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Route du littoral : les Réunionnais paieront longtemps l’arrêt du tram-train et de la NRL

La route en mer retarde la sécurisation de l’axe entre Saint-Denis et La Possession

Manuel Marchal / 14 mars 2017

Ce 14 mars, des roches sont tombées sur la route du littoral. Les Réunionnais vont encore être lourdement pénalisés par les perturbations engendrées sur cet axe stratégique. Si le protocole de Matignon signé par la Région et l’État en janvier 2007 avait été respecté, les Réunionnais pourraient déjà utiliser le tram-train et bientôt rouler sur la nouvelle route du littoral. Le choix de remplacer ces deux projets par celui d’une route en mer a renvoyé aux calendes grecques la perspective d’une liaison sécurisée entre Saint-Denis et La Possession.

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Depuis dimanche, La Réunion connaît un épisode de fortes pluies. Ce phénomène explique sans doute que l’on ait une nouvelle fois frôlé la catastrophe sur la route du littoral. En effet, un bloc s’est détaché de la falaise. Des galets sont même tombés sur la chaussée côté mer. En conséquence, ce sont d’importants embouteillages en attendant une inspection et des travaux urgents afin que la circulation puisse reprendre dans de meilleures conditions de sécurité.

Une fois de plus, les Réunionnais paient le prix d’une décision politique prise dans les années 1950. À cette époque, le pouvoir a choisi d’abandonner le train et de construire la route du littoral. C’est le point de départ d’une crise dont le poids humain et financier se fait sentir sur plusieurs générations de Réunionnais. En effet, à l’époque du train, les problèmes de fermeture de l’axe rapide entre Saint-Denis et La Possession ne se posaient pas, car le train passait dans des tunnels et pas en pied de falaise.

Une route qui dura 15 ans

Mise en service en 1963, la route du littoral n’a été utilisée que 15 ans à cause des innombrables chutes de pierre. Une seconde route, cette fois à 4 voies, est inaugurée en 1978. Les concepteurs de cet ouvrage estimaient que le problème de la sécurité était réglé en repoussant la route au large de la falaise, sur une digue surplombant la mer d’une hauteur de 8 mètres. Deux ans plus tard, un effondrement de la falaise engloutissait les 4 voies à l’entrée de Saint-Denis, faisant plusieurs victimes. L’erreur des concepteurs était donc manifeste. De plus, des roches continuaient à tomber sur la route. Cela a obligé à commencer à la pose de filets, et à fermer régulièrement les voies sur le côté montagneen fonction du niveau des précipitations. Avec l’accroissement du parc automobile, le passage de quatre à deux voies entraîne d’importants embouteillages.

La responsabilité de l’État

En tant que route nationale, la route du littoral était alors sous la responsabilité de l’État. C’est lui qui devait financer les travaux, et autoriser la circulation sur cet axe. En 2002, l’acte 2 de la décentralisation prévoyait que pour La Réunion, les routes nationales relèvent désormais de la Région. Comme depuis plus de 20 ans, l’État n’avait pas assumé ses responsabilités pour sécuriser la liaison entre Saint-Denis et La Possession, la Région Réunion présidée par Paul Vergès a refusé un transfert en l’état. En 2006, quelques semaines après le passage du cyclone Gamède, un second effondrement de plaque recouvrit totalement la route du littoral à quelques centaines de mètres de La Possession. Plusieurs morts furent à déplorer. Cet événement tragique soulignait que la route du littoral était impossible à sécuriser, d’où l’urgence pour l’État d’assumer ses responsabilités.

Remise en cause du Protocole de Matignon

Les négociations aboutirent par la signature du Protocole de Matignon en janvier 2007 par Paul Vergès, président de la Région Réunion, et Dominique de Villepin, Premier ministre. Le transfert de la gestion de la route du littoral était acté. Mais en échange, l’État s’engageait à co-financer deux projets pour une sécurisation de l’axe entre Saint-Denis et La Possession : le tram-train et la nouvelle route du littoral. Le chemin de fer était placé sous la responsabilité de la Région et devait être mis en service en 2012. La nouvelle route du littoral relevait de l’État, avec une inauguration prévue en 2017. Si le chantier du tram-train suivait son cours, celui de la NRL a rapidement accusé un an de retard. En 2010, les premières emprises du tram-train étaient réalisées à Saint-Denis et à Cambaie, tandis que la pose de la première pierre de la route du littoral devait avoir lieu en 2011. Le changement de majorité à la Région en 2010 a tout remis en cause. La nouvelle direction de la collectivité a choisi de remplacer les deux projets par une route en mer à 6 voies, plus au large que la NRL. Elle a renégocié le Protocole de Matignon en affectant les crédits prévus pour les deux chantiers sur un nouveau. Tout devait repartir de zéro. Et pour satisfaire les intérêts des patrons transporteurs, une digue était prévue entre La Possession et La Grande Chaloupe. Rappelons que des représentants de ce patronat s’étaient illustrés lors des deux blocus de la Région organisés en novembre 2008 et en juillet 2009 sous la majorité précédente.

Déjà 7 ans de perdus

7 ans plus tard, la situation s’est aggravée pour les dizaines de milliers d’usagers quotidiens de la route stratégique qui relier le Nord à l’Ouest de l’île. En effet, à la date d’aujourd’hui, si le Protocole de Matignon signé en 2007 avait été respecté, les Réunionnais pourraient utiliser le tram-train entre Sainte-Marie et Saint-Paul, et s’apprêteraient à rouler sur la nouvelle route du littoral. Ainsi, le problème de la sécurisation de l’axe reliant l’Ouest au Nord aurait été définitivement réglé.

Au lieu de cela, les Réunionnais en sont réduits à être les spectateurs d’un chantier maritime qui fait émerger quelques piliers dans la mer, tandis que la digue reste un rêve car les matériaux nécessaires à sa construction n’ont pas été prévus. Pour ne rien arranger, la montée du niveau de la mer interroge sur la durée de vie de la route en mer une fois qu’elle sera achevée.

Depuis 60 ans, le 12 kilomètres entre Saint-Denis et La Possession accaparent une grande partie des sommes consacrées aux investissements à La Réunion. Le choix d’une route en mer ne fait que prolonger ce système en l’accentuant. Il est donc urgent de revenir à une autre solution permettant de mettre les Réunionnais à l’abri des chutes de pierre et des caprices des océans. Pour sa part, le PCR préconise de relancer le chantier du train et de revenir au projet initial de nouvelle route du littoral qui combinait tunnels et viaducs sans s’avancer aussi loin dans la mer. 7 ans ont déjà été perdus, il faut sortir de l’immobilisme et des idées périmées.

M.M.



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Messages






  • Il aurait suffi de construire deux tunnels permettant le passage de deux voies plus une ligne de chemin dans chaque tunnel pour régler le problème des embouteillages et de la sécurité . La route actuelle qui a déjà coûté très cher non seulement pour sa construction mais pour son entretien aurait pu être conservée ne serait ce que sur les deux voies coté mer pour offrir une alternative aux claustrophobes pour qui le passage en tunnel aurait été une épreuve et également pour assurer la continuité de la liaison entre saint Denis et la Possession en cas de problème dans le tunnel ou sur le CD 21 . C’était une solution raisonnable et fiable à long terme . L’une des deux entreprises internationales qui construisent la route en mer avaient déjà creusé un tunnel de 9KM permettant de passer une 4 voies pour les chinois à l’époque ou le dossier de la route en mer était encore à l’étude pour un coût inférieur à 300millions d’euros . Elle aurait pu faire la même chose à l’île de la Réunion .

    Pourquoi a t-on choisi la route en mer sachant qu’elle coûterait beaucoup plus cher que le creusement de deux tunnels ;on se posera la question pendant longtemps

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  • TB. Vive le train TER-PEI, électrique, sur, propre, créateur d’emplois nouveaux dont on a tant besoin ici ! Il faudrait calculer si c’est possible, l’argent que l’on a perdu en prenant autant de temps pour réaliser enfin ce qui avait été acté au début comme prévu, comme voulu par les citoyens, sans oublier que les touristes appréciraient eux aussi de voyager de cette manière, un nouveau réseau, moderne, vitrine de ce que l’on pourrait aussi faire ailleurs comme à Madagacar, Maurice, l’Afrique où tout est à faire en lieu et place de conflits, d’arrangements qui ne profitent en réalité qu’à une minorité dont les poches sont déjà bien pleines à notre avis.

    A quand une pétition justement durant la campagne électorale ? Il faudrait je suggère, poser la question aux différents candidats qui viendront jusqu’ici pour avoir nos voix.

    "Etes-vous prêt(e), une fois élu(e) de nous aider à faire en sorte que le projet de tram-train ici, entre St Benoît et St Joseph voit enfin le jour comme promis il y a déjà des années, devant l’accroissement des bouchons routiers, des micro particules du diésel cancérigènes, accidents à répétition et le tau record du chômage (30%, voire même 65 pour nous les jeunes de "18-25 ans") ?"

    NB : Attention aux fautes d’orthographe qu’il y a dans les lignes de vos articles, cela ne se fait pas dans on journal, même en ligne, on maîtrise les règles d’orthographe, normal. Merci. Arthur.

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  • Pourra-t-on poser un train sur le tablier de la NRL en chantier ? Si je comprends bien, il y aura 3X2 voies, et une voie "normale" de chemin de fer, comme en France, mesure environ 1,44m soit beaucoup moins qu’une route même départementale. Enfin, on verra bien qui osera à remettre ce beau projet sur les rails.

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