Energies

Coup porté à la dynamique de l’industrie photovoltaïque

Un changement de réglementation défavorable

Céline Tabou / 25 août 2010

RFO-Télé annonçait lundi soir le désengagement à La Réunion de BP Solar, spécialiste dans le photovoltaïque. En réalité, BP Solar a toujours une agence dans notre île, chargée d’assurer le service après-vente et les contrats signés, mais pas de projet d’investissement dans de nouvelles centrales à l’horizon.

La filiale de BP avait décidé en début d’année de changer de stratégie, en restructurant son service réunionnais. Aujourd’hui, Jean-Claude Antoviaque, responsable de l’agence, a expliqué que BP Solar ne quitterait pas La Réunion, et que l’agence resterait « pour assurer le service après-vente, suivre les constructions, et les contrats signés jusqu’à présent ». Ce dernier a précisé que « tous les nouveaux projets ont été cédés à des partenaires de la compagnie ».
De nombreuses entreprises photovoltaïques, tel que BP Solar, vont devoir revoir leurs stratégies, car les conditions d’investissements ne sont plus aussi favorables qu’auparavant. La mauvaise gestion de la filière photovoltaïque, par le gouvernement (instabilité des tarifs de rachat et de crédits d’impôt, restrictions budgétaires...), a conduit l’industrie photovoltaïque dans un flou. D’où un manque de visibilité qui pénalise les investissements.
D’autant que les mesures gouvernementales à venir, notamment la chasse aux "niches fiscales", ne vont pas inciter les entreprises, comme BP Solar, à investir à La Réunion. Car les aides versées aux projets d’énergies renouvelables sont considérées comme des "niches fiscales". Et le gouvernement veut économiser 10 milliards d’euros dès 2011 en agissant de la sorte.

Une "niche fiscale"

Dans le cadre général du budget 2011, fixé vendredi 20 août par Nicolas Sarkozy, la croissance devrait être moins forte qu’escomptée, 2% au lieu de 2,5%. Cependant, les contraintes budgétaires restent identiques avec un déficit censé passer du niveau de 8% du PIB à 6% en 2011. Pour pouvoir répondre aux attentes de Bruxelles, soit 3% autorisé par les traités européens, d’ici 2013, François Baroin, ministre du budget, a décidé de s’attaquer aux niches fiscales, qui ne sont pas seulement un cadeau fiscal pour les plus riches. En favorisant, attirant les capitaux à La Réunion en vue d’investir, ces "niches fiscales" aident de nombreuses familles démunies car elles créent de l’emploi.
L’économie de 10% sur les niches fiscales frappera, selon "Les Échos", presque toutes celles déjà soumises au plafonnement global de 20.000 euros par contribuable. Parmi elles figurent les réductions d’impôt au titre de l’investissement Outre-Mer. Le crédit d’impôt développement durable, qui encourage les particuliers à entreprendre des projets verts, notamment le photovoltaïque, va être très fortement raboté. En effet, le coût de ce dispositif a été deux fois supérieur aux prévisions de l’an dernier. Ce qui signifie que les familles désirant investir dans l’énergie solaire ne seront pas exemptes d’impôts, car le crédit d’impôt sur les installations photovoltaïques devrait être réduit de 50% à 25%, ce qui représente une économie de 400 millions d’euros pour l’État.
Le ministre du Budget François Baroin annonce que "les publics fragiles" et la "politique familiale" ne seront pas concernés par ce plan de rabotage. Cependant, des familles réunionnaises ont fait le pari d’investir dans l’énergie solaire afin de payer moins d’impôt, et de protéger l’environnement. Autant dire que ces mesures risquent de briser l’élan des Réunionnais à investir dans l’énergie solaire.

Céline Tabou


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