Energies

L’Indonésie mise sur l’électricité géothermique

Témoignages.re / 27 octobre 2009

"Témoignages" reproduit un article du journal "Le Monde" du 24 octobre 2009. La géothermie, grâce au Piton de la Fournaise, fait partie des ressources que La Réunion peut exploiter afin d’atteindre l’autonomie énergétique en 2025 et d’œuvrer à son échelle dans la lutte contre le changement climatique.

En prévoyant de présenter son programme de lutte contre le changement climatique, le 7 décembre, à l’occasion du sommet sur le climat à Copenhague, l’Indonésie compte bien redorer son blason environnemental sur la scène internationale. Le pays s’est en effet doté d’un plan d’action en quarante-cinq points, qui vise à réduire ses émissions de gaz à effet de serre.

Energies, forêts, industries, transports : tous les secteurs responsables de rejets font désormais l’objet d’une surveillance et d’études d’impact sur l’environnement. L’objectif est simple : descendre du podium que l’Indonésie occupe avec la Chine et les Etats-Unis au palmarès des pays émettant le plus de dioxyde de carbone (CO2). Dues en majorité à une déforestation à outrance (800.000 hectares par an) et à de vastes incendies de tourbières, ces émissions devront diminuer de 26 % d’ici à 2020, a annoncé le gouvernement lors de la réunion du G20 qui s’est tenue en septembre à Pittsburgh (Etats-Unis).

Pour y parvenir, l’Indonésie a une botte secrète : son sous-sol. Situé le long de la ceinture de feu du Pacifique, avec près de 170 volcans en activité, l’archipel détient le plus gros potentiel géothermique au monde : 27 gigawatts (GW) d’énergie souterraine, soit 40% des réserves mondiales.

Plusieurs régions, nichées au coeur de massifs volcaniques, recèlent des "gisements" importants de vapeur d’eau. En témoignent ces éruptions de geysers et ces sources chaudes qui embrument les plantations de thé de Priangan, dans la province de Java ouest. Signe d’une intense activité tellurique, deux centrales géothermiques sont construites ici, à l’ombre des monts Patuha, Wayang et Tilu.

D’une puissance totale installée de 427 mégawatts (MW), les usines de Kamojang et Wayang Windu produisent de l’électricité grâce à la chaleur des entrailles de la Terre. Elles fonctionnent selon un procédé qui trouve sa source à des kilomètres de profondeur : d’immenses turbines, reliées à des réservoirs d’eau chauffée par le magma ou les roches chaudes, transforment cette vapeur en courant électrique.

Devant une telle énergie naturelle et renouvelable, les exploitants des centrales géothermiques ont déjà prévu d’augmenter leurs capacités de production. A Wayang Windu, l’extension du site a été signée cet été. Deux nouvelles unités devraient voir le jour dans trois ans, portant la puissance de l’ensemble à 400 MW.

Alternative propre au pétrole, au gaz et au charbon, la géothermie est un filon qui est pourtant loin d’être exploitée autant qu’il le pourrait en Indonésie. Avec sept installations, réparties sur les îles de Java, Sumatra et Sulawesi, la puissance installée totale n’excède pas un gigawatt (992 MW exactement), soit 2% de l’offre énergétique du pays.

En termes de puissance installée d’électricité d’origine géothermique, l’Indonésie arrive en troisième position dans le monde, seulement devancée par les Etats-Unis et par les Philippines, d’après les données de l’Observatoire des énergies renouvelables.

Selon Joël Daligault, directeur de l’Agence française de développement (AFD) à Jakarta, qui accompagne la démarche environnementale de l’Indonésie, deux facteurs grippent la machine géothermique : « D’une part, le coût important de l’exploration des sous-sols, ainsi que des forages, avec le risque pour les investisseurs de tomber sur un site peu productif. De l’autre, le prix d’achat de l’énergie, trop bas pour rentabiliser les investissements ».

La vapeur pourrait cependant être rapidement renversée : des mesures sont sur le point d’être mises en place pour séduire de nouveaux investisseurs. « Il y a eu beaucoup d’études pour améliorer le dispositif. Le pays s’oriente vers un système de subventions ou de fonds de garantie qui prendrait en charge les risques liés à l’exploration », poursuit Joël Daligault.

Autre avancée significative : la révision des tarifs d’achat de l’électricité. Un accord aurait été trouvé avec la compagnie publique PLN pour acheter plus cher le courant aux centrales géothermiques. Vendu aujourd’hui 4,5 cents de dollar (3 centimes d’euros), le kilowatt/heure pourrait finalement être négocié aux alentours des 7 cents (4,5 centimes).

L’Indonésie ne veut plus perdre de temps dans le domaine des énergies renouvelables. Son programme national, tel qu’il sera présenté à Copenhague, prévoit un renforcement notable de l’offre géothermique. On annonce, d’ici à trois ans, l’installation de 10 nouveaux gigawatts de puissance électrique installée dans le pays, dont plus de la moitié proviendrait de la chaleur terrestre, ce qui permettrait d’éviter, selon les spécialistes, l’émission de 82 millions de tonnes de CO2 dans l’atmosphère.

Sur l’île de Bali, des prospections ont eu lieu dans le nord de l’île, à Bedugul, une région de lacs et de montagnes. C’est dans ce secteur, éloigné des plages touristiques, que pourrait être implanté un des nouveaux grands projets géothermiques du pays. Selon Ni Made Widiasari, consultante et spécialiste de l’environnement, le site est idéal pour l’implantation d’une centrale : « On se trouve au cœur d’une plaine volcanique datant de l’ère du quaternaire, avec la présence de lave et de roches pyroclastiques (projetées en l’air lors d’une éruption). Des mesures ont permis de trouver des sources d’eau chaude souterraines dont la température s’élevait à 290 °C », a-t-elle expliqué en juillet, à Bali, lors d’une conférence mondiale sur la géothermie.

Le projet est ambitieux et intéresserait déjà certains investisseurs. D’une puissance totale annoncée de 175MW, il pourrait voir le jour dès 2010.

Arnaud Guiguitant


L’Ethiopie lance un appel aux investisseurs

Certes, loin derrière l’Indonésie, l’Ethiopie possède, elle aussi, des ressources géothermiques non négligeables. Selon le ministère éthiopien des mines et de l’énergie, le potentiel de production d’électricité d’origine géothermique serait de 5000 mégawatts (MW) dans le pays. Le ministère a d’ailleurs lancé, début octobre, un appel aux investisseurs étrangers. « Les investisseurs bénéficieraient des ressources géothermales intactes de l’Ethiopie, concentrées dans la grande vallée du Rift », a souligné le ministre des mines et de l’énergie, Alemayehu Tegenu, promettant aux entreprises intéressées la mise à disposition de terres et d’infrastructures. « Seulement 7MW sont exploités pour le moment », au sud de la capitale Addis-Abeba, précise le ministère, assurant que « plusieurs sites d’une capacité de production de 200MW sont prêts à recevoir des investissements privés ».

L’Ethiopie, qui dispose par ailleurs d’un important potentiel hydroélectrique, est confrontée à des pénuries d’électricité dues à une augmentation de la demande, tant par l’industrie que par les ménages, à la suite de programmes importants d’électrification des zones rurales.


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