Education-Formation

Tenir compte de notre culture réunionnaise à tous les niveaux

Contribution de Benoît Blard, ancien président du CDPE-FCPE

Témoignages.re / 6 décembre 2012

Souvent, dans une réunion de parents d’élèves, que ce soit dans une école, un collège ou au lycée, on me demande : « Mais quelle différence y a-t-il entre la FCPE et une autre association de parents d’élèves ? ».

Cet article peut avoir pour ambition de tenter d’y répondre.

Je lisais récemment dans une lettre bimensuelle "La Famille et l’École", celle du 20 octobre 2012 de la FCPE, des positions ou des actions en France métropolitaine qui peuvent rejoindre tout à fait des analyses que l’on peut faire ici à La Réunion.

Ceux qui écrivent, ils le font pour les adhérents — 300.000 familles —, mais lisent les articles, les inspecteurs, les recteurs, le ministre.

Combien d’actions concernent des mairies (écoles), des Conseils généraux (collèges) et des Conseils régionaux pour les lycées ?

Un maire qui ne voit pas l’importance d’installer une climatisation dans un local où une CLIS (classe d’intégration scolaire) qui transpire sous 35°C en longueur de journée, malgré l’insistance de son directeur ou du Conseil d’école, peut le faire sous l’injonction d’un inspecteur, d’un recteur, alertés du même problème !

Nos revendications quotidiennes sont multipliées par 300.000 en France hexagonale ou dans les autres départements insulaires comme nous.

Refonder la pédagogie pour refonder l’école

Lors d’une rencontre avec le ministre de l’Éducation nationale, la FCPE a plaidé de nouveau pour la fin du triptyque notes-devoirs-redoublement.

« La refondation sera pédagogique ou ne sera pas ». C’est ce qu’affirme le rapport de la concertation sur la refondation de l’École. Et c’est ce qu’a plaidé la FCPE devant le ministre de l’Éducation nationale le 19 octobre lors de la première réunion de consultation sur la future loi. Remise en cause du "triptyque" notes/devoirs/redoublement, transformation de la relation pédagogique en classe, formation professionnelle initiale et continue des enseignants, tous ces éléments devront figurer dans la loi pour que l’École assure enfin la réussite de tous. Le ministre a assuré que la transformation pédagogique faisait partie des acquis de la concertation et rappelé qu’elle se trouvait dans les arbitrages du président de la République.

En ce qui concerne la formation des enseignants, la FCPE a rappelé sa demande d’une formation initiale plus longue que ce qui existait avant la suppression des IUFM et que la formation continue soit obligatoire.

Le ministre partant sur l’hypothèse d’un recrutement en fin d’année de Master (M1), avec un statut de professeurs-stagiaires pour la deuxième année de Master, la FCPE a soutenu, elle, le principe d’une entrée sur examen à la fin de la Licence (L3) dans les Écoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE), débouchant sur une formation professionnelle en deux ans, en alternance et avec simultanément des contenus académiques et professionnels, avec un concours de recrutement à la clef (en fin de Master 2).

Le ministre a bien rappelé la vocation des futures ESPE à former aussi bien les enseignants que les autres personnels éducatifs, dans et hors Éducation nationale, mais il envisage d’y parvenir en plusieurs temps, sur la mandature.

Nous rajouterons, en ce qui nous concerne, nous les Réunionnais — ou pour tout territoire ayant une langue et une culture régionale fortes — d’en tenir compte à tous les niveaux, tant dans la formation initiale, continue, devant les élèves, afin qu’on cesse d’avoir encore dans nos têtes seulement : « nos ancêtres les Gaulois ».

Afin qu’on apprenne dans nos écoles notre Histoire, notre géographie, notre littérature, nos chansons, notre créole, notre océan Indien d’abord.

Benoît Blard, ancien président départemental CDPE (Conseil départemental des parents d’Elèves-FCPE)

• La refondation

Récemment, des réunions ont eu lieu ici ou là autour de la Refondation de l’École. Les mouvements d’éducation périscolaire sont concernés ; la Ligue de l’Enseignement souhaite contribuer au débat des rythmes scolaires en essayant de mettre en perspective le rôle des associations qui œuvrent dans l’éducation populaire : rythmes sociaux, rythmes familiaux, rythmes de vacances, au-delà des rythmes scolaires, quels temps pour les autres temps ? Chronobiologistes, psychosociologues, directeurs d’IUFM (Institut universitaire de formation des maîtres) y ont réfléchi à Toulouse le 13 novembre.

Par ailleurs, pour la Fédération des Conseils de Parents d’Élèves, refonder l’école, c’est aussi assurer a minima la liberté de préférer l’école publique, gratuite et laïque. Tout cela devrait être réglé dans la future loi d’orientation et de programmation, même si le sujet n’a pas été abordé lors de la concertation.
• Éducation à l’alimentation

L’analyse vient de Charente : alors que la loi du 30 septembre 2011 oblige les établissements scolaires à proposer une offre de restauration de qualité, répondant aux objectifs du Plan national Nutrition Santé et que la loi de santé publique 2004 a supprimé les distributeurs automatiques de boissons et friandises sucrées dans les établissements scolaires, des machines de ce type sont encore installées juste derrière les grilles — ici, les bars ou autres pizzerias et toutes leurs boîtes de jus artificiels !

Comment peut-on autoriser (cela concerne ici les maires) ces sollicitations marchandes qui vont à l’encontre des politiques de prévention ?

La FCPE demande qu’un périmètre de protection soit établi autour de nos écoles, collèges et lycées !
• Livret de compétences

Ceci vient de nos camarades de Paris ; dans une déclaration de son Conseil d’administration, la FCPE Paris demande la plus grande vigilance concernant le livret personnel de compétences (ce triptyque que vous signez par périodes pour votre enfant à l’école primaire) ; alors que l’outil a été simplifié, les parents d’élèves souhaitent qu’il soit supprimé. « Si certaines compétences acquises à l’école peuvent être envisagées comme des compétences, toutes les connaissances ne sauraient se résumer en un socle d’utilités, validées au fur et à mesure de leur évaluation selon une grille d’items, dont les résultats suivraient l’élève de 3 à 25 ans ».

Nous refusons, continue la FCPE parisienne, un socle commun prétexte à des pratiques généralisées d’évaluation et de contrôle transposant dans l’école ce qui se fait dans l’entreprise. Nous réaffirmons la promesse éducative faite à tout jeune de l’appropriation de savoirs, de pratiques et d’outils visant d’abord au développement personnel et citoyen, affranchi de toute marchandisation des individus.
• Temps éducatifs : les enfants d’abord

La FCPE attend que les engagements pris soient respectés.

Nous revenons sur les rythmes scolaires, pardon, c’est tellement important.

Réformer l’organisation de la journée scolaire des enfants, de la semaine et de l’année est une entreprise compliquée tant ces éléments pèsent sur l’organisation de la société dans son ensemble.

La FCPE le sait bien, elle qui bataille depuis des années pour faire primer l’intérêt supérieur des enfants dans ce domaine aussi.

Aujourd’hui, le choix du ministre est conditionné par des tensions contradictoires. Il y a l’intérêt de l’enfant, qui commande le temps scolaire à 5 heures par jour et d’étaler sur la semaine et l’année. Donc de supprimer deux semaines l’été (juillet-août en métropole) pour ne pas faire perdre d’heures de classe aux élèves. Il y a l’intérêt des enseignants, qui ne veulent pas travailler plus de jours sans compensation même à nombre d’heures annuel inchangé. Il y a les intérêts des collectivités (communes, Conseil général, Conseil régional), qui ont peur de devoir payer pour le temps que l’Éducation nationale n’assurera plus.

Et il y a les intérêts de l’industrie du tourisme (problématique purement hexagonale !), qui ne veut pas que la durée annuelle des vacances diminue et leurs bénéfices avec.

Lors de sa consultation par Vincent Peillon, Ministre de l’Éducation, sur la loi d’orientation et de programmation vendredi 19 octobre, la FCPE a continué à faire valoir l’intérêt supérieur des enfants et la nécessité d’organiser le temps éducatif en fonction d’eux et d’eux seulement, en articulant étroitement temps scolaire et temps périscolaire. Et elle a rappelé les engagements de François Hollande, candidat à l’élection présidentielle, devant la FCPE et la JPA (Jeunesse au Plein Air) : pas de réduction du temps de classe, allongement de l’année scolaire et semaine de 4 jours et demi. (Lundi, mardi, jeudi, vendredi + mercredi matin ou samedi matin).
• RASED

Le Réseau d’Aide Spécialisée aux Enfants en Difficulté avait été contesté par le gouvernement précédent.

Alors que le rapport de la concertation a été remis au ministre de l’Éducation nationale et que les premières négociations sont engagées, les deux fédérations nationales des associations d’enseignants spécialisés (FNAME et FNAREM) ainsi que l’Association française des psychologues de l’Éducation nationale (AFPEN) s’interrogent sur l’absence de référence faite au dispositif RASED.

Ne parlons pas du cas de l’Académie de La Réunion, encore plus grave qu’au plan national, dans ce domaine particulier, aussi !
• Précarité

C’est ATD Quart Monde qui s’exprime ; Que faire face au gâchis que représente l’échec scolaire, avec plus de 150.000 enfants (chiffre à l’échelon hexagonal) sortant chaque année du système sans diplôme ? Un projet d’école ne peut se distinguer d’un projet de société. Pour ATD Quart Monde, qui lutte depuis plus de cinquante ans contre la misère, l’échec n’est pas inéluctable. Mais la réussite scolaire de tous les enfants ne peut être envisagée que si les familles vivant dans la pauvreté sont vraiment partie prenante, avec tout ce qu’elles peuvent apporter. Dans l’ouvrage "Quelle école pour quelle société ?", parents de milieux très défavorisés ou non, enfants, jeunes, enseignants, chercheurs, pédagogues, syndicalistes s’expriment et disent comment construire ensemble l’école de la réussite de tous. Ce livre politique reprend l’essentiel du travail de réflexion mené par ATD Quart Monde au cours de plus d’une centaine de débats en France. L’état des lieux est suivi de propositions innovantes.

www.editionsquartmonde.org


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