Education-Formation

Etre doctorant, c’est « un tremplin professionnel »

3ème Forum des jeunes chercheurs

Témoignages.re / 20 mai 2010

Le Forum des jeunes chercheurs, organisé par l’Association des docteurs et doctorants de La Réunion (ADDR), a eu lieu hier au campus du Moufia. Thème choisi cette année : “La Réunion, quels défis pour quel développement ?”. Une vingtaine de jeunes chercheurs ont présenté leurs thèses sur des sujets aussi divers que la construction des bâtiments, la protection de l’environnement, l’identité, le patrimoine culturel. Rencontre avec l’une d’entre eux, Aurélie Lenoir, 24 ans, doctorante au laboratoire PIMENT (Physique et ingénierie mathématique appliquées à l’énergie et à l’environnement).

Sur quel sujet de thèse travaillez-vous ?

- Je travaille actuellement sur le couplage des protections solaires et de l’éclairage naturel, c’est-à-dire comment mettre des protections solaires sur les bâtiments pour un confort thermique en évitant que les bâtiments deviennent sombres, se transforment en bunker. Je cherche donc un compromis. J’ai commencé mes recherches à partir du bâtiment EnerPos, premier bâtiment à énergie positive des DOM, inauguré en 2009 à l’IUT de Saint-Pierre.
La deuxième partie de ma thèse va consister à créer un label pour le bâtiment à énergie positive avec une cinquantaine d’experts internationaux. Des doctorants, mais aussi des universitaires, des professionnels du bâtiment qui viennent d’Europe, du Canada, de l’Australie, de la Corée... À partir d’un répertoire des bâtiments existants, nous allons proposer une définition internationale du bâtiment à énergie positive, puis créer un guide des techniques innovantes. Nous nous réunissons tout les 6 mois. Il y a une semaine, ces experts étaient à l’IUT de Saint-Pierre.

En quoi vos recherches répondent-elles aux besoins de la société ?

- La Réglementation thermique des DOM (RT DOM) va rendre obligatoires les protections solaires pour les logements, puis pour le secteur tertiaire. Si nous n’arrivons pas à trouver un compromis entre le confort thermique et l’éclairage naturel, eh bien, dans ces logements, on sera contraint d’allumer plus souvent les lumières. Ce qui va à l’encontre de l’objectif de maîtrise de la consommation d’énergie. Concernant le bâtiment à énergie positive, il devra être généralisé dans un futur proche, d’ici 2020.

Qu’est-ce qu’un jeune chercheur aujourd’hui...?

- Je reprendrai la définition donnée par le doyen de l’UFR de Sciences et Technologies, Jean-Pierre Chabriat. Un jeune chercheur, c’est un doctorant à Bac +5, avec 3 ans d’expérience professionnelle, c’est-à-dire le temps consacré à la thèse. C’est comme ça que je le vis. Je travaille en partenariat avec le bureau d’études IMAGEEN, qui est spécialisé dans la maîtrise de l’énergie et les énergies renouvelables. Je suis donc ingénieur de recherche chez cette entreprise et elle assure mon financement pour les 3 ans de thèse. Être doctorant, c’est un tremplin professionnel, on ne reste pas enfermé dans un laboratoire, on ne devient pas un rat de laboratoire.

... un jeune chercheur à La Réunion ? Y a-t-il des débouchés ?

- Je suis venue à La Réunion pour faire ma thèse après l’école de Physique de Grenoble et un semestre d’étude à l’École Polytechnique du Canada. Je crois que La Réunion a un énorme potentiel dans le secteur qui m’intéresse. La Réunion est en zone intertropicale, elle bénéficie de financements européens et français, et elle est voisine des pays qui vont se développer dans la zone. Beaucoup de projets se mettent en place. La Réunion est en train de devenir un laboratoire d’expériences pour la zone et même pour la métropole, qui est très en demande sur les problématiques de chaud, comme le confort d’été.
Il peut être difficile de promouvoir un diplôme obtenu à La Réunion à cause des a priori. Mais cela va venir. Par exemple, des chercheurs de l’université sont appelés à travailler avec l’Agence nationale de la recherche.

En quoi la recherche contribue-t-elle au développement de l’île ?

- Tout ce qui est des problèmes liés à l’énergie, la conception des bâtiments, tout cela est primordial. Les bâtiments ont souvent été conçus à La Réunion par des architectes de métropole non formés au climat tropical. C’est pourquoi nous avons beaucoup de bâtiments énergivores et inconfortables. Nous devons maintenant concevoir des bâtiments intelligents et adaptés au climat.

Propos recueillis par EP


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