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Neuf sujets de réflexion…

Les épreuves du Baccalauréat en philosophie

Témoignages.re / 19 juin 2012

Hier matin a commencé pour environ 11.000 jeunes Réunionnaises et Réunionnais, âgés d’environ 17-18 ans pour la plupart, l’examen final de leur parcours scolaire depuis les classes de Maternelle jusqu’à celles de Terminal. Cet examen s’appelle le Baccalauréat et il comporte des épreuves dans plusieurs matières : littérature, mathématique, sciences physiques et naturelles, histoire et géographie, etc.

La première de ces épreuves est la dissertation philosophique. Elle dure 4 heures, au cours desquelles chaque élève doit répondre seul, par écrit et le mieux possible, à l’un des trois sujets qui leur sont proposés.
Selon la série dans laquelle la candidate ou le candidat au Baccalauréat s’est inscrit, la note qui lui est donnée sera multipliée par 7 (série L), par 4 (série ES) ou par 3 (série S). Ce coefficient permet donc à l’élève d’accumuler le nombre de points positifs, ou alors son retard de points, qu’il devra donc rattraper dans les autres matières s’il veut au mieux obtenir son Baccalauréat, voire avec une mention positive.

C’est cela "l’amour de la sagesse"

Nous publions ci-après les 9 sujets de réflexion proposés hier aux candidats du Baccalauréat à La Réunion. Ce sont 9 sujets (trois par série) sur lesquels les élèves devaient montrer qu’ils sont capables de réfléchir par eux-mêmes sur divers problèmes humains, de se poser des questions sur le sens et le contenu de notre existence, de cultiver leur esprit critique pour analyser au mieux dans quelle société nous vivons et pour la transformer.
C’est cela "l’amour de la sagesse", non ? C’est-à-dire, au sens étymologique, la philosophie, que l’UNESCO appelle « une École de la Liberté » et que cette instance internationale invite tous les États à enseigner aux marmay dès l’école maternelle…

Sujets de la série L

• 1 : Peut-on s’engager sans renoncer à sa liberté ?

• 2 : Sait-on ce qu’on désire ?

• 3 : Expliquer le texte suivant :

Chacun de nous a sa manière d’aimer et de haïr, et cet amour, cette haine reflètent sa personnalité tout entière. Cependant, le langage désigne ces états par les mêmes mots chez tous les hommes ; aussi n’a-t-il pu fixer que l’aspect objectif et impersonnel de l’amour, de la haine, et des mille sentiments qui agitent l’âme. Nous jugeons du talent d’un romancier à la puissance avec laquelle il tire du domaine public, où le langage les avait ainsi fait descendre, des sentiments et des idées auxquels il essaie de rendre, par une multiplicité de détails qui se juxtaposent, leur primitive et vivante individualité. Mais de même qu’on pourra intercaler indéfiniment des points entre deux positions d’un mobile sans jamais combler l’espace parcouru, ainsi, par cela seul que nous parlons, par cela seul que nous associons des idées les unes aux autres et que ces idées se juxtaposent au lieu de se pénétrer, nous échouons à traduire entièrement ce que notre âme ressent : la pensée demeure incommensurable avec le langage.

Texte de Bergson, "Essai sur les données immédiates de la conscience".
La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.

Sujets de la série ES

• 1 :
Peut-on se voir tel que l’on est ?

2 : La technique résout-elle tous les problèmes qui se posent au travail ?

• 3 : Expliquez le texte suivant :

Le discours qui suscite la bienveillance chez les juges, c’est celui-là qui est à même de persuader. Or, ce n’est pas le discours rhétorique qui suscite la bienveillance, mais le discours sans apprêt*, qui laisse apparaître la marque de l’homme ordinaire. De fait, tous sont opposés au discours de l’orateur parce qu’ils détestent sa surabondance : car, même si ce sont des choses justes que l’orateur établit, ils ont l’impression que ce n’est pas la nature des faits, mais l’artifice de l’orateur qui les leur fait apparaître justes. Au contraire, tout un chacun est favorable au discours de l’homme ordinaire, qu’il tient pour faible, et attribue plus de justice à ce qui est moins juste, parce que celui qui l’établit est un homme ordinaire qui s’exprime sans apprêt. C’est pour cette raison qu’il n’était pas permis autrefois aux Athéniens de procurer un défenseur à ceux qui étaient jugés devant le conseil de l’Aréopage** : mais c’est sans subtilité et sans ruse que chacun, dans la mesure de ses moyens, parlait pour se défendre. En outre, si vraiment les orateurs avaient foi en leur propre capacité de persuasion, ils n’auraient pas besoin de provoquer ni pitié, ni lamentations, ni indignation, ni tout autre sentiment de ce genre — toutes choses qui, en vérité, ne persuadent nullement, mais faussent l’opinion des juges et obscurcissent la justice.

* Sans apprêt : sans artifice. ** Aréopage : tribunal d’Athènes.

Texte de Sextus Empiricus, "Contre les rhéteurs".

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.

• 1 : Puis-je ne pas être moi-même ?

• 2 : Le travail peut-il être autre chose qu’un moyen de satisfaire des besoins ?

• 3 : Expliquez le texte suivant :

Quant à l’efficacité de la force et de la rigueur pour modifier les opinions des hommes, l’histoire est remplie d’exemples de leur essai ; mais à peine trouvera-t-on un cas où une opinion ait été éradiquée par les persécutions, sauf là où la violence qui s’est exercée à son encontre s’est employée en même temps à exterminer tous ceux qui la professaient. Je désire seulement que chacun consulte son propre cœur et qu’il en fasse l’expérience : la violence peut-elle contraindre les opinions ? Les arguments eux-mêmes, lorsqu’ils sont poussés avec trop de chaleur, ne nous rendent-ils pas encore plus obstinés dans nos opinions ? Les hommes sont en effet fort soucieux de préserver la liberté de cette partie d’eux-mêmes en quoi réside leur dignité d’hommes et qui, si on pouvait la contraindre, ferait d’eux des créatures très peu différentes des bêtes brutes. Je pose la question à ceux qui, récemment, ont eux-mêmes résisté avec constance à l’emploi d’une force qui s’est révélée sans efficacité, et qui ont montré à quel point elle était incapable de l’emporter sur leurs opinions, alors qu’ils s’empressent aujourd’hui de l’exercer sur les autres : toute la rigueur du monde pouvait-elle les rapprocher d’un seul pas d’une adhésion intime et sincère aux opinions qui prédominaient alors ? Et qu’ils ne viennent pas me dire que c’est parce qu’ils étaient assurés d’être dans le vrai, car, dans ce qu’il croit, tout homme est persuadé qu’il a raison.

Texte de Locke, "Essai sur la tolérance".

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.


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