Energies

« Énergie : la France se met à croire à la filière solaire »

Dans "le Monde"

Témoignages.re / 4 août 2009

Voici l’article de "une" du "Monde" du 24 juillet dernier annonçant le plan gouvernemental de développement de l’énergie solaire. Les intertitres sont de "Témoignages".

En parrainant l’annonce d’une usine de panneaux solaires co-financée par EDF Énergies nouvelles (EDF EN) et le fabricant américain de modules photovoltaïques First Solar, le ministre de l’écologie et de l’énergie a réaffirmé, jeudi 23 juillet, les ambitions du gouvernement : faire de la France un leader mondial des énergies renouvelables. "Cette initiative servira d’exemple et sera le premier d’une longue liste d’investissements et d’emplois verts en France", a souligné Jean-Louis Borloo. Des investissements qui doivent déboucher sur "une production d’électricité solaire compétitive". Le développement d’autres filières (solaire thermique, éolien, biomasse, géothermie...) est "tout aussi important", précise-t-il au Monde, et "le gouvernement soutient tout ce qui va de l’avant". À commencer par la technologie française.

Création d’une ARER mondiale

"Des investissements étrangers en France, c’est bien ; le développement des technologies françaises en France, c’est mieux", insiste-t-il. Une force de frappe (CEA, CNRS, IFP, BRGM...) a été regroupée au sein de l’Institut national de l’énergie solaire (INES), créé à Chambéry en 2006. M. Borloo a aussi demandé à EDF EN de soutenir la filière française pour le solaire intégré dans le bâtiment, porté par les industriels Photowatt et Tenesol, filiale commune d’EDF et de Total.
Quant à la "stratégie mondiale" de promotion des énergies non-fossiles, elle passe, selon le ministre de l’écologie, par l’Agence internationale des énergies renouvelables (IRENA), installée dans l’éco-cité de Masdar City (Abou Dhabi) et dirigée par la Française Hélène Pelosse, ex-collaboratrice de M. Borloo. Un double choix fait en juin, à l’arraché et à la barbe des Allemands et des Espagnols, par près de 160 pays.
Ces initiatives politiques et industrielles répondent à la stratégie esquissée par le président de la République, le 9 juin, lors de sa visite à l’INES. La France, dont la politique du "tout nucléaire" a réduit les autres énergies à la portion congrue, doit rattraper son retard.
"Nous allons prendre dans les énergies renouvelables un virage aussi important que le général de Gaulle pour le nucléaire dans les années 1960. Ce n’est pas l’un ou l’autre. C’est l’un et l’autre", avait prévenu Nicolas Sarkozy, suscitant le scepticisme des écologistes, qui rappellent les sommes énormes investies dans le nucléaire. "Là où nous dépensons un euro pour le nucléaire, avait-il annoncé, nous dépenserons le même euro pour la recherche sur les technologies propres et la prévention des atteintes à l’environnement."

Tarif de rachat attractif

"On fait feu de tout bois", reconnaît M. Borloo. Le projet de la filiale d’EDF et du numéro 1 mondial des panneaux solaires sert la stratégie gouvernementale : la construction prochaine en France - on évoque les Alpes-de-Haute-Provence - d’une unité de production qui générera 300 emplois. EDF EN et First Solar se partageront l’investissement (45 millions d’euros chacun) dans une usine qui produira des modules pour une capacité initiale de 100 MW par an, utilisant la technique des couches minces. Ils seront livrés à EDF EN et installés en France.
"C’est un acte de foi dans le marché français et son grand potentiel", affirme Mike Ahearn, PDG de First Solar. Comme son homologue d’EDF EN, Pâris Mouratoglou, il se félicite que l’État ait créé les conditions nécessaires à cette implantation. Notamment par la programmation des futures capacités (5.400 MW en 2020) et l’assurance donnée aux industriels que le tarif de rachat par EDF de l’électricité sera maintenu pendant une durée suffisante avant que la filière puisse vivre sans subventions.
Par sa population, son ensoleillement et ses technologies, la France a de gros atouts pour devenir un "grand marché", assure M. Mouratoglou. Elle doit maintenant créer une filière allant de l’amont (fabrication de modules) à l’aval (production d’électricité), l’un sécurisant l’autre. Les pays qui développent massivement le solaire (Allemagne, États-Unis, Chine...) ont su construire une industrie nationale. Et les consommateurs seront d’autant plus séduits que leurs équipements solaires seront en partie fabriqués dans l’Hexagone, créant ainsi des dizaines de milliers d’emplois.
Pour l’heure, Tenesol et Photowatt sont à la peine, alors que le marché français explose et que plusieurs régions (PACA, Poitou-Charentes...) évaluent leur potentiel solaire. Comment être compétitif ? EDF EN assure qu’avec First Solar, il a choisi "la technologie la moins chère" tout en offrant le meilleur rendement énergétique. Il indique aussi que le ministère de l’écologie a commandé une étude d’impact sanitaire qui a conclu à l’innocuité du tellurure de cadmium présent dans les panneaux. First Solar a d’ailleurs prévu une unité de recyclage des modules.

La Chine est devenue la référence

La concurrence chinoise est féroce. C’est désormais la référence du marché. "Ils produisaient comme le français Photowatt en 2008 ; cinq ans plus tard, ils produisent cinquante fois plus", note Thierry Lepercq, PDG de Solairedirect, qui fabrique des modules, les installe et produit de l’électricité. "Il n’y a aucune raison de capituler", dit-il. À son usine d’Afrique du Sud, il va ajouter une unité de production (35 MW par an) dans le Val de Durance, qui emploiera 140 personnes.
"Le coût est le seul facteur qui a limité le développement du photovoltaïque, mais l’industrie a su démontrer sa capacité à les réduire rapidement", souligne une récente étude du cabinet A.T. Kearney réalisée pour l’Association européenne de l’industrie photovoltaïque (EPIA). Ses auteurs estiment que "des progrès techniques rendront possibles de nouvelles baisses substantielles de coût". En 2020, avancent-ils, de 57 % à 76 % de l’électricité solaire (selon les scénarios de développement) pourraient se passer d’aides.


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