Déplacements - Transports

Une "Rando-vélo pour la Liberté"

À l’occasion du 20 Désanm

Témoignages.re / 26 décembre 2012

Jeudi dernier, malgré une alerte de fortes pluies, une douzaine de cyclistes ont répondu à l’invitation de l’association Trans’Port Vélo Ville (T.V.V.) à participer à une "Rando-vélo pour la Liberté" au Port et à La Possession, à l’occasion de l’édition 2012 de nout 20 Désanm. Prévu en début de matinée sur une vingtaine de kilomètres, entre Le Port et La Possession, le parcours a dû être réduit, précisément en raison de chutes d’eau.

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Mais les participants à cette randonnée ont tout de même beaucoup apprécié la balade, qui s’est déroulée dans une ambiance très amicale et avec des échanges très intéressants tout au long de l’itinéraire. En effet, pour T.V.V., le but du parcours (voir encadré) , « outre le plaisir de faire ensemble une petite balade à vélo », était de « passer par des lieux publics (routes, monuments, paysages, expositions…) où nous pourrons rendre hommage à tous nos ancêtres qui se sont battus pour la liberté depuis la naissance du peuple réunionnais il y a 350 ans (l’an prochain), notamment contre l’esclavage ».

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Ce fut « également l’occasion de mieux connaître les richesses de notre patrimoine culturel et de pédaler en réfléchissant sur les combats à mener aujourd’hui pour la liberté ». Voilà le sens que l’on peut donner à certaines formes de "cyclotourisme", tout en assurant la promotion des déplacements à vélo pour répondre à nos besoins quotidiens au profit de notre santé et du respect de notre environnement.

Correspondant

Quelques symboles de la liberté

La "Rando-vélo pour la Liberté" est partie du stade Georges Lambrakis, ce grand athlète et champion olympique grec des années 30, médecin et député communiste grec, dont l’assassinat par les dictateurs en 1963 est évoqué dans le film "Z" de Costa-Gavras, interdit par le pouvoir néo-colonial pendant plusieurs mois en salle de cinéma à La Réunion au début des années 70 ; en 1971, le préfet avait interdit à la municipalité du Port conduite par Paul Vergès de donner le nom de Lambrakis à ce stade. Un choix des communistes pour exprimer la solidarité du peuple réunionnais avec les peuples du monde en lutte pour la liberté.
Après avoir parcouru l’avenue Raymond Mondon (élu député communiste réunionnais avec Paul Vergès en 1956), qui longe le stade Lambrakis, puis remonté la rue Charles Beaudelaire (poète condamné par la Justice impériale française au 19ème siècle), puis la rue Jean Jaurès (militant communiste, fondateur du journal "L’Humanité"), en passant devant les allées Dimitile et Cimendef (des esclaves marrons de La Réunion), les randonneurs ont pris la direction du centre-ville par l’avenue Raymond Vergès (fondateur de "Témoignages"), la rue Héliar Laude (jeune Dionysien de 17 ans tué par un nervi le 15 mars 1959 devant le bureau de vote de Sainte-Clotilde), le rond-point de La Liberté et l’avenue du 20 Décembre 1848, pour rejoindre la médiathèque Benoîte Boulard, grande chanteuse réunionnaise de la liberté.
À cet endroit, il y eut une pause devant la stèle rendant hommage aux Réunionnais morts en mer sur des bateaux négriers, avant même d’avoir connu La Réunion. Le parcours a continué par l’avenue Rico Carpaye, un Portois de 17 ans tué au rond-point du Sacré-Cœur le 14 mars 1978 par des nervis du député de la seconde circonscription et du maire de Saint-Paul.
Au rond-point des Danseuses, symbole de la résistance réunionnaise par le maloya, les cyclistes ont pris la route du Cœur-Saignant. Sur cette route, on voit bien - en regardant vers le cirque de Mafate - le piton Cimendef (un esclave marron d’origine malgache, dont le vrai nom, Tsy mandefitra, signifie : "Celui qui ne courbe pas la tête").

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Ensuite, direction La Rivière des Galets par la rue du Sacré-Cœur, le rond-point Jacky, la rue Louis Michel (une institutrice solidaire de la révolte de la Commune de Paris et du peuple kanak), la rue de La Liberté et la descente vers la rivière des Galets, où les randonneurs ont pu admirer une magnifique exposition de photos des habitants de ce quartier à la fois portois et possessionnais. Et retour au Port par d’autres lieux symboliques de la liberté, où, comme dans toute l’île, le combat pour la libération du peuple réunionnais continue.

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