Déplacements - Transports

Route en mer : la démocratie bafouée

Collectif pour la protection de la grande et de la petite Ravines des Lataniers

Céline Tabou / 17 octobre 2014

À l’occasion d’une conférence de presse, le Collectif pour la protection de la grande et de la petite Ravines des Lataniers a dénoncé « la démocratie bafouée » par Dominique Fournel, conseiller régional en charge de la nouvelle route du littoral (NRL).

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Mobilisation contre une catastrophe environnementale, sanitaire et économique.

Pour les membres de ce collectif possessionnais, il est primordial de trouver des « alternatives qui permettraient de fluidifier et sécurisée l’axe concerné » par la NRL. Une alternative ayant « moins d’impact pour l’environnement, tout en créant des emplois vraiment pérennes pour nos jeunes et en laissant suffisamment de financement pour d’autres aménagements ».

« L’impunité » de Dominique Fournel

Stéphanie Gigan, porte-parole du collectif est revenue sur le débat de Réunion Première Radio, au cours durant lequel Dominique Fournel, « a clairement déclaré : ’les roches massives nous les aurons, le potentiel existe à La Réunion’ ». Une remarque qui dénote avec les rumeurs circulant depuis quelques semaines sur l’arrivée de matériaux destinés à la construction de la nouvelle route.
A la suite de cette affirmation, Stéphanie Gigan aurait alors posée à l’élu de la Région, « vous vous avancez sur les autorisations de l’État et du Préfet ? ». Ce à quoi ce dernier aurait assuré « avec aplomb » : « Oui absolument, absolument et nous aurons les autorisations après avoir déposé les dossiers. (...) Nous aurons, quel que soient les recours qui puissent intervenir (...) ! », a relevé le Collectif.
Pour ce dernier, « les propos de la part d’un élu sont inacceptables », pour plusieurs raisons, parmi lesquelles une « démocratie bafouée ». En effet, Stéphanie Gigan a indiqué que « chaque autorisation d’exploitation de carrière doit être précédée d’une enquête publique et les propos qu’il a tenus relèvent clairement qu’il n’a que faire de ces enquêtes publiques et de leurs résultats ». Il est certain pour cette dernière que Dominique Fournel « méprise l’opinion publique, l’opinion des Réunionnais ».
Autre point de tension, pour cette dernière les propos de l’élu de la Région « remet(tent, NDLR) en cause l’autorité du Préfet » et se substituent aux décisions d’un juge. Dominique Fournel « s’avance sur le résultat d’éventuel recours. Je ne savais pas que Monsieur Fournel était également juge », a indiqué Stéphanie Gigan. Pour cette dernière, l’élu « ne peut pas se placer au-dessus des principes démocratiques et au-dessus de la justice en toute impunité ».

Des doutes persistent

Le Collectif a posé plusieurs interrogations, lors de sa conférence de presse, le 14 octobre, sur l’absence d’étude complète sur les impacts de la route, le manque de garantie sur les matériaux, le manque de concertation auprès des « populations directement impactées » par la NRL, ainsi que l’attribution du marché de digue « à une entreprise qui indique clairement dans son dossier qu’elle n’a pas encore les autorisations pour avoir les matériaux nécessaires ».
Le Collectif pose également la question : « Trouvez-vous normal que la Région ait, avant l’attribution du marché de la digue, déposé à la consultation publique les dossiers de Projet d’Intérêt Général (PIG) sur les mêmes carrières que celle proposées par la société qui a remporté le marché ?".
S’ajoute à celle-ci, « Trouvez-vous normal que l’enquête sur la Déclaration d’Utilité Publique (DUP) se soit déroulée uniquement à Saint-Denis et à La Possession quand on sait aujourd’hui que les communes de Saint-Leu, Saint-Paul et Saint-André seront directement impactées avec des carrières exclusivement dédiées à la NRL ? »

Une question de santé

Très souvent pointé du doigt pour ses coûts jugés “pharaoniques” et ses impacts environnementaux, un autre sujet cristallise la contestation contre la NRL : l’impact médical de la route sur les populations. En effet, selon le Collectif pour la protection de la grande et de la petite Ravines des Lataniers, les travaux qui vont s’engager « mettront en danger la santé de nos enfants et de nos concitoyens ».
Concrètement, ce seront 700 à 800 camions de 30 tonnes qui circuleront tous les jours, « sous les fenêtres de nos immeubles du centre-ville, de notre École élémentaire Évariste de Parny », soit plus d’un camion par minute. « C’est donc la santé de nos enfants, mais aussi de milliers de Possessionnais(e)s, qui sera gravement impactée par la pollution engendrée », a assuré Stéphanie Gigan, ajoutant que des centaines de camions journaliers venant d’autres carrières viendront également ravitailler le chantier. Pour le Collectif, la santé « ne peut être sacrifiée sur l’autel du tout automobile et de l’intérêt pécunier d’une poignée de grand groupe du BTP ».
Pour le Collectif pour la protection de la grande et de la petite Ravines des Lataniers « ce serait trop simple si il y avait une solution toute faite ». Cependant, il faut « rechercher une alternative au projet actuel de NRL », en relançant une concertation de 6 mois, afin « de reconsidérer les alternatives possibles », comme « évoqué par Nicolas Hulot » lors de sa visite à La Réunion.


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