Energies

Energie thermique marine : une occasion en or gaspillée

72 millions d’euros pour la Martinique, combien pour La Réunion ?

Manuel Marchal / 12 juillet 2014

A La Martinique, la DCNS et Akuo viennent de rafler le pactole : 72 millions d’euros de l’Europe grâce à une technique initiée à La Réunion. Cette information interroge : pourquoi l’application industrielle de l’énergie thermique marine ne s’est pas faite à La Réunion ? Cette technique de production d’energie est en effet capable de remplacer les centrales à charbon et de rendre inutiles les turbines à combustion…

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Vue du projet présenté aux journalistes.

Entre 1999 et 2010, La Réunion était lancée dans un programme d’autonomie énergétique pour 2025 lancé par Paul Vergès. L’objectif était de couvrir tous nos besoins, y compris le transport, par les énergies renouvelables. Pour les déplacements, 2 projets permettaient de régler une grande partie de la question : le tram-train et la couverture de la route des Tamarins en panneaux photovoltaïque pour alimenter les véhicules électriques.

Pour l’industrie et les besoins des particuliers, l’ARER travaillait à rechercher une énergie dite de base, capable de délivrer une puissance constante, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Une partie de l’équation devait être résolue par la géothermie, et l’essentiel par l’énergie thermique marine ou ETM.
Cette technique permet de produire de l’électricité en utilisant la différence de température entre le fond marin et la surface de la mer. Elle est particulièrement adaptée aux tropiques, là où cette différence est importante.

Avec Paul Vergès à la Région, le projet d’un prototype devant être construit à Saint-Pierre était sur les rails. Une fois le procédé validé, la production industrielle devait commencer. Avec l’ETM, le poids des centrales thermiques d’EDF et de Albioma allait progressivement décliner, pour s’effacer quand les procédé de stockage de l’électricité produite par le photovoltaïque et l’éolien seraient opérationnels à grande échelle.

Mais en 2010, les socialistes offrent la Région à Didier Robert, et la dynamique est brisée. Car si le démonstrateur est bien construit à Saint-Pierre, il sert à valider une technologie dont l’application industrielle bénéficie à la Martinique et à deux entreprises qui ne sont pas réunionnaises : DCNS et Akuo. Mardi, leur projet a été désigné lauréat d’un financement de l’Europe, avec à la clé 72 millions d’euros.

C’est Outre-mer Première qui a annoncé la nouvelle. Au micro, la personne qui répond aux questions des journalistes au nom d’Akuo n’est autre que l’ancien secrétaire général aux Affaires régionales de la préfecture de La Réunion à l’époque Maccioni…
Pour La Réunion, c’est une occasion en or gaspillée, car ce transfert de technologie ne rapporte rien à notre pays. Et pendant qu’en Martinique l’ETM mise au point à La Réunion se développe, Albioma prévoit de construire une nouvelle centrale au fuel avec l’accord d’EDF !

M.M.

Extraits de la dépêche de 1ère Info


NEMO, le projet de centrale flottante, au large de la Martinique a été désignée hier lauréat d’un programme européen et doté d’un financement de 72 millions d’euros. Cette centrale utilisera une technologie tout à fait innovante mise au point à La Réunion : l’énergie thermique des mers.

Qu’est-ce que l’énergie thermique des mers ?
L’énergie thermique des mers permet de fabriquer de l’électricité en utilisant la différence de température entre les eaux de surface et les eaux profondes des océans. « La Martinique est le lieu idéal pour mettre en place ce type de centrale, explique Jean Ballandras, directeur énergies marines d’Akuo, car la température des eaux de surface est toujours supérieure à 25° et l’eau en profondeur est à 5°. Cet écart de 20°, c’est la clef de tout. C’est ce qui permet d’avoir la performance pour créer cette énergie ».

A quand remonte cette technologie ?
Ce projet NEMO en Martinique doit son nom à Jules Verne. « Le capitaine Nemo dans « 20 000 lieues sous les mers » avait déjà imaginé le principe de cette technologie, raconte Jean Ballandras, directeur énergies marines d’Akuo. Et puis les Français ne sont pas des novices en la matière. Deux fermes au large de Cuba et de Rio de Janeiro avaient ainsi été crées, sous l’impulsion d’un ingénieur français visionnaire, George Claude ».

Quel sont les avantages de cette énergie thermique des mers ?
« C’est une énergie idéale pour les îles tropicales comme La Martinique ou La Réunion, souligne Jean Ballandras, car c’est une énergie qui n’est pas intermittente. Contrairement au solaire ou à l’éolien, l’électricité produite grâce à l’énergie thermique des mers le sera en permanence. L’autre avantage, ajoute le responsable d’Akuo, c’est que la centrale ne provoque aucune nuisance sonore, olfactive ou visuelle. Elle est aussi inoffensive pour les espèces animales à proximité ».

Est-on sûr que ça marche ?
DCNS travaille sur ce projet de centrale depuis 2008. En 2011, un prototype a été construit sur terre (avec une installation dédiée en eau douce) à Saint-Pierre de La Réunion. Cette machine fabriquée en coopération avec des étudiants a permis de valider le principe de l’échangeur thermique nécessaire au bon fonctionnement de la future centrale NEMO.

Quelles retombées Martinique ?
C’est le seul projet localisé dans une RUP (Région ultrapériphérique) qui bénéficie d’un financement européen NER 300 (New Entrant Reserve 300) doté d’un budget de 72 millions d’euros. « C’est un projet avant-gardiste que les élus martiniquais ont déjà adopté, confie Jean Ballandras d’Akuo. La Région présidée par Serge Letchimy est très impliquée dans ce projet ainsi que la mairie de Bellefontaine. Et puis localement, c’est une source d’emplois. Nous aurons besoin d’ouvriers spécialisés, de techniciens et d’ingénieurs, même s’il est encore difficile de donner des chiffres ».


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