Environnement

Ce que les Outre-mer apportent à l’Europe : l’atout des TAAF

Recherche sur l’impact des changements climatiques, réservoir de biodiversité, pôle d’excellence dans l’exploitation durable des ressources maritimes, zone économique exclusive…

Témoignages.re / 24 août 2009

Le départ vendredi des chefs de district des îles de Crozet, Kerguelen et de l’archipel Saint-Paul et Amsterdam, à bord du Marion Dufresne qui avait jeté l’ancre au Port, est l’occasion de rappeler que les Terres australes et antarctiques françaises est une composante importante des Outre-mer. Elles constituent des lieux d’études de premier plan pour l’impact des changements climatique. Région de la République la plus proche des TAAF, La Réunion est le siège du préfet de TAAF, et la base arrière de toutes les recherches qui y sont menées. Preuve de leur importance, les TAAF ont fait l’objet de propositions spécifiques dans le cadre du Grenelle de la mer.

2,4 millions de kilomètres carrés de zone économique exclusive, soit près de cinq fois la superficie de la France, les Terres australes et antarctiques françaises contribuent à donner à la France et à l’Union européenne leur rang de deuxième puissance maritime du monde.
Par ailleurs, la dispersion géographique des Terres australes et antarctiques françaises selon un gradient exceptionnel qui va des tropiques au cœur du 6ème continent, l’isolement géographique et l’occupation très limitée par l’homme confèrent à ce Territoire des enjeux scientifiques et environnementaux de première importance.
Les TAAF accueillent ainsi de nombreuses activités de recherche sur les districts, dans des domaines très variés, touchant aussi bien les sciences de la vie que les sciences de l’univers, et ce depuis plusieurs décennies. Alors que les axes de recherche sont pour la plupart en prise avec des questions sociétales évidentes (changements climatiques, biodiversité, trou d’ozone...), ils subissent régulièrement une inflexion en fonction de l’évolution des stratégies scientifiques nationales et internationales. A cela s’ajoutent des observatoires de la Terre (sismologie, magnétisme, ionosphère, chimie atmosphérique...) qui jouent un rôle essentiel dans le maillage de la planète, dont le réseau est particulièrement lâche dans les régions australes. La présence de Météo-France sur tous les districts permet de maintenir cet effort observatoire dans le domaine de la météorologie dans ces régions isolées mais non dépourvues de trafics maritimes. Ces observatoires ainsi que le suivi à long terme des populations animales et végétales ont toujours reçu la plus haute priorité, permettant aux équipes françaises de disposer des plus longues séries de données disponibles en Antarctique et Subantarctique.
Avec une moyenne annuelle de plus de 225 chercheurs accueillis dans les TAAF pour œuvrer à travers une soixantaine de programmes mis en œuvre par l’Institut Polaire Français Paul-Emile Victor (Ipev), ce sont près de 900 scientifiques qui ont séjourné sur les districts austraux et antarctiques (hors Concordia) depuis 2004. En parallèle à cette activité de recherche soutenue, il faut souligner la présence d’installations du CNES à Kerguelen (suivi satellitaire) et du CEA à Crozet, Kerguelen et prochainement en Terre Adélie (veille relative au Traité d’interdiction complète des essais nucléaires –TICE- signé à New York le 24 septembre 1996).
L’excellence de la recherche en Antarctique et Subantarctique se mesure non seulement à la réputation des équipes de recherche au niveau international, mais aussi, de manière plus quantitative, au nombre de publications produites par les chercheurs français dans les revues scientifiques de haut niveau (revues à comités de lecture indexés par ®ISI). Ainsi, la France occupe le 5ème rang mondial des auteurs d’articles relatifs à l’Antarctique (derrière de grands pays tels que les USA, le Royaume Uni, l’Australie et l’Allemagne), et au 1er rang en ce qui concerne le Subantarctique (étude bibliométrique portant sur les années 1992-2007 ; la même étude sur les années récentes confirme ces classements).

L’intégration des îles Eparses

Plus récemment est apparue une dimension nouvelle avec l’intégration des îles Éparses. La thématique est la même que pour les australes, des terres difficiles d’accès, avec une biodiversité préservée et des programmes scientifiques implantés depuis des années (presque 60 ans d’observations sur les tortues marines). Cette similitude explique notamment pourquoi certaines équipes scientifiques développent leurs études sur les Éparses et en domaine Antarctique et Subantarctique.
Afin de favoriser le développement de la recherche dans ces îles, les TAAF ont organisé une rotation exceptionnelle du "Marion Dufresne" en avril 2009. Après une sélection rigoureuse des différentes demandes scientifiques, 18 programmes de recherches qui regroupent des disciplines tels que la géomorphologie, la biologie, ou encore les sciences de l’Homme ont été mis en place.
En partenariat avec l’agence des Aires Marines Protégées, d’autres projets concernant la biodiversité sont en cours d’élaboration. La signature d’une convention cadre entre les TAAF et l’agence permettra de mettre en place dès 2009 des programmes communs.


Grenelle de la mer

Faire des TAAF un espace d’excellence dans la gestion raisonnée des richesses de la mer

Les TAAF génèrent 2,4 millions de km² de zones économiques exclusives. L’isolement des districts ajoute au caractère maritime de ce territoire, et la grande variété des milieux et des climats leur confère une richesse écologique incontestable.
La pêche s’y développe pourtant harmonieusement. C’est le fruit d’une méthode et d’efforts permanents. La gestion intégrée des espaces maritimes est un chantier en perpétuelle évolution, avec notamment la construction d’un réseau d’aires marines protégées.
Les TAAF ont apporté leurs contributions à la démarche du Grenelle de la mer, à l’occasion d’auditions organisées pendant la phase de consultation en mai 2009. Ils y ont également participé par le biais des états généraux de l’outre mer. Sur les six propositions très concrètes faites par les TAAF et issues de leur expérience pragmatique de gestionnaire de pêcheries et d’environnement marin, quatre ont été intégralement reprises par les conclusions nationales du Grenelle de la mer arrêtées par le Ministre d’Etat Jean Louis Borloo en juillet 2009 :

- Classer les écosystèmes marins tropicaux notamment la partie terrestre de l’île d’Europa et de ses eaux territoriales en Réserve Naturelle Nationale à l’horizon fin 2010.
En concertation avec les collectivités d’outre-mer et dans le respect de leurs compétences propres, créer une aire marine protégée dans les îles Eparses et dans les îles Marquises.

- Pour La Réunion, promouvoir une certification des pêcheries sous des labels écologiques après concertation avec les professionnels ; il s’agit parallèlement de lancer une démarche en vue de la labellisation de l’ensemble des pêcheries exercées dans les TAAF.

- Impliquer davantage les collectivités de l’outre-mer, y compris les TAAF, dans les enceintes internationales compétentes, soit parce que leur statut permet d’avancer des propositions strictement françaises de manière autonome (COM), soit parce qu’elles possèdent des compétences pratiques qui leur permettent d’apporter expertise et savoir faire dans le domaine maritime (DOM).

- Faire des Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF) un espace de recherche et d’excellence en matière de pratiques maritimes durables.


Un Plan d’Action Biodiversité

59 actions pour préserver les richesses naturelles

Les TAAF sont des écosystèmes isolés et fragiles où la faune et la flore n’ont pas développé de mécanismes de défense contre la colonisation par de nouvelles espèces. Les espèces envahissantes sont donc une des principales menaces qui pèsent sur le maintien de leur biodiversité.
Les changements climatiques, ou les activités de pêche illégale affectent également les populations animales et notamment aviaires. A ce titre, l’Union International pour la Conservation de la Nature (UICN) considère que l’ensemble des albatros présents dans les TAAF pâtit d’un statut de conservation défavorable.
L’installation des bases permanentes dans les années 50 s’est traduite par une perturbation importante du milieu. Outre les espèces invasives associées à ces implantations, la quantité de déchets « historiques » actuellement présents sur les différentes îles témoigne de cette époque.
Les richesses biologiques des TAAF sont donc actuellement sensiblement menacées.
En signant la Convention de Rio en 1992, la France s’est engagée à « préserver la diversité biologique pour satisfaire les besoins et les aspirations des générations futures ». Afin de répondre à cet engagement, la France a mis en place en 2004 une « Stratégie nationale pour la biodiversité ».
Pour les TAAF, cette stratégie se traduit par la rédaction en 2008 du premier Plan d’Action Biodiversité puis de sa mise en œuvre sur la période 2009-2010. Ce plan d’action constitue un instrument fondamental précisant l’orientation de la politique environnementale sur l’ensemble des territoires des TAAF. Il constitue un document référence qui permet de pérenniser les actions de conservation d’ores et déjà engagées et d’en impulser de nouvelles.
Dans le cas des terres australes, ce document vient initier les actions qui seront menées dans le cadre du plan de gestion de la réserve naturelle actuellement en cours de rédaction (effectif fin 2009).
Le plan d’action couvre des domaines tels que la lutte contre les espèces invasive et leur introduction, la restauration des milieux, l’amélioration des méthodes de pêche, la conciliation des activités humaines et la préservation de l’environnement, l’adoption de mesures particulières pour des espèces au statut critique, l’implication d’un maximum d’acteurs, la communication autour de ces enjeux…
Pour 2009, le ministère en charge de l’écologie a financé ce plan à hauteur de 1,2 million d’euros, permettant ainsi la mise en œuvre concrète de ces projets.

Un total de 59 actions sont ou seront lancées sur la période 2009-2010. Quelques unes sont présentées ici.

Conserver des espèces en voie d’extinction : mise en place du plan national d’action en faveur de l’albatros d’Amsterdam (30 couples au monde)
Lutter contre les espèces invasives : éradication des espèces introduites
Restaurer des sites dégradés (dépollution, tri des déchets)
Développer les énergies renouvelables
Limiter les interactions entre l’environnement et l’activité de pêche


Renouvellement des chefs de district des TAAF

L’administrateur supérieur des Terres australes et antarctiques françaises est le préfet des TAAF qui siège à Saint-Pierre. Il dirige l’action des services de l’Etat dans le territoire.
Le Préfet détermine, par arrêté, les circonscriptions administratives du territoire, dénommées districts.
Cinq districts composent les TAAF : Crozet, Kerguelen, Saint-Paul et Amsterdam, terre Adélie et les îles Éparses (depuis février 2007).
Pour chaque district est nommé un chef de district dont les attributions sont déterminées par le Préfet.
Le chef de district est nommé pour une durée consécutive de 12 mois dans les districts antarctiques et subantarctiques.
Le chef de district est le délégué du Préfet, administrateur supérieur dans le district.
Il assiste l’administrateur supérieur dans la représentation territoriale de l’Etat et, sous son autorité :

- il veille au respect des lois et règlements et concourt au maintien de l’ordre public, de la sécurité et de la protection des personnes ;

- il anime et coordonne l’action, dans le district, des services de l’Etat.
Le chef de district est chargé de l’application de l’ensemble des règlementations relatives aux activités humaines sur les territoires terrestres et maritimes placés sous son autorité. Il représente avec dignité la France et les TAAF lors de réceptions sur le district des divers visiteurs français ou étrangers (pêcheurs, marine nationale ou marines étrangères).

Les chefs de districts

Départ sur le Marion Dufresne le 21 août :
CROZET : Sylvain Duvacher remplacera Patrick Haon

KERGUELEN : Nathalie Deschamps remplacera Frédéric Martineau

SAINT-PAUL ET AMSTERDAM : Eliane Ledoux remplacera Olivier Labeur

Départ sur l’Astrolabe novembre 2009 :
TERRE ADELIE : Marie-France Roy remplacera Laurence de la Ferrière

Depuis 2007
ILES EPARSES : Thierry Perillo


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