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La philosophie à école ou l’école de la liberté

Témoignages.re / 27 février 2013

Dans un rapport sur l’enseignement de la philosophie, intitulé "La philosophie, une école de la liberté" et publié en 2007, l’UNESCO fait un état des lieux de la situation à travers le monde et émet des recommandations. Parmi elles, l’enseignement de la philosophie partout et dès la maternelle.

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I/ La philosophie selon l’UNESCO ?

La déclaration de Paris, faisant suite aux journées internationales d’études menées par l’UNESCO en 1995, répète que « l’éducation philosophique, en formant des esprits libres et réfléchis, capables de résister aux différentes formes de propagande, de fanatisme, d’exclusion et d’intolérance, contribue à la paix et prépare chacun à prendre ses responsabilités face aux grandes interrogations contemporaines » . Des raisons suffisantes pour l’organisation de vouloir populariser la culture philosophique de manière internationale et à tout âge.

Selon l’UNESCO, les ateliers philosophiques ont pour objectifs d’amener les enfants à développer un sens critique, à apprendre à se poser des questions et à s’ouvrir au débat. Il n’est pas question d’apporter d’emblée des réponses, mais de les faire naître par la confrontation aux autres. Il doit enseigner par des professionnels compétents formés à cet effet.

A l’école maternelle (dès 3 ans), la philosophie est décrite comme une activité pédagogique qui propose aux élèves de réfléchir sur des questions diverses, qui va leur permettre d’apprendre progressivement à établir une situation problème, à argumenter, donc à débattre, mais également à conceptualiser (définir des termes, des notions…).

Les enjeux pour les enfants sont multiples à commencer par la capacité à penser par soi-même. Cela facilite aussi la maîtrise du langage, très important à cet âge. Cela développe l’éducation à la citoyenneté. Cela permet aussi de promouvoir les aspects culturels et interculturels.

Les apports pour les enfants qui pratiquent les ateliers philosophiques depuis le plus jeune âge sont énormes. Alors pourquoi l’enseignement de la philosophie malgré ses atouts indéniables peine tant ? Les dirigeants politiques auraient-ils peur de former des citoyens libres en pensée ?

II/ La philosophie en France : Un enseignement élitiste et inégal

En France, il faut attendre d’être en Terminale général pour avoir droit à l’enseignement de la philosophie. Les élèves de lycée professionnel, soit plus de la moitié des jeunes d’une tranche d’âge, n’y ont eux, pas droit. Une première discrimination. Concernant la préconisation de l’UNESCO d’enseigner la philosophie dès le périscolaire (dès 3 ans), certaines écoles, une minorité, en font l’expérience (positive). Donc là encore une inégalité s’installe. Faute de volonté politique pour une application dans toutes les écoles de France, certains enfants y ont accès, mais la très grande majorité en est privée.

Par ailleurs, en son temps, l’ancien ministre Xavier Darcos avait fustigé les maternelles disant qu’elles n’étaient bonnes « qu’à changer les couches-culotte », ce genre de réflexion montre aussi que les dirigeants français ne sont pas toujours prêts à accorder aux enfants le droit d’accéder à une éducation, et encore moins le droit à la réflexion dès le plus jeune âge.

III/ A La Réunion : le cercle philosophique réunionnais s’illustre.

A La Réunion aussi des écoles et des collèges se mobilisent pour permettre aux élèves d’avoir des cours de philosophie le plus tôt possible. Au collège de Montgaillard par exemple, des cours de philosophie sont dispensés à quelques classes. Même si toutes les classes ne sont pas concernées, on peut saluer l’initiative menée dans cet établissement.

L’association Le cercle philosophique réunionnais s’engage dans des actions en faveur de la promotion de l’enseignement de la philosophie à La Réunion et cela dès le plus jeune âge. Elle se tourne résolument vers la valorisation de la pensée réunionnaise et pour que « chacun puisse penser de façon libre, solidaire et responsable, à la fois en Réunionnais et en citoyen du monde. » Le cercle philosophique s’illustre par la grande richesse et la diversité de ses actions : conférences, expositions, projection de film..., et aussi par des interventions bénévoles dans les classes.

L’intervention du cercle philosophique au collège Montgaillard

Dans ce cadre, Lucien Biedinger (Lulu), ancien professeur de philosophie, intervient bénévolement dans les classes qui le souhaitent.

Le jeudi 21 février, il intervenait avec des élèves de SEGPA du collège de Montgaillard sur le thème de la violence. Pendant une heure, les élèves ont pu échanger sur la violence physique, intra-familiale, et de manière plus singulière sur la violence de la misère. Après un court extrait de film, les élèves se sont essayés au questionnement. Pourquoi de la violence, quelles conséquences et quelles solutions ? Écouter l’autre, exprimer un point de vue différent sans dénigrer ni insulter l’autre, chercher des arguments pour se défendre sur un thème particulier, ce ne sont pas des exercices faciles pour des adolescents, mais c’est pourtant bien ce qu’ils ont réussi à faire pendant une heure. Les élèves ont beaucoup apprécié ce moment d’échange où leur parole n’était pas brimée, mais où, au contraire, elle était valorisée. Ils ont eu l’impression d’avoir contribué à faire avancer les choses, d’avoir été utiles et c’était important pour eux. Des "ateliers philo", les marmailles en redemandent !

Lulu, professeur de philosophie qui n’a jamais pu exercer son métier

Comme expliqué dans l’article, Lulu est professeur de philosophie de profession. Arrivé à La Réunion, il s’engage au PCR. Avec le père Reynold, il fait partie des personnes expulsées de l’île à cause de leur engagement.

Le jour de son retour sur l’île, alerté par la brigade de l’air, le JIR titre "le loup de retour dans la bergerie". Le journal crie au scandale et demande que le rectorat ne l’accepte pas dans les écoles réunionnaises. Chose faite ! Il travaillera alors à Témoignages chrétien, puis à Témoignages, mais Lulu ne pu jamais enseigner la philosophie et exercer ce métier pour lequel il était formé. C’est un véritable gâchis.


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