Education-Formation

L’école pourra-t-elle faire reculer les inégalités ?

La rentrée scolaire 2015 à La Réunion pour plus de 220.000 jeunes

Manuel Marchal / 18 août 2015

Le recteur Thierry Terret a présenté hier la rentrée scolaire 2015. Tout le personnel a repris hier le travail, ils seront rejoints aujourd’hui par les élèves. Cela concerne plus de 220.000 personnes, soit près d’un Réunionnais sur quatre. L’Éducation nationale veut relever le défi des inégalités sociales, c’est une des priorités de la Refondation de l’école. À La Réunion, le territoire le plus inégalitaire de la République, cette affirmation raisonne particulièrement. D’autant plus qu’en mai dernier, une étude avait constaté combien le niveau du diplôme, et donc la réussite scolaire, contribue toujours à maintenir de fortes inégalités chez les jeunes de moins de 30 ans.

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À La Réunion, plus de la moitié des jeunes sont au chômage.

En mai dernier, l’INSEE avait publié une étude sur l’autonomisation des jeunes. Sur la base des chiffres du recensement de 2011, elle constatait qu’à l’âge de 30 ans, 24 % des jeunes Réunionnais avaient à la fois un travail et un logement. Cette moyenne cachait d’importantes disparité. 55 % des jeunes ayant un diplôme de l’enseignement supérieur avaient atteint l’autonomie, contre 10 % des Réunionnais de moins de 30 ans sortis du système scolaire sans diplôme. Les jeunes titulaires d’un CAP, d’un BEP ou d’un Bac étaient pour leur part 23 % à avoir à la fois un travail et un logement.
Cette étude montrait un lien entre le niveau du diplôme et le respect du droit à un travail et à un logement. À partir de ce résultat, un constat peut être avancé : il est bien difficile au système scolaire de ne pas contribuer à produire des inégalités.

« Une nouvelle éducation prioritaire »

Pour cette rentrée scolaire 2015, l’Académie de La Réunion rappelle que la mise en œuvre du programme de Refondation de l’école va se poursuivre. Cela passe par relever le défi des inégalités sociales. Du point de vue du ministère de l’Education nationale, cela implique « une nouvelle éducation prioritaire ».
La Réunion est le territoire le plus inégalitaire de la République. La lutte contre les inégalités doit donc effectivement s’appliquer au cœur du système éducatif. Car jusqu’à présent, ces résultats révèlent eux aussi de profondes inégalités.
Voici deux mois, les examens ont livré leurs verdicts. L’un d’entre eux sert de baromètre, c’est le bac. Le taux de réussite est scruté à la loupe, et il ne déçoit pas, car il est en constante progression. En conséquence, le nombre de bachelier augmente lui aussi. Voici deux mois, près de 10.000 jeunes Réunionnais ont obtenu ce diplôme qui permet notamment de s’inscrire dans l’enseignement supérieur. C’est le côté de l’excellence.

Plus de 4.800 jeunes sans diplôme supplémentaires

La conférence de presse de la rentrée a permis de rendre publics des chiffres qui montrent d’autres côtés de l’école, ceux de l’échec et de la sélection.
Ce système reste toujours très sélectif. Pendant que les diplômés étaient célébrés au début des longues vacances d’hiver, 4.861 jeunes avaient quitté l’école l’an dernier sans aucune qualification. Autrement dit, pour deux bacheliers, un jeune Réunionnais est sans diplôme. C’est une proportion énorme, même si elle est en diminution.
La sélection s’opère en particulier en troisième. Elle va déterminer ceux qui auront la formation la plus adaptée pour espérer décrocher un diplôme dans l’enseignement supérieur. Dans le système actuel, cela signifie un passage par les classes d’un lycée d’enseignement général et technologique. Cette année, moins de 60 % des jeunes issus de la troisième vont dans ce type d’établissement, et un peu plus de 40 % sont dirigés vers l’enseignement professionnel. Cette sélection est plus drastique à La Réunion qu’en France, sur la base des derniers chiffres disponibles pour comparer. En 2013, près de 62 % des jeunes étaient orientés en lycée général en France contre près de 55 % à La Réunion. Si en France en 2013, 75 % des jeunes orientés en lycée professionnel étaient admis en seconde professionnelle, la proportion à La Réunion était de 67 %.

Problèmes structurels pas remis en cause

Pour remédier à cette situation, l’Éducation nationale met en place des mesures qui découlent d’orientations prises pour la France. Elles sont détaillées ci-après.
Force est de constater qu’elles ne remettent pas en cause des problèmes structurels. En voici quelques-uns : en tout premier lieu, la langue d’enseignement reste le français, qui n’est pas la langue maternelle de l’écrasante majorité des Réunionnais. Cela s’accompagne d’un déficit d’enseignement de l’histoire de La Réunion, de son environnement régional et des pays qui l’ont constituée. Sur le plan de l’organisation, les plus grandes vacances sont maintenant situées en hiver, alors que cette saison est la période la plus propice aux apprentissages. En conséquence, les vacances d’été se réduisent à leur plus simple expression. Cela oblige les jeunes Réunionnais à venir à l’école en plein été tropical. Il serait intéressant de pouvoir mesurer l’influence de ces choix sur l’échec scolaire à La Réunion, et les inégalités qui en découlent.

Des jeunes prêts pour le nouveau monde ?

D’autant plus que les événements se précipitent, et montrent que le droit à l’erreur est interdit.
Les dernières projections démographiques de l’ONU ont précisé le monde dans lequel vivront à l’âge adulte les jeunes qui sont aujourd’hui à l’école. Au cours des 35 prochaines années, la population de Madagascar passera de 24 à 55 millions d’habitants. La Réunion sera à quelques heures d’avion d’une superpuissance économique et politique, l’Inde. La Chine est un partenaire historique des pays de notre région, les États-Unis cherchent à s’implanter. Dans cet environnement bouleversé, quelle sera la place de ces jeunes ? Auront-ils été préparé par le système éducatif à ce nouveau monde qui sera le leur ?


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