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L’enjeu décisif de la carrière de Bois-Blanc

Le chantier de la grande digue de la route en mer suspendu —2—

Manuel Marchal / 27 août 2016

L’annonce de la suspension du chantier de la digue de la route en mer intervient peu avant le lancement d’une seconde enquête publique sur un projet d’ouverture d’une méga-carrière à Bois-Blanc. Sans cette carrière, la route en mer ne pourra pas se faire. Simple coïncidence ou tentative de mettre la pression sur l’État afin qu’il passe outre l’opposition de la population à un projet destructeur pour l’environnement ?

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Pour donner une chance à la route Didier Robert d’aboutir, le gouvernement a publié un nouveau schéma départemental des carrières afin d’autoriser de nouveaux sites d’extraction. Un des buts recherchés est d’ouvrir un site de 50 hectares et de plusieurs dizaines de mètres de profondeurs dans une des dernières zones préservées du littoral Ouest, Bois-Blanc. Ce projet rencontre une forte opposition de la population suivie par les maires des trois communes concernées. L’enquête publique a donné un avis négatif. De plus, un référendum organisé par le commune de Saint-Leu a montré que 81 % des suffrages exprimés sont contre une carrière à Bois-Blanc.

Un lieu chargé en émotion

Cette carrière de Bois-Blanc a donc un enjeu stratégique. Sans elle, le chantier ne peut se poursuivre entre Saint-Denis et La Possession. Cela explique pourquoi les promoteurs de la route en mer mettent la pression. Une seconde enquête publique doit avoir lieu. La Région est consciente du rejet de ce projet dans l’opinion, ce qui explique pourquoi Didier Robert s’est prononcé lundi contre tout référendum sur la question des carrières.

La suspension du chantier de la digue entre La Possession et la Grande Chaloupe résulte donc de l’impossibilité physique d’avoir des matériaux disponibles. Elle a aussi une lourde dimension symbolique. C’est en effet dans ce secteur qu’a eu lieu le dernier effondrement de la falaise. C’était le 24 mars 2006, deux personnes avaient perdu la vie. Ce sont d’ailleurs les photos de ce dramatique accident qui ont déjà illustré des pages de publicité de la Région Réunion pour justifier son projet de route en mer.

Dans l’état actuel des choses, il n’est donc pas possible de construire la section de la route en mer prévue entre La Possession et La Grande Chaloupe.

Soit cette section n’est pas construite, et alors la route en mer se raccordera à la route du littoral au niveau de la Grande Chaloupe. Autrement dit, l’argument d’une route totalement sécurisée ne tient plus, car l’itinéraire empruntera un passage où la falaise s’est déjà effondrée. On imagine sans peine les réactions de l’opinion à une telle éventualité.

La Réunion peut-elle se payer un viaduc ?

Soit il faut changer totalement le projet et remplacer la digue par un viaduc. Cette solution est plus économe en matériaux, mais elle est plus chère. Mais cela suppose une remise en cause du projet car l’enquête publique et la déclaration d’utilité publique concernent une digue. Il faudrait donc tout recommencer à zéro, et à nouveau attribuer les marchés. Cela induit aussi un surcoût. Les termes actuels du financement de la route en mer fixent une contribution de l’État et de l’Europe sous forme forfaitaire. Dans une période d’austérité budgétaire, il est difficile de croire que ces deux financeurs pourraient réévaluer leur contribution. Cela laisserait donc le surcoût à la charge de la Région Réunion, et donc du contribuable réunionnais. Se posera alors la question de la capacité financière de la collectivité à réussir à payer la facture.

Faire pression sur l’enquête publique ?

L’autre possibilité est de tenter un passage en force pour obtenir l’ouverture de la carrière de Bois-Blanc. La suspension d’un part importante du chantier de la route en mer ne sera-t-elle pas l’occasion d’un chantage à l’emploi ? Elle aura de toute façon des conséquences pour les transporteurs qui ont investi afin d’avoir les outils nécessaires pour transporter les galets sur cette section du chantier.

Force est de constater en tout cas que l’annonce de la suspension du chantier intervient peu avant le lancement d’une seconde enquête publique sur le projet de carrière à Bois-Blanc. Pourtant, le problème du manque de matériaux est connu de longue date. Cette annonce aurait donc pu intervenir bien avant ce moment.

Cette coïncidence ne manque pas d’alimenter les spéculations : et si l’annonce de la suspension du chantier n’était pas un moyen de faire pression sur l’État pour qu’il autorise l’ouverture de la carrière de Bois-Blanc en dépit de l’opposition de la population concernée ?

Le choix de la raison : stopper tout le projet

Pour éviter les affrontements, il reste une option raisonnable : arrêter ce chantier et utiliser les fonds obtenus par Paul Vergès pour des projets utiles au développement de La Réunion. Les Réunionnais ont besoin d’un chemin de fer, d’axes de désenclavement dans le Sud et l’Est, ainsi que de la relance de la politique d’autonomie énergétique. Quant à la question de la liaison routière sécurisée entre Saint-Denis et La Possession, rappelons qu’elle devait être réglée par un projet de nouvelle route du littoral choisi par l’État, bien plus économe en matériaux que la route en mer de Didier Robert.

M.M.


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