Education-Formation

« Des personnels d’encadrement à la découverte du système éducatif finlandais »

Témoignages.re / 31 octobre 2009

Voici le compte-rendu d’une mission d’enseignants de l’Académie de La Réunion en Finlande publié sur le site de l’Académie.

L’évolution du métier et de la formation des personnels de direction demande une ouverture de plus en plus prononcée sur l’Europe et ses différents systèmes éducatifs. C’est pourquoi, à l’aide de fonds européens (programme Comenius), 4 personnels de direction stagiaires, 2 proviseurs, ainsi que l’inspecteur établissements et Vie scolaire, sont partis à la découverte de la Finlande et de son système scolaire qui se place en tête des évaluations internationales des systèmes éducatifs (enquête PISA). Karine Marello, Christine Vimard, Valéry Bensaïd et Jean-Luc Strintz, personnels de direction stagiaire 2ème année, nous livrent leurs réflexions au retour de ce voyage.



« Notre délégation réunionnaise a été accueillie à Rovianiémi, en Laponie. Le proviseur de 7 lycées professionnels, Perrti Lakkala, lui a permis de découvrir l’organisation du système éducatif de la Finlande, de visiter plusieurs établissements scolaires du second degré et enfin de faire la rencontre de principaux, de professeurs et de responsables de l’Education.

L’enfant au centre de toutes les attentions

La société finlandaise porte une attention particulière à l’éducation des enfants et à leur bien-être. Avant 7 ans, ils restent dans les familles ou dans des crèches appelées "Day-Care". 

De 7 à 16 ans, ils intègrent la "Comprehensive school". Cette école se caractérise par une hétérogénéité stricte et une individualisation des parcours. Autre particularité, les premières notes apparaissent vers l’âge de 13 ans, en revanche, l’évaluation partagée des compétences permet aux élèves de mieux s’impliquer dans leur scolarité. 

Après 16 ans, les élèves ont accès soit à la voie professionnelle "Vocational Secondary School", soit à la voie générale "High Secondary School".
Autre particularité, ils ont également le choix de suivre les deux en parallèle. 14% des élèves sont dans ce cas et au bout de 4 ans, ils obtiennent une double qualification.


L’enseignement professionnel, qui prépare tout aussi bien à une entrée dans la vie active, qu’à une poursuite d’étude dans l’enseignement supérieur, est très fortement ancré dans le monde du travail : chantiers-école aboutissant à la réalisation puis à la vente de maisons à des particuliers, formation mixte, où se côtoient des élèves en formation initiale et des professionnels en formation continue. Les contenus de formation sont élaborés conjointement par des enseignants et des professionnels.

Les facteurs de la réussite

Les enseignants sont très qualifiés, parallèlement à leur formation disciplinaire, ils étudient pendant 5 ans les diverses méthodes pédagogiques, la psychologie de l’enfant, afin d’obtenir un master en éducation. Une fois diplômés, ils postulent sur l’établissement de leur choix qui les rémunère directement. Les enseignants font 21h/semaine devant élèves ainsi qu’une dizaine d’heures dédiées aux concertations, aux entretiens individuels, aux entretiens avec les parents, aux heures de remédiation. Pour cela ils disposent dans les établissements de bureaux individuels équipés d’ordinateurs, d’armoires de rangement. La modularité du temps scolaire, l’annualisation des services et le changement régulier d’emploi du temps pour les élèves, alliée à l’individualisation des parcours par capitalisation des acquis, rendent les redoublement très exceptionnels.

La relation professeur-élève est assez familière, le tutoiement est de rigueur mais le respect mutuel reste toujours présent. « Ce qui fait notre succès, c’est la positive attitude ! », explique un directeur. Une enseignante précise : « Lorsqu’un élève obtient un 4/20, en classe, je n’insiste que sur ces 4 points réussis, le reste est revu en soutien. Cela prend beaucoup de temps mais ça vaut la peine ». L’idée maîtresse est : « l’élève est notre client, nous n’existons pas sans lui ». Après toutes ces observations, il est évident que des différences flagrantes existent : un contexte social plus stable, une évolution dans le milieu du travail plus souple, la relation à l’élève différente. Tout ceci peut expliquer la première place du pays aux évaluations PISA. Mais comme dans tout autre pays, les jeunes Finlandais changent, les valeurs se perdent. Ces transformations représentent un défi pour la communauté éducative finlandaise ».



Commentaire :

Pour que nos enfants réussissent
Une régle d’or : les respecter

Commencer la lecture d’un article placé sous le titre « respecter les enfants » suscitera toujours le même réflexe chez les enseignants : « nous reprocherait-on de ne pas respecter les enfants ? ». Il n’est, bien entendu, pas question de cela. Respecter les enfants, cela s’adresse d’abord à l’Éducation nationale, à tous nos ministres, à tous les responsables de ce service —encore — public.
L’exemple finlandais tend à prouver que les enfants n’ont pas besoin d’être surchargés d’heures de cours, de matières enseignées et d’un invraisemblable empilement de connaissances dont on sait pourtant pertinemment qu’il sera impossible à l’enseignant de les aborder toutes dans l’année.
L’exemple finlandais démontre que, ce qui est primordial, est d’être à l’écoute des enfants. L’humiliation systématique —et le plus souvent involontaire de la part des enseignants— des enfants est banni avec soin. Pas de notes avant l’âge de 13 ans, c’est-à-dire que, de 7 ans à 13 ans, les enfants apprennent à s’auto-évaluer, à s’entraider, à reconnaître leurs points forts et faibles, etc. Pas de notes avant que l’enfant ne se connaisse.

Et quand vient le temps des notes, voici comment elles sont notifiées aux enfants : « Lorsqu’un élève obtient un 4/20, en classe, je n’insiste que sur ces 4 points réussis, le reste est revu en soutien. Cela prend beaucoup de temps mais ça vaut la peine ». Rien à voir avec les notes “châtiment” du mode d’enseignement en milieu judéo-chrétien. « Si on n’en bave pas, on n’a pas de résultats probants ». Combien de fois ai-je entendu cette affirmation péremptoire ! J’ai même eu, en 5e et 4e, un prof de lettres qui se complaisait à infliger des notes négatives en thème latin : « Untel, moins 7 sur 20 ! » clamait-il furibond et jetant la copie à terre. Respecter les enfants !
C’est de cet état d’esprit que les ministres doivent sortir l’Éducation nationale et il faudrait, pour commencer, cesser de harceler les enseignants avec des inspections gendarmesques plutôt qu’aidantes : et que j’ôte un demi point à celle-ci, et que j’ajoute un quart de point à celui-là, l’humiliation permanente, l’infantilisation plutôt que de donner les moyens d’agir.

Finlande : « Les enseignants font 21 h/semaine devant élèves ainsi qu’une dizaine d’heures dédiées aux concertations, aux entretiens individuels, aux entretiens avec les parents, aux heures de remédiation. Pour cela ils disposent dans les établissements de bureaux individuels équipés d’ordinateurs, d’armoires de rangement  ».
Quand je lis cela, je ne peux m’empêcher de penser à cette candidate à la présidentielle qui souhaitait que les enseignants fassent 35 h de présence dans les établissements mais qui avouait sa crainte de formuler publiquement cette idée.
On pouvait penser que les représentants des personnels enseignants allaient se saisir de cette déclaration pour exiger de la candidate qu’elle s’engage à ce que chaque enseignant soit pourvu d’un bureau, d’un ordi, etc. au sein de l’établissement de sorte que, sorti du travail, il puisse se consacrer à sa famille, à ses lectures, loisirs, etc. Et que non ! ça a été le refus unanime de saisir la balle au bond. Triste !

L’exemple finlandais démontre que, disposant des moyens nécessaires, les enseignants ont un contact suivi avec les parents car ceux-ci ne sont pas appelés pour entendre, au détour d’une porte (faute de moyen et de temps de les recevoir dignement) les récriminations dont leurs enfants sont l’objet.
Enfin, ce sont des Finlandais qui enseignent à des Finlandais. Il conviendrait, une fois pour toute, de sortir de ce jeu de ping-pong aussi stupide que lassant : lorsqu’il est demandé que soit enseigné le créole, c’est aussitôt le prétexte pour un lobby de crier « au loup ! », lorsque qu’il est demandé que les ensignants, au moins dans le primaire, soient créolophones, aussitôt fuse l’infamant épithète "raciste !", "anti-français !", et j’en passe. Quand donc allons-nous sortir de ce débat apauvrissant dont les enfants sont les premières victimes ?
Pour les respecter, ne conviendrait-il pas, d’abord, de les respecter dans leur langue, leur culture maternelle ?

Jean Saint-Marc


Kanalreunion.com