferrée fut démantelée, les gares démolies et l’emprise annexée par d’autres constructions en dit long sur la volonté du pouvoir d’effacer des mémoires une manifestation concrète du génie réunionnais.


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