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L’esclavage dans l’océan Indien passé sous silence dans les nouveaux manuels d’Histoire

Éducation

Témoignages.re / 4 juin 2011

Voici une lettre d’Huguette Bello, députée-maire de Saint-Paul, adressée à Luc Chatel, ministre de l’Éducation nationale, concernant la prise en compte de la thématique de l’esclavage et des traites négrières dans l’enseignement de l’Histoire, faisant remarquer que la plupart de ces nouveaux manuels scolaires passent sous silence l’esclavage dans l’océan Indien.

« J’ai l’honneur d’attirer votre attention sur les nouveaux manuels d’Histoire de la classe de 4ème et plus précisément sur les chapitres consacrés à l’esclavage et aux traites négrières. La prise en compte de cette thématique dans l’enseignement de l’Histoire est une avancée considérable. Elle concrétise l’article 2 de la loi n°2001-434 du 21 mai 2001 tendant à la reconnaissance de la traite et l’esclavage en tant que crime contre l’humanité, qui prévoit que « les programmes scolaires (...) accorderont à la traite négrière et à l’esclavage la place conséquente qu’ils méritent ».

Je dois toutefois vous faire part de ma surprise et de ma déception en constatant que dans la plupart de ces nouveaux manuels scolaires, ces questions ont fait l’objet d’une interprétation restrictive. D’une manière générale, les éditeurs scolaires les ont abordées sous l’angle exclusif de la traite transatlantique, laissant de côté les autres régions du monde où la traite et l’esclavage ont aussi existé. Ainsi, l’océan Indien et plus particulièrement La Réunion ne sont, dans le meilleur des cas, que mentionnés sous forme de flèches muettes sur les cartes retraçant les traites négrières. La lecture des chapitres figurant dans les différents manuels scolaires est très révélatrice à cet égard.

Cette approche est contraire à ce que le législateur avait prévu lorsqu’il reconnaissait dès l’article 1er de la loi de 2001 « la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l’océan Indien » et « l’esclavage perpétrés (...) aux Amériques et aux Caraïbes, dans l’océan Indien et en Europe ».

Cette approche est également partielle par rapport aux instructions officielles relatives à la partie du programme consacrée à “L’Europe et au monde au 18ème siècle” et à son thème 3 dont l’intitulé général, “Les traites négrières et l’esclavage”, est pourtant bien explicite.

Il est regrettable que cette avancée dans l’enseignement de l’histoire fasse d’emblée l’objet d’une approche si restrictive qui confirme, de surcroît, l’idée répandue et erronée selon laquelle l’esclavage et la traite n’auraient concerné que l’espace atlantique.

Il semblerait que les éditeurs nationaux des manuels scolaires, à l’exception notable de “Le livre scolaire.fr”, aient pris surtout en considération les rubriques “connaissances” et “démarches” des instructions officielles qui l’une et l’autre ne font référence qu’à la traite transatlantique.

Certes, les inspecteurs des académies d’Outre-mer chargés des adaptations des nouveaux programmes vont atténuer ces silences. Certes, les enseignants de La Réunion combleront ces oublis. Mais vous conviendrez que, dans ces conditions, l’esclavage et la traite dans l’océan Indien seront étudiés de manière périphérique.

Je vous saurais gré de toutes les initiatives que vous voudrez bien prendre pour que tous les collégiens de 4ème aient une vision globale et précise de ces phénomènes qui non seulement ont existé pendant plusieurs siècles, mais encore ont concerné plusieurs aires géographiques. »


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