Déplacements - Transports

L’embouteillage de l’entrée Est de Saint-Denis rappelle l’urgence de reconstruire le train

Halte au gaspillage de la route en mer

Manuel Marchal / 27 septembre 2016

Plus de 15 kilomètres d’embouteillages tous les jours pour venir à Saint-Denis, c’est le quotidien des dizaines de milliers de personnes qui se rendent dans la grande ville quotidiennement depuis l’Est de La Réunion. Les 2 milliards prévus pour une route en mer entre Saint-Denis et La Possession et un tunnel sous le niveau de la mer à Saint-Denis ne sont absolument pas prévus pour régler ce problème qui ne fera que s’aggraver tant qu’un train ne sera pas construit à La Réunion.

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Les embouteillages vont augmenter, car la construction d’une route de 12 kilomètres remplaçant une autre de même type ne changera rien. (Photo Toniox)

La mandature de Paul Vergès à la direction de la Région Réunion entre 1998 et 2010 a relié grandes villes du littoral par une route à quatre voies. Dans l’Est, la mise en service de la déviation de Bras-Panon en 1999 et de celle de Sainte-Marie en 2002 ont permis de rejoindre Saint-Benoît à Saint-Denis par voie express. La construction de la route des Tamarins entre 2003 et 2009 sous la présidence de Paul Vergès à la Région a désenclavé le Sud, avec une quatre voies entre Saint-Pierre et Saint-Denis. Au cours de cette même mandature, Saint-Denis a été équipée d’un boulevard Sud à quatre voies depuis l’aéroport de Gillot à Sainte-Marie jusqu’au pont Vinh San à la sortie de la route du littoral. Ces réalisations tenaient aussi compte du fait que Saint-Denis n’est pas une zone de transit. La majorité des véhicules qui se présentent à l’Ouest ou à l’Est de la ville ont en effet pour destination Saint-Denis. C’est la conséquence d’un aménagement du territoire qui a voulu concentrer les administrations et les services dans une seule ville plutôt de les répartir de manière équilibrée entre les différentes régions de La Réunion.

Une route en mer ne règle rien

Ces réalisations routières s’inscrivaient dans un plan global. Il s’agissait de régler dans l’urgence la question des embouteillages dans l’attente de la reconstruction d’un train à La Réunion. Compte-rendu de l’exiguïté du territoire, de l’accroissement de la population et de la concentration des activités à Saint-Denis, c’est en effet le moyen de transport le plus adapté aux liaisons interurbaines. Quant aux zones situées à moyenne altitude, elles devaient être reliées par une route qui n’obligeait plus les usagers des transports à descendre sur le littoral pour aller dans une autre partie de l’île. La route des Tamarins constituait la première étape de cette voie de moyenne altitude. Mais avec l’arrivée à la direction de la Région Réunion de Didier Robert, cette orientation a été remise en cause, les Réunionnais en paient aujourd’hui les conséquences.

En effet, les crédits affectés à la réalisation du train ont été basculés sur un projet de route en mer. Si le chantier du train avait été poursuivi, il serait déjà livré, et la nouvelle route du littoral serait en voie d’achèvement. Au lieu de cela, la route en mer est réduite à jouer un rôle de coûteux panneau publicitaire, car dans les conditions actuelles elle ne peut pas être achevée. Le chantier a été lancé sans que les matériaux nécessaires à sa réalisation aient été prévus. En conséquence, les partisans de Didier Robert en sont réduits à demander l’ouverture de nouvelles carrières dans l’Ouest et l’Est de La Réunion. Sans ces dernières, la route en mer ne pourra pas se faire. Or, l’ouverture de nouvelles carrières suscite de fortes oppositions. L’année dernière, les promoteurs de la route en mer ont dû reculer à Bois-Blanc. Ils tentent d’emporter à nouveau la décision en relancer une enquête publique. Mais ils seront confrontés dimanche prochain à une grande mobilisation. Dans l’Est, c’est une zone riche en biodiversité qui risque d’être massacrée par un trou d’une surface de 30 hectares, d’une profondeur pouvant aller jusqu’à 55 mètres. Là aussi les victimes sont fortement mobilisées.

Déjà 15 kilomètres de bouchons tous les jours

Pendant ce temps, les embouteillages s’accumulent à La Réunion. Et même si la route en mer devenait une réalité, elle ne changerait pas du tout la situation et ne ferait même que l’empirer. Car le passage de la liaison Saint-Denis/La Possession de quatre à six voies créera un appel d’air qui sera un encouragement à utiliser l’automobile. Ce qui multipliera encore la longueur des bouchons et le temps perdu.

Déjà à l’entrée Est de Saint-Denis, la situation a franchi le seuil de l’intolérable. Plus de 90.000 véhicules entrent de ce côté tous les jours. Le matin, l’embouteillage commence à l’entrée de Saint-Denis et remonte désormais jusqu’à Quartier-Français, à la limite entre Sainte-Suzanne et Saint-André. Cela fait plus de 15 kilomètres de routes à quatre voies où les véhicules roulent pare-choc contre pare-choc. Le temps de trajet dépasse donc largement une heure. Avec l’arrivée chaque année de plus de 20.000 véhicules neufs, la situation ne peut qu’empirer. L’année prochaine, il y a fort à parier que les embouteillages commenceront à Saint-André pour atteindre ensuite inexorablement Saint-Benoît.

Voilà ce vers quoi mène la politique soutenue par Didier Robert avec la complicité du gouvernement socialiste et de ses soutiens à La Réunion. En détournant les crédits prévus pour le train vers une hypothétique route en mer, ils condamnent des centaines de milliers de Réunionnais à perdre du temps, de l’argent et à subir la pollution dans les embouteillages. Il est urgent de mener une nouvelle politique, et donc de revenir à la raison en relançant en priorité le projet du chemin de fer.

M.M.



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  • Très bel article que je viens de lire. Sans faute d’orthographe en plus. C’est très bien. Le retour du train, c’est une arlésienne. Les personnes qui l’ont connu, même lent, fumant, s’en vouviennent encore et regrettent son oubli volontaire. Au journal de France 2 d’hier, 22h, on a vu un reportage sur les villes qui se mettent à installer des téléphériques urbains, Brest par exemple en octobre prochain. Ce système de transport est bien plus économique que du béton que l’on dépose, il est capable de franchir des montagnes comme ici, j’espère à St Denis, puis pour rejoindre Cilaos depuis St Leu. Au Portugal, Lisbonne aussi vient d’être équipée. Ensuite, il faudrait faire en sorte que le train PEI soit en liaison avec les autres réseaux qui existent déjà ; puis encourager les gens au co-voiturage. Sont-ils devenus à ce point si individualistes, égoistes qu’ils ne réalisent pas encore que l’on va tout droit dans l’impasse ? J’ai appris avec stupéfaction qu’ici, seuls 5% des personnes qui se déplacent prennent les transports collectifs ! On marche (pardon, roule) sur la tête ici ! Sur qu’il serait beaucoup plus intelligent d’avoir une île à grand spectacle avec un transport propre, moderne et respectueux de l’environnement plutôt que de la voir de plus polluée, encombrée, fumante avec pour majorité de carburant diésel, créateur de particules cancérigènes !
    Vive enfin le changement ! On a la chance d’avoir un volcan prèt depuis des millénaires à nous offrir ses calories pour chauffer de l’eau qui sera transformée en énergie électrique au lieu de polluer la mer en important du charbon, du fuel de bien loin pour ensuite, une fois ici,le bruler pour arriver au même résultat mais façon sale ! Japon, Islande, Nouvelle-Zélande ne sont-ils pas de bons exemples à suivre pour ici ? Oui, on adhère ! Arthur.

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