Déplacements - Transports

Le remplacement du tram-train et de la NRL par la route en mer maintient les Réunionnais dans l’insécurité

Le chantier de la grande digue de la route en mer suspendu —1—

Manuel Marchal / 26 août 2016

Le manque de galet amène une suspension du chantier de la route en mer entre la Grande Chaloupe et La Possession. C’est précisément dans ce secteur qu’a eu lieu le dernier effondrement de la falaise recouvrant la totalité de la route du littoral. Cette tragédie avait fait plusieurs morts et avait accéléré la recherche d’une solution à l’insécurité de la route du littoral. Le Protocole de Matignon avait permis à Paul Vergès d’obtenir le financement nécessaire à la construction de deux liaisons sécurisées entre Saint-Denis et La Possession : un chemin de fer et une nouvelle route. Mais le remplacement de ces deux chantiers par une route en mer a tout compromis. Les Réunionnais attendront encore longtemps une liaison sécurisée entre le Nord et l’Ouest car la route de Didier Robert a du plomb dans l’aile, malgré les pressions pour ouvrir en force une carrière à Bois-Blanc.

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Le tracé de la NRL choisi par l’État en 2007. Si la Région Réunion avait respecté le Protocole de Matignon, la NRL serait en phase d’achèvement.

Depuis la suppression du chemin de fer, une grande part des richesses créées à La Réunion et des subventions de l’État a servi à la construction et à l’entretien de routes du littoral entre Saint-Denis et La Possession. Mise en service en 1963, la première route a rapidement fait des victimes à cause des chutes de pierre. La décision a donc été prise d’en construire une seconde, plus éloignée de la falaise mais plus proche de la mer. Elle est inaugurée en 1978. Force est de constater que les dangers de la corniche n’étaient pas écartés, alors que la mer constituait une autre menace en cas de forte houle.

Chaque accident causé par des chutes de pierres suscitait une vive émotion, les cas les plus graves ont eu lieu quand un pan de la falaise s’écroulait.

2,2 milliards obtenus par Paul Vergès

Le 24 mars 2006 à 5 heures 15, c’est le drame. 30.000 tonnes de rochers s’abattent sur la route du littoral recouvrant la totalité de la chaussée. Deux personnes perdent la vie. François Baroin, ministre de l’Outre-mer, puis Dominique Perben, ministre des Transports, se rendent en urgence à La Réunion. Cet événement catastrophique a alors accéléré les négociations entre l’État et la Région au sujet du transfert à la collectivité réunionnaise des routes nationales, dans le cadre des nouvelles lois de décentralisation.

Jusqu’alors, la route du littoral était de la compétence de l’État. La Région ne voulait pas hériter de la responsabilité de gérer cette route sans avoir l’assurance que l’État garantisse la réalisation d’une liaison totalement sécurisée entre Saint-Denis et La Possession. Ces discussions ont alors abouti au Protocole de Matignon, signé en janvier 2007 par Paul Vergès, président de la Région Réunion, et Dominique de Villepin, Premier ministre. La Région acceptait le transfert des routes nationales, et l’État s’impliquait financièrement pour rendre possible la réalisation de deux liaisons totalement sécurisées entre le Nord et l’Ouest : un tram-train et une nouvelle route du littoral. Au total, 2,2 milliards devaient payer la remise en service d’un chemin de fer, et un axe routier tracé par l’État.

Tout devait être réglé en 2016

Pour faire face à l’immédiat, les chutes de galets, la Région avait lancé et terminé le chantier de recouvrement de la falaise par des filets, auquel s’ajoute un piège à cailloux au pied de la corniche. Cet investissement de 100 millions d’euros a permis de limiter les jours de basculement.

Le Protocole de Matignon indiquait que le chemin de fer devait être livré en 2013, la NRL en 2016. Autrement dit, si cet accord avait été respecté par la majorité régionale arrivée aux affaires en 2010, le tram-train circulerait déjà, et la NRL serait sur le point d’être achevée. Mais à la place de ces deux axes sécurisés, les Réunionnais ne sont pas prêts d’en avoir un seul.

En effet, Didier Robert a choisi de supprimer ces deux projets pour les remplacer par une route en mer à 6 voies. Pour donner satisfaction aux transporteurs, le projet prévoit des digues sur une grande partie de ses 12 kilomètres. Cela suppose donc de déplacer un volume de 18 millions de mètres cubes de galets. Cela dépasse les capacités des carrières existantes. Or, sans avoir l’assurance d’avoir ces matériaux, le chantier a été lancé. Aujourd’hui, il est suspendu justement à cause de ce manque de rochers. Cela concerne un secteur très symbolique, car c’est précisément entre la Grande Chaloupe et La Possession qu’a eu lieu le dernier effondrement de la falaise qui surplombe la route du littoral.

(à suivre)

M.M.



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  • Il est important de considèrer que cette infaisable route - digue pourrait être tres avantageusement replacée par un tunnel reliant la Possession et la Grou chaloupe avec aussi une liaison supplémentaire par tunnel en spirale de la la grande chaloupe vers St BERNARD , permettant ainsi le désenclavement pertinent de la Montagne .
    Avec les roches extraites de ce tunnel de 6 km , on pourrait imaginer deux ports de plaisance aux extremites à la Grande Chaloupe et à La possession, donc sans transport des roches sur route . Merci de soutenir ce plan B 🍀🙃🤗🆒

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  • Très bon résumé de la problématique de l’éternel du retour du train à la Réunion. Quand on pense qu’en 2016, on aurait pu l’emprunter... Profiter du paysage, pouvoir téléphoner, lire, manger, boire, dormir tout en roulant. Ce sont les gramounes qui seraient ravis aussi, car ils ne pourraient pas s’empécher de faire des comparaisons avec le CFR d’antant. Moins rapide, plus sale, sans climatiseur, mais déjà tellement pratique, réalisé ne l’oublions pas par des travailleurs étrangers, des italiens du Piémont notamment, considérés comme de bons maçons, encore aujourd’hui, comme aussi les portugais. Certains d’entres eux de plus avaient péris ici durant le chantier, accident du travail comme on dit aujourd’hui.
    C’est bien dommage que l’on est tout fait pour faire oublier le train, pour le "tout voiture" avec aujoudrd’hui toutes les nuisances que cela engendre comme : la pollution (la majorité des conducteurs ont opté pour le diésel, qui en brulant, dissimine dans l’atmosphère des micro particules, les nocives poussières cancérigènes. C’est dans les véhicules qu’elles sont les plus nombreuses, une bombe à retardement pour nos poumons, et ceux de nos enfants nés et à naitre, c’est scandaleux !), le bruit, les risques d’accidents du à des irresponsables, des alcooliques, fous du volant, amoureux de la vitesse, qui se croient propriétaire de la route, donc de nos vies, même en temps que piétons et je n’oublies pas le manque de travail qu’aurait offert le train que ce soit pour sa réalisation, son entretien, avec celui du matériel roulant, la vente des billets. Bref, tout le monde, scolaires, touristes compris apprécieraient et cela donnerait des idées à nos "voisins" où tout est à faire dans ce domaine, développer en bonne intelligence, pour l"économie, l’écologie, le futur de nos enfants, la fierté d’avoir été écouté, respecté. Bonne continuation, en espérant que le bon sens viendra de la part des "décideurs pour nous", le plus vite possible !
    Arthur.

    NB : sur France 5, il y eu une très belle émission consacrée à l’écologie, l’économie, comme dans le beau film documentaire "Demain", sorti cette année. Cela se passait au Costa-Rica qui a eu l’intelligence, comme à la Réunion j’espère enfin un jour, d’utiliser la géothermie, la force du vent et le soleil pour rendre le pays autonome en énergie, via aussi l’équivalent d’EDF là bas. Son nom, qui veut tout résumer ? "Sale temps pour la planète", disponible en podcast en allant sur le site de la chaîne ; "www.france5.fr"
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