Energies

« Le photovoltaïque n’est pas un produit financier »

Bruno Cohen, responsable de la SFER

Céline Tabou / 5 octobre 2010

Responsable de la Société Fournisseur d’Énergies Renouvelables (SFER), Bruno Cohen explique que le gouvernement coupe la branche de la filière photovoltaïque au lieu de l’élaguer. Voici une analyse sur l’impact des mesures prévues dans le prochain budget de l’État sur la filière photovoltaïque à La Réunion.

Combien d’emplois représente le photovoltaïque à La Réunion, y a-t-il beaucoup de projets en cours ?


- En ce qui concerne la SFER, nous avons généré la création de 249 emplois directs et indirects en deux ans, et nous embauchons encore. Nos confrères ont à peu près réalisé les mêmes chiffres que nous, notamment dans la création d’emplois et l’activité. Car nous avons installé près de 500 centrales en septembre 2010, et nous avons plus de 3.000 demandes de devis. Nous devrions installer près de 700 panneaux solaires, nous avons beaucoup de projets.

La baisse des tarifs de rachat de l’électricité photovoltaïque par EDF et la diminution de la défiscalisation risquent-elles de demander un coup d’arrêt à la filière ?


- La baisse des tarifs n’a pas d’impact réel sur notre activité en 2010. Nous avions déjà signé des contrats, mais pour la profession, cela va troubler l’année 2011. La baisse est juste, et elle devrait encore diminuer, car le souci est que l’esprit de la loi n’est pas respecté dans le photovoltaïque. On ne peut pas faire du photovoltaïque un produit financier. Il y a une volonté d’aménager des petites structures en énergie solaire, et l’État accompagne cette installation (assurances, maintenance, changement des panneaux, etc). L’État a donc créé un tarif pour installer ces centrales et permettre une autosuffisance énergétique. Car les maisons entrent, comme nos réfrigérateurs, dans un classement énergétique.
L’inconvénient est que les grands groupes industriels ont vampirisé le marché, et usé du soutien financier de l’État. Ceux-ci ont fait d’importants profits faisant disparaitre certaines structures plus petites. Le but de la loi est de permettre à tous les citoyens d’avoir une centrale photovoltaïque, il ne s’agit pas de faire des profits à outrance.
De même, le Girardin Industriel est gênant, car le photovoltaïque est éligible dans cette loi, (sujette à des modifications - NDLR), cependant, il faut garder la défiscalisation, bien qu’elle ne soit réservée qu’aux petites centrales. Le souci est qu’EDF définit deux catégories de producteurs d’énergie. D’un côté les particuliers, qui vont installer moins de 15 panneaux solaires, et de l’autre les professionnels, qui doivent se regrouper en société, car ils possèdent plus de 20 mètres carrés de surface. Il faut maintenir la défiscalisation, mais réservée uniquement aux centrales de 360 kilos Watt, et aux petites centrales.

Dans ces conditions, le projet de Temergie (15.000 emplois) est-il menacé ?


- En effet, ce projet est menacé, parce que l’État coupe tout lorsqu’il se rend compte des abus, au lieu de réguler la filière.
Le gouvernement ne fait pas de distinction entre les différents marchés. Je suis d’accord pour le contrôle et la vérification des sociétés purement financières qui n’appliquent pas l’esprit de la loi, car le photovoltaïque n’est pas fait pour gagner de l’argent, mais est un acte citoyen.
En contrepartie, le gouvernement pourrait maintenir un faible taux d’imposition qui sera amorti sur douze ans au lieu de huit. Ce n’est pas quelque chose de grave pour le consommateur, car cela permet un juste équilibre. Avec son chauffe-eau solaire, on fait un acte citoyen, il ne s’agit pas de faire ça pour que cela nous coûte.

Propos recueillis par Céline Tabou


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