Energies

Accélérer l’autonomie énergétique du pays

La traduction d’une volonté politique présente dans le "Plan immédiat de survie" de 1975

Manuel Marchal / 7 juillet 2010

La marche vers l’autonomie énergétique s’accélère avec la mise en application des fiches actions du PRERURE présentées le 6 mai 2008 par l’Agence régional de l’énergie Réunion lors d’une conférence de presse tenue par Paul Vergès. 11 ans après le lancement du mot d’ordre de l’autonomie énergétique pour 2025 par l’ancien président de la Région, les outils se mettent en place. Après la présentation du démonstrateur d’énergie thermique marine, La Réunion connaîtra demain celle du premier site de stockage de l’électricité à Saint-André. Vendredi, Sainte-Rose sera une nouvelle fois à l’honneur à l’occasion de l’inauguration du quatrième réservoir de la centrale hydroélectrique.

C’est en 1975, dans le "Plan immédiat de survie" publié par le Parti communiste réunionnais, qu’est évoquée pour la première fois l’utilisation massive des énergies renouvelables à La Réunion. À l’époque, les usines sucrières recyclent la bagasse et vendent déjà de l’électricité depuis plusieurs années. Mais c’est dans cette première moitié des années 70 que se construit dans notre île un plan cohérent de développement intégrant les énergies nouvelles qui sont l’éolien, le photovoltaïque, le gaz de bagasse.
Il se situe dans le prolongement du changement amené en 1971 par la victoire des listes progressistes dans les communes de La Possession, du Port et de Saint-Louis lors des Municipales. Dès 1971, une délibération votée par le Conseil municipal du Port donne les orientations d’un premier plan d’aménagement. C’est le point de départ du reboisement de l’Ouest du pays, à partir de la plaine des Galets. Aussi, quatre ans plus tard, le "Plan immédiat de survie" prévoit d’aller encore plus loin que ces premières expérimentations. Cela sera possible avec le dépassement de l’échelon communal, avec également l’évolution de la réglementation qui transfère à la Région la responsabilité de planifier une politique énergétique.

« La Réunion a un siècle d’avance »

En 1998, l’arrivée à la Direction de la Région de l’équipe conduite par Paul Vergès va permettre de mettre en application ces orientations. Car si jusqu’alors, quelques initiatives pilotes avaient déjà eu lieu, comme le gîte solaire des Tamarins, la nouvelle Direction de la Région allait donner une impulsion tellement forte que dix ans plus tard, Jean-Louis Borloo, le ministre de l’Écologie, n’a pas hésité à déclarer que « La Réunion a un siècle d’avance ».
Dès 1999, un objectif est fixé : atteindre l’autonomie énergétique en 2025 avec les énergies renouvelables. Pour cela, toute une série d’outils sont créés. C’est tout d’abord l’Agence régionale de l’énergie Réunion, créée en décembre 2000. C’est ensuite le PRERURE (Plan régional des énergies renouvelables et de l’utilisation rationnelle de l’énergie) qui travaille à réaliser une feuille de route pour atteindre l’objectif de l’autonomie énergétique en 2025. Les différents partenaires de ce plan sont la Région, plusieurs collectivités locales, l’ARER, l’ADEME et EDF. Cela passe par la maîtrise de la consommation en énergie, et la valorisation de nouvelles filières dans les énergies renouvelables.

Valorisons nos atouts

Le 6 mai 2008, la Région et l’ARER présentent les nouvelles fiches actions du PRERURE. Chaque fiche résume une action concrète (voir encadré).
Après l’énergie thermique marine, c’est donc une réalisation inscrite dans une autre fiche-action de la feuille de route réunionnaise pour l’autonomie énergétique en 2025 : le stockage de l’énergie. C’est un premier pas vers la transformation du réseau électrique du 20ème siècle en réseau intelligent du 21ème siècle, capable d’utiliser tout le potentiel des énergies présentes en abondance à La Réunion.

Manuel Marchal


1975 : les énergies renouvelables dans le "Plan de survie" publié par le PCR

« Priorité à la production électrique d’origine hydraulique (...). La production d’électricité à partir de la bagasse (...). La fabrication de gaz méthane à partir de la paille de canne. L’utilisation du dixième de la paille de cannes existante suffirait à produire l’équivalent de tout le butane utilisé aujourd’hui à La Réunion ». Ce sont quelques extraits de la partie énergie du Plan immédiat de survie présenté lors de la conférence extraordinaire du PCR qui s’est tenue le 28 avril 1975, au cinéma Labourdonnais du Port.
Dans ce document, le PCR demandait l’installation d’une antenne de Centre national d’études spatiales pour la recherche et l’application immédiate de ces nouvelles sources d’énergie : l’énergie éolienne, l’énergie géothermique, l’énergie de la mer, l’énergie solaire. « L’énergie fournie par le soleil sur toute la terre est 100.000 fois plus grande que celle de toutes les centrales électriques du monde ».


Économisons près de 600 millions d’euros par an

591 millions d’euros : c’est la somme payée par les Réunionnais pour acheter le carburant et le charbon qui sont utilisés dans notre île dans les transports et pour la production d’électricité.
L’autonomie énergétique, c’est libérer les générations futures de cette charge qui pèse sur l’économie du pays. Voilà un des objectifs du plan lancé en 1999 par Paul Vergès.


Les dernières propositions du PRERURE

• Le mix énergétique
Le mix énergétique consiste à imaginer quelles seront les différentes énergies renouvelables qui entreront dans la composition de la production d’électricité en 2025. Ce travail a débouché sur la réalisation de STARTER, qui prévoit notamment que le charbon sera remplacé par l’énergie thermique des mers et la géothermie. Ces deux énergies renouvelables couvriront 25% de la consommation réunionnaise tandis que la production d’algues pourra fournir suffisamment de carburant pour alimenter un vol d’Airbus A380 entre La Réunion et l’Europe.

• Le stockage
Le stockage d’électricité vise à favoriser l’arrivée d’une grande quantité d’énergies intermittentes sur le réseau électrique. L’objectif est de stocker le surplus produit par les éoliennes et les panneaux solaires pour le réinjecter dans le réseau durant les périodes creuses de production. C’est ce type d’installation qui sera présentée à la presse en présence du préfet demain.
L’autre type de stockage est celui des moteurs des véhicules électriques. Il était prévu que des centrales photovoltaïques captent l’énergie du soleil le long de la route des Tamarins pour ensuite donner du carburant aux voitures.

• Le droit à l’expérimentation
Pour atteindre l’autonomie énergétique, il est important que la réalité réunionnaise soit prise en compte par des règlements spécifiques. L’avance prise par La Réunion dans le domaine des énergies renouvelables peut être l’occasion d’appliquer un droit à l’expérimentation. Cette proposition du PRERURE a été validée quelques mois plus tard par l’État, car désormais, il n’est plus possible d’équiper un logement neuf avec un chauffe-eau qui n’est pas un chauffe-eau solaire.

• Les énergies de la mer
La DCNS a présenté récemment les avancées de ce projet lancé par la précédente équipe à la Région. Les prospections faites en 2008 ont été décisives pour les dimensions du projet.
Des prélèvements à 1.000 mètres de profondeur ont permis d’estimer la température de l’eau à 5,1 degrés. Un procédé technique (SWAC) pourrait permettre d’utiliser cette eau de mer profonde pour alimenter en froid et en climatisation une partie importante de La Réunion.
La fiche-action du PRERURE met aussi l’accent sur l’utilisation de l’énergie de la houle à Saint-Pierre, et de celle des courants marins dans la baie de Saint-Paul.

• Agriculture et énergies renouvelables
Cette fiche-action propose une nouvelle source de revenu aux agriculteurs, avec la création de fermes agri-solaires par exemple. Les planteurs de cannes ne seraient alors plus les seuls producteurs d’électricité, mais les maraîchers et les éleveurs pourraient valoriser leurs bâtiments tout en développant une activité agricole permettant d’aller vers l’autosuffisance alimentaire.



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  • Vous dites dans l’encadré sur le “Plan de Survie” :

    « Dans ce document, le PCR demandait l’installation d’une antenne de Centre national d’études spatiales pour la recherche et l’application immédiate de ces nouvelles sources d’énergie : l’énergie éolienne, l’énergie géothermique, l’énergie de la mer, l’énergie solaire. “ L’énergie fournie par le soleil sur toute la terre est 100.000 fois plus grande que celle de toutes les centrales électriques du monde” ».

    Il ne s’agirait pas plutôt d’une antenne du CNRS (Centre national de recherche scientifique) ? Est-ce une confusion entre les deux institutions ou est-ce que les lignes qui précèdent ont été écrites par quelqu’un qui n’a pas lu le Plan de Survie ?
    Pour éviter une prochaine erreur, est-ce qu’il ne serait pas plus simple de citer des passages plus importants du document de 1975 : tout ce qui se rapporte aux énergies en fait.

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