Déplacements - Transports

Le génie réunionnais plus fort que la crise

La volonté politique permet de réussir tous les projets

Manuel Marchal / 21 septembre 2011

Le 21 août 1878, le Conseil général vote pour le tracé du chemin de fer de Saint-Benoît à Saint-Pierre en passant par les tunnels sous la Montagne. Dans une période de grave crise, des Réunionnais ont décidé d’investir pour relancer le pays. La volonté politique était là, elle s’est concrétisée dans des équipements qui marquent encore notre pays, et qui faisaient de La Réunion un des pays les plus en pointe dans la Révolution industrielle.

En 1848, c’est l’abolition de l’esclavage à La Réunion. La conquête de la liberté pour tous les Réunionnais allait lancer la bataille de l’égalité. Elle allait aussi créer une nouvelle structure économique.
Tout au long du 19ème siècle, La Réunion se situe en pointe dans la Révolution industrielle. Le pays se couvre d’usines sucrières fonctionnant à la vapeur. Mais cette croissance est fragile, elle ne repose que sur une seule production agricole qui est exportée vers un pays qui en fixe le prix. Après une période de progrès d’une dizaine d’années, La Réunion va être touchée par une série de catastrophes naturelles qui vont la faire basculer dans la récession.
C’est à partir de 1863 que la crise va vraiment commencer à faire régresser le pays. Cette situation économique va persister durant plus de 50 ans.

La prouesse technologique

15 ans après le début de la récession, le Conseil général vote pour la création d’un chemin de fer entre Saint-Benoît et Saint-Pierre. Les travaux de cette infrastructure se dérouleront simultanément à un autre grand chantier, celui du creusement du port de la Pointe des Galets.
Quatre ans après la décision, le chantier était terminé. Le 12 juillet 1882, c’est la mise en service du chemin de fer qui relie entre elles les villes du littoral et les usines sucrières. Sur 120 kilomètres, il réussit le tour de force de franchir des dizaines de ravines. Entre Saint-Denis et La Possession, il parcourt des tunnels parmi les plus longs du monde à leur construction.
Quatre ans plus tard, c’est l’inauguration du port de la pointe des Galets devant 10.000 personnes.
Quand on pense qu’à l’époque, La Réunion comptait moins du quart de sa population actuelle, et que les moyens technologiques les plus avancés étaient la machine à vapeur, on imagine facilement la légitime fierté que les Réunionnais ont pu ressentir lors de la mise en service de ces équipements.

Les Didier Robert de l’époque bordés

Ce projet ne s’est pas fait sans opposition. Il a fallu affronter les Virapoullé et Didier Robert de l’époque qui défendaient le monopole des marines, les ancêtres des quais de débarquement que les conservateurs voudraient construire au Gol et à Bois-Rouge pour court-circuiter les docks du Port.
En effet, avant le creusement du port et la construction du chemin de fer, les marchandises transitaient par des marines situées dans chaque commune du littoral. C’est là qu’étaient chargées et déchargées les chaloupes qui apportaient passagers et produits importés, et c’est depuis ces marines que les usiniers exportaient le sucre qui était ensuite embarqué dans un bateau mouillant au large.

La Réunion au top-niveau mondial

La construction d’un moyen de transport moderne reliant rapidement les usines sucrières à un port de commerce capable d’accueillir de gros navires remettait en cause ce monopole datant que l’époque de l’esclavage.
Le contexte était également difficile à cause d’une crise économique qui se prolongeait depuis 15 ans. Malgré tout, des Réunionnais ont été capables de relever le défi en menant de front ces deux premiers grands chantiers dus au génie réunionnais.
Grâce à cette décision, La Réunion était propulsée au top-niveau mondial avec sur son territoire les instruments du développement de son industrie. Cela a favorisé le développement d’une classe qui allait arracher l’abolition du statut colonial le 19 mars 1946, et créer ainsi le socle de la bataille pour l’égalité.

Manuel Marchal


Des témoins du génie réunionnais à l’abandon

Chacun a pu constater l’empressement avec lequel le chemin de fer et bien d’autres témoins de la puissante industrie réunionnaise ont été effacés du paysage et des mémoires.
Au moment de la mise en service du port et du chemin de fer, le pays était couvert par plus de 40 usines sucrières entrainées par des machines à vapeur, le top du top de la technologie de l’époque. Aujourd’hui, il ne reste que deux usines, que sont devenues toutes les autres ?
La disparition du chemin de fer est un autre exemple de cette volonté de vouloir gommer le génie d’un peuple de sa mémoire.
En effet, tous les jours, des dizaines de milliers d’automobilistes longent le tunnel qui passe sous la Montagne, mais combien sont ceux qui connaissent son existence, et combien sont capables de dire à quel endroit les rails pénètrent dans la montagne du côté de Saint-Denis ?
En 1882, quatre ans de travaux ont permis aux Réunionnais d’avoir non seulement un train, mais tous les équipements qui vont avec, notamment des gares, des ponts, des tunnels. Toutes ces infrastructures ont été laissées à l’abandon, quand elles n’ont pas été démolies.
En rayant le chemin de fer de la surface du pays, les conservateurs ont voulu persuader le peuple réunionnais qu’il n’est pas capable de construire quelque chose sans l’aide d’un "papa" venu d’ailleurs.
Face à cette politique de l’oubli, la Région dirigée par Paul Vergès avait réveillé les souvenirs. Un monument rendant hommage aux cheminots a ainsi été inauguré à la Grande Chaloupe.
Cela est important afin de rappeler l’essentiel : le peuple réunionnais est un peuple de bâtisseur qui a construit le port et le chemin de fer, qui a relevé le défi de la route des Tamarins et qui gagnera celui du tram-train.


Quand un démolisseur empêche La Réunion d’être au top-niveau

C’est un geste très grave, qualifié de criminel par TAK, que Didier Robert a commis en démolissant le tram-train. Le financement était là, le projet était prêt à démarrer, mais à la différence de Paul Vergès ou des bâtisseurs du chemin de fer, Didier Robert est un démolisseur.
Sa proposition, c’est de remplacer un chemin de fer susceptible de fonctionner à 100% avec des énergies renouvelables par des bus.
Adopter cette attitude, c’est une régression. C’est en effet un moyen de tenter de persuader le Réunionnais qu’il n’est pas capable de construire un train car c’est trop cher pour lui, et donc de le rabaisser en lui disant qu’il devra se contenter de rouler dans des bus.
Voici 133 ans, le Conseil général de La Réunion a estimé qu’il fallait construire le train et le port, même si notre île vivait une période de crise. Ces réalisations étaient en effet indispensables au renforcement de l’industrie réunionnaise. Il fallait donc coûte que coûte les faire sortir de terre, malgré l’opposition des ultra-conservateurs qui voulaient persuader l’opinion que c’était trop cher.
Ces élus du Conseil général avaient une volonté politique, celle de placer La Réunion dans le peloton de tête des pays industrialisés. Avec les moyens de l’époque, le pari a été relevé. Qui peut croire qu’aujourd’hui, pour une région intégrée dans un des États les plus puissants du monde et avec la technologie actuelle, il n’y ait pas les moyens de construire un chemin de fer ?


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