Déplacements - Transports

Route en mer : gaspillage d’eau en pleine période de sécheresse

Halte à un projet inutile et destructeur de l’environnement

Manuel Marchal / 29 septembre 2016

Les poissons morts s’accumulent dans le lit de la rivière Saint-Denis. La sécheresse est montée du doigt. Une élue de Saint-Denis déclare avoir photographié un camion citerne prélevant de l’eau dans ce lit. Elle suspecte le transporteur de travailler pour le chantier de la route en mer. Si de tels faits étaient confirmés, alors cela voudrait dire que le projet de la Région Réunion accumule les catastrophes écologiques.

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Le Comité sécheresse s’est tenu mardi à la préfecture. Ses conclusions sont inquiétantes. La saison des pluies a été déficitaire de 12 % alors que se profilent les mois les plus secs de l’année. Cette information rappelle que La Réunion n’est pas un pays coupé du monde. La sécheresse sévit gravement à Madagascar, où 1,2 million de personnes sont menacées par la famine. Cela a poussé la FAO a lancé un cri d’alarme. En Somalie, dans des conditions analogues, une solidarité insuffisante avait entraîné la mort de 200.000 personnes. Plus largement dans l’Afrique australe, ce sont 40 millions de personnes qui vont souffrir cette année des conséquences des pertes de récolte liées à la sécheresse.

Dans l’hémisphère Nord, il a fait plus de 38 degrés dans le Sud-Ouest de la France en plein mois de septembre.

Selon les différents relevés compilés à l’echelle du monde, l’année 2016 est partie pour être la plus chaude, alors que 2015 avait déjà battu les records de températures.

Les carrières ont besoin d’eau

La Réunion n’échappe pas aux effets de ce phénomène mondial. C’est la sécheresse. Elle fait baisser les rendements de la récolte de canne à sucre, et elle touche aussi les éleveurs des hauts qui souffrent d’un manque d’eau. Avec le changement climatique, ces périodes de sécheresse pourront devenir plus intenses. Cela va donc supposer gérer au mieux l’eau dans un territoire de 2.500 kilomètres carrés. Mais le chantier de la route en mer ne se situe pas dans cette logique de préservation des ressources naturelles. Dans sa conférence de presse mardi, l’association Lataniers Nout Ker d’Vie indiquait que dans le projet de carrière à la ravine des Lataniers à La Possession, il est prévu que les besoins du chantier seront assurés par un prélèvement dans la canalisation qui alimente les habitants de la ravine à Malheur. Ce quartier étant encore en voie d’urbanisation, ces besoins vont sans doute croître.

Quelle responsabilité à Saint-Denis ?

La sécheresse va mécaniquement augmenter les coupures d’eau, faute de construction de réserves collinaires pour récupérer l’eau de pluie. Les besoins du chantier d’une carrière indispensable à la construction de la route en mer va encore compliquer la situation. Ce qui est vrai pour le site des Lataniers l’est aussi pour celui de Bois-Blanc. Si une telle carrière voit le jour dans une des régions les moins arrosées de La Réunion, alors il faut s’interroger sur le volume d’eau qui restera disponible pour les besoins de la population, de la faune et de la flore.

La catastrophe écologique de la rivière Saint-Denis vient en effet rappeler combien les effets de la sécheresse peuvent être désastreux. Les poissons morts s’accumulent dans son lit, ce qui peut être source de maladies. Comme si cela ne suffisait pas, une autre action pourrait bien aggraver la situation. Le Quotidien d’hier révèle qu’Yvette Duchemann, élue de Saint-Denis, a photographié un camion-citerne en train de pomper dans ce cours d’eau. Les soupçons se dirigent vers un transporteur qui travaille pour le chantier de la route en mer. Si ces soupçons se confirmaient, alors cela voudrait dire que la route en mer accumule les nuisances.

Non au gaspillage de l’eau

Pour poursuivre le chantier, ses partisans en sont réduits à prélever des roches dans de nombreuses régions de l’île, car ils n’ont pas prévu les matériaux nécessaires à son achèvement. Extraites des bordures des champs de canne, elles sont ensuite transportées sur de longues distances jusqu’au chantier de la route en mer. Ce sont les andains, mais ils sont bien insuffisants pour espérer mener le chantier à terme. C’est pourquoi les promoteurs de la route de Didier Robert exigent du gouvernement l’ouverture de nouvelles carrières. Face à cette menace, les populations concernées se mobilisent car les nuisances environnementales et sanitaires sont nombreuses. Celle du gaspillage de l’eau est une qui touche tous les Réunionnais. Souhaitons que la raison reprenne le dessus afin que le chantier de la route en mer s’arrête le plus tôt possible.

M.M.


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