Déplacements - Transports

Route en mer : ne pas reproduire l’erreur monumentale du basculement des eaux

Il est encore temps d’arrêter le chantier pour éviter un nouveau fiasco

Manuel Marchal / 12 septembre 2016

Lancé voici plus de 20 ans, le basculement des eaux d’Est en Ouest irriguera 70 % de la superficie prévue à l’origine alors qu’avec les aléas du chantier, la facture a explosé. Ce qui a été qualifié à l’époque de « chantier du siècle » est une nouvelle illustration de ce qui attend la route en mer. Arrêtons tout de suite le projet de NRL pour ne pas avoir à faire face à un nouveau fiasco.

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À La Réunion, la côte Est est la plus arrosée. À l’opposé, la côte Ouest reçoit beaucoup moins de pluies, mais c’est là que vit une grande partie de la population. L’Ouest de La Réunion dispose également d’importantes superficies pour l’agriculture. Mais le manque d’eau nuit aux rendements. Devant cette situation, des projets ont été menés pour rééquilibrer l’accès à l’eau. L’idée était de transférer l’eau en surplus de l’Est vers la région Ouest déficitaire. C’est le basculement.

Le Docteur Raymond Vergès avait proposé de capter l’eau dans la rivière de l’Est, en passant par la rivière des Roches et la rivière des Marsouins, soit les trois cours d’eau les mieux pourvus de La Réunion, et de la faire parvenir vers l’Ouest par un canal. Mais au lieu de cela, deux projets ont vu le jour. Le premier a été une centrale hydroélectrique à Sainte-Rose qui utilise l’eau de la rivière de l’Est. Une fois passée dans les turbines, l’eau est rejetée à la mer, à raison de plusieurs centaines de milliers de mètres cube par jour. Les communistes ont toujours dénoncé ce gaspillage. Le second a été de percer des tunnels pour transférer l’eau à travers la montagne. Là aussi les communistes ont alerté sur les risques d’une telle entreprise. Les faits leur ont donné raison.

Imprévoyance, surcoût et gaspillage

Creuser des tunnels est en effet coûteux. Mais quand les forages préalables sont insuffisants, cela peut tourner à la catastrophe. C’est ce qui s’est passé quand les tunneliers ont percé trois nappes d’eau perchées dans la montagne. Stockées depuis des milliers d’années, cette richesse aurait pu bénéficier aux générations futures. Elle a été gaspillée. Le chantier a donc duré 20 ans, et son coût approche le milliard d’euros. Il n’est toujours pas terminé aujourd’hui, et les superficies irriguées le sont grâce aux captages dans le cirque de Mafate. Ce basculement d’Ouest en Ouest fonctionne depuis 1999, il prélève d’importantes quantités d’eau destinées à la population du Port et de La Possession.

De plus, dans son édition de samedi, « le Quotidien » annonce que sur les 7150 hectares qui devaient bénéficier de cette eau, seulement 5.500 seront irrigués. L’eau devait monter jusqu’à 900 mètres d’altitude, elle n’ira pas plus haut que 660 mètres pour des raisons financières. Il y a fort à parier que si le coût du chantier n’avait pas subi une telle augmentation, des marges de manœuvres étaient disponibles pour faire face au manque de rentabilité justifiant le refus de l’irrigation aux agriculteurs des hauts de l’Ouest. Non seulement le projet a coûté bien plus cher que prévu, mais il n’a pas atteint son objectif.

Erreur d’analyse

Cet exemple interpelle au moment où un chantier encore plus coûteux tourne au fiasco. En effet, le chantier de la grande digue de la route en mer est suspendu faute de matériaux. Les promoteurs du basculement des eaux avaient lancé le chantier sans forages préalables suffisamment poussés, ceux de la route en mer ont commencé le chantier sans avoir les matériaux nécessaires pour le terminer. Pour l’un comme pour l’autre, l’imprévoyance fait monter la facture. Pour sauver ce qui peut encore l’être, les promoteurs de la route en mer ont fait venir des bateaux remplis de galets extraits à Madagascar. Le coût initial du chantier est donc d’ores et déjà dépassé. Et ce n’est que le premier d’une série d’aléas qui ne manquera pas de faire exploser les coûts. Quant à l’utilité de cette route, elle est toute relative. Au rythme de sa réalisation, elle sera rapidement menacée par la montée des eaux liées au réchauffement climatique, car elle se situe dans l’océan.

Le chantier du basculement des eaux reposait dès le départ sur une importante erreur. Malgré tous les avertissements, il a continué. Le résultat est loin de répondre aux attentes, malgré un coût prohibitif.

Pour la route en mer, il est encore temps d’arrêter. À moins que pour sauver les apparences, on ne soit prêt à tenter de construire une route en mer allant de Saint-Denis à la Grande Chaloupe, raccordée à la route du littoral jusqu’à La Possession, le tout à une dépense supérieure au coût initial. Les Réunionnais n’ont pas besoin d’un deuxième grand chantier qui tourne au fiasco. D’autant plus que si l’Union européenne a payé une grande partie du basculement des eaux, c’est la Région Réunion, et donc les contribuables réunionnais, qui assurera l’essentiel des dépenses de la NRL. La participation de l’État et de l’Europe y est en effet limitée à une contribution forfaitaire.

M.M.


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