Environnement

Accélération de la fréquence des catastrophes aux conséquences très importantes

Une caractéristique du début du 21ème siècle

Manuel Marchal / 18 mars 2011

Cela fait sept jours qu’un tremblement de terre suivi par un tsunami a ravagé le Nord-Est du Japon. Les morts se comptent par milliers, les disparus sont encore plus nombreux et la troisième puissance économique du monde mettra des années à se relever d’un tel séisme. À ces dégâts s’ajoute la menace d’explosion de plusieurs réacteurs nucléaires. Cette catastrophe confirme que la conjugaison de la croissance démographique, du changement climatique et de la révolution technologique amène le monde à subir de plus en plus souvent des catastrophes aux coûts humains et économiques considérables.

Le tremblement de terre que vient de connaître le Japon n’est pas le plus meurtrier de son Histoire. Le monde a déjà vécu des séismes beaucoup plus meurtriers. En 1556, le tremblement de terre de Shaanxi en Chine avait fait plus de 800.000 victimes.
Mais ce qui est nouveau en ce début de 21ème siècle, c’est la répétition de phénomènes aux conséquences très importantes.
Au cours des six dernières années, le monde a connu le tsunami du 26 décembre 2004 (plus de 250.000 victimes), l’ouragan Katrina (1.800 morts et 86 milliards de dollars de dégâts), le séisme du Kashmir en 2005 (75.000 morts), le cyclone Nagis en Birmanie en 2008 (138.000 décès), le tremblement de terre du Sichuan en Chine en 2008 (plus de 70.000 morts), celui d’Haïti en 2010 (plus de 200.000 morts), les incendies de 2009 en Australie suite à la canicule (209 morts), ceux de 2010 en Russie pour la même raison (54 morts et baisse de 30% des récoltes), les inondations au Pakistan (3.000 morts et 10 millions de sans-abri), celles d’Australie fin 2010 et début 2011 ont recouvert une surface plus grande que la France. Dernière catastrophe en date, le séisme au Japon va sans doute battre tous les records de coût et le nombre de sans-abri est déjà de 500.000.

Croissance démographique

Cette aggravation des dégâts s’explique par plusieurs facteurs. C’est tout d’abord l’accroissement démographique. Le Pakistan avait déjà été touché par d’importantes inondations, mais à l’époque, la population de cette région du monde était estimée à quelques dizaines de millions d’habitants, contre plus de 170 millions aujourd’hui.
La croissance démographique est couplée avec l’exode rural. La population des villes ne cesse de croître, et les plus importantes se situent à proximité de la mer. L’urbanisation croissante fragilise les barrières naturelles que peuvent être la mangrove ou le corail, elles laissent des villes de plusieurs millions d’habitants sans protection face aux conséquences des cyclones ou des raz-de-marée.

Changement climatique

Or ces deux phénomènes voient leur puissance augmentée par un autre facteur : le changement climatique.
En effet, la fonte des glaces provoquée par l’élévation de la température fait augmenter le niveau de la mer. À cela s’ajoute l’effet de dilation causé par la hausse de la température des océans. Conséquence : le volume d’eau présent dans les mers augmente. Ce changement n’a pu qu’amplifier la violence des tsunamis de 2004 et de celui qui vient de ravager la côte Nord-Est du Japon.

Révolution technologique

La concentration de la population dans les zones côtières a aussi pour effet d’y favoriser la concentration des industries. Depuis un peu plus de 150 ans, un mode de développement s’est accompagné d’une révolution technologique. Il a permis à une petite minorité de la population mondiale d’atteindre un niveau de confort sans précédent dans l’Histoire de l’humanité. Mais le prix à payer pour ce modèle est l’utilisation massive d’énergies polluantes et dangereuses.
Située au bord de la mer, la centrale nucléaire de Fukushima est une illustration de cette révolution technologique. Elle permet de produire une quantité très importante d’électricité en peu de temps, mais à partir d’une énergie qui n’est pas maîtrisée à 100% car très dangereuse en cas d’incident. Depuis le passage du tsunami, cela fait une semaine que la centrale s’est emballée, et les pires scénarii sont envisagés.

Et La Réunion

Dans notre île également tous ces facteurs sont présents. La population de l’île dépasse 800.000 habitants et se dirige vers le million. La Réunion est une île tropicale, et elle subit les conséquences du changement climatique : hausse du niveau de la mer et fragilisation de la barrière corallienne protectrice. Enfin, sa population et ses industries se concentrent sur le littoral. En témoigne la future centrale thermique construite par EDF et installée en bordure de mer.
Si le Japon a pu préserver son existence, il le doit à l’anticipation de ses dirigeants qui ont réussi à imposer des normes de construction anti-sismiques. Cela n’a pas suffi à résister au tsunami, mais cela a probablement sauvé la vie de centaines de milliers de personnes.
Pour notre île, le salut se situe également dans l’adaptation. Comment préserver la population de La Réunion du 21ème siècle d’un cyclone aussi puissant que celui de 1948 ? La catastrophe du Japon montre que même la troisième puissance économique du monde n’est pas à l’abri.

Manuel Marchal


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