Energies

Pétrole : Causes et conséquences de la crise pétrolière actuelle

Hausse des prix du pétrole

Témoignages.re / 24 septembre 2005

Ressource non renouvelable le pétrole est aujourd’hui l’énergie dominante. L’industrie pétrolière est une activité capitalistique et aléatoire qui produit énormément de rente. Julien Baddour de l’Université de La Réunion montrait lors de la table ronde organisée mercredi dernier par la CCIR en quoi l’actuel choc pétrolier est différent des autres et en quoi il peut être salutaire.

Le pétrole a été utilisé par les Mésopotamiens, les Phéniciens, les Égyptiens et les Chinois dans des domaines différents. L’histoire de l’industrie du pétrole commence véritablement avec le forage d’un gisement pétrolier du colonel Drake en 1859. La révolution industrielle et l’accroissement de la population offraient au pétrole un marché potentiel considérable : le 20ème siècle étant qualifié le "siècle du pétrole".

Un choc de demande

Le pétrole est une source d’énergie par excellence, il est une matière première exceptionnelle (il y a 70.000 types d’utilisation de pétrole et ses dérivés : carburant, lubrifiant, etc.) Le pétrole est une source de richesse inégalable, en 2005, le surplus pétrolier est estimé à 1.500 milliards d’euros. Les deux tiers reviennent aux pays consommateurs sous forme de taxes pétrolières (TIPP et TVA). Cependant la combustion du pétrole émet des effets nuisibles à l’environnement.
L’actuel choc pétrolier est différent des autres chocs pétroliers par son ampleur (les prix du baril ont augmenté de 160% en 1973, 108% en 1979 et de 196% depuis 2002), par sa durée (la durée de l’actuel choc pétrolier est de 43 mois (depuis 2002) contre 10 mois en 1979 et de 9 mois en 1973) et par sa nature : les deux premiers crises pétrolières sont des chocs d’offre de production. La crise actuelle est un choc de demande.

Des causes fondamentales et ponctuelles

Les causes fondamentales de l’actuel choc pétrolier relèvent d’une hausse forte et imprévue de la demande mondiale de pétrole, de la saturation des capacités de production de l’OPEP, de l’insuffisance des capacités de raffinages des pays consommateurs notamment aux USA. De plus l’industrie pétrolière est devenue très concentrée et fortement dominée par les 4 super majors. S’y ajoute la guerre de l’Irak et un sous-investissement dans l’industrie en raison de La faiblesse du prix du pétrole depuis 1985.
Mais il y a aussi les causes ponctuelles dues à la forte tension géopolitique au Moyen-Orient : attentats terroristes en Arabie Saoudite, la situation chaotique en Irak, la crise nucléaire en Iran, les troubles sociaux et ethniques au Nigeria ou en Équateur, des grèves en Norvège, différence politique entre Le Venezuela et les États-Unis. Les cyclones et ouragans dans le Golf du Mexique participent aussi à cette crise : Yvan en 2004 et l’ouragan Katrina en 2005. Sans compter la spéculation sur les prix du pétrole.

L’avenir est incertain !

En matière d’énergie et surtout de pétrole, malgré la sophistication des outils utilisés, la prévision pure demeure un exercice impossible. "On s’est tellement trompé dans le passé que l’on a aujourd’hui la certitude de ne pas savoir prévoir". À court terme, il y a une forte tension entre l’offre et la demande mondiale de pétrole. Le dommage causé par le passage du cyclone Katrina a considérablement exacerbé la situation actuelle : le prix du pétrole peut très bien descendre à moins de 50 dollars comme il peut dépasser les 70 dollars voire les 80 dollars.
À long terme, en raison des incertitudes au niveau économique, climatique, technologique, et politique, les investissements en infrastructure ne se font pas. Les réserves de pétrole sont importantes, mais on n’arrive pas à les exploiter en raison de ces incertitudes.

Un choc salutaire ?

Le choc pétrolier actuel peut être salutaire pour trois raisons.
La première est qu’il peut relancer, en améliorant le rendement des investissements dans l’industrie, la production de pétrole en amont et la construction des nouvelles raffineries en aval. Cet argument est d’autant plus vrai que les pays de l’OPEP désapprouvent la hausse actuelle des prix du pétrole et qu’ils sont prêts à investir pour augmenter leurs capacités de production. La deuxième est que, en réduisant la consommation mondiale de pétrole, ce choc peut réduire le gaspillage d’un produit épuisable et précieux. Enfin ce choc, en améliorant la rentabilité, peut relancer l’exploitation des ressources d’énergies renouvelables et les politiques d’économies de l’énergie.

Julien Baddour


Kanalreunion.com