Environnement

Changement climatique et biodiversité : "Message de La Réunion"

18 mois après la conférence de Saint-Denis, 2010 est l’année de la biodiversité

Témoignages.re / 4 janvier 2010

Du 7 au 11 juillet 2008, la Région et l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) avaient organisé une conférence internationale. Elle a constitué le premier événement inscrit au programme de la présidence française de l’Union européenne. Plus de 450 délégués venus de plus de 40 pays insulaires avaient participé aux travaux qui ont débouché sur une déclaration intitulée "Message de La Réunion". Moins de 18 mois avant la Conférence de Copenhague, les représentants des îles souscrivaient à l’appel lancé par Paul Vergès : l’autonomie énergétique des îles en 2050.
Le 11 juillet 2008 à Saint-Denis, le "Message de La Réunion" avait été lu par Jean-Philippe Palasi de l’UICN ; Frédérico Cardigo du gouvernement des Açores, Evelyne Tarnus du Forum des Jeunes chercheurs, Henri Hoarau, président du Conseil général des jeunes de La Réunion. Voici quelques extraits de ce document.

« Les participants à la conférence "L’Union européenne et l’Outre-mer : stratégies face au changement climatique et à la perte de biodiversité" réunie à l’Île de La Réunion du 7 au 11 juillet 2008 :

- Expriment leur profonde gratitude à l’égard du Conseil régional et des habitants de La Réunion pour la généreuse hospitalité qu’ils leur ont offerte pendant la conférence. En outre, ils rendent hommage aux efforts pionniers de La Réunion dans le double domaine du changement climatique et de la perte de biodiversité, en particulier en établissant l’objectif ambitieux d’atteindre en 2025 l’autonomie énergétique en matière de production électrique.

- Expriment leur gratitude à l’égard de l’Observatoire national des effets du réchauffement climatique (ONERC) et de l’UICN qui ont collaboré étroitement et efficacement afin d’organiser la première Conférence majeure rassemblant tous les Pays et territoires d’Outre-mer (PTOM) et Régions ultrapériphériques (RUP) européens, les représentants d’autres îles ainsi que les Etats-membres de l’Union, les institutions européennes, des scientifiques, la société civile et des organisations internationales,

- Expriment enfin leur gratitude envers la Présidence française de l’Union Européenne pour le généreux soutien qu’elle a accordé à cette conférence,

- Reconnaissent le caractère unique du patrimoine naturel des PTOM et RUP européens, ainsi que les menaces qui pèsent sur celui-ci et les opportunités durables qu’il peut offrir,

- S’accordent sur des recommandations visant des interventions pour toutes les parties prenantes des PTOM et RUP européens,


- Invitent toutes les parties prenantes des PTOM et RUP européens (les institutions de l’Union européenne, tous les Etats-membres de l’Union Européenne et en particulier les gouvernements français, britannique, néerlandais, danois, espagnol et portugais, les autorités des RUP et des PTOM et les autres organisations concernées) à mettre en œuvre les recommandations en notant que :

• Les questions concernant la perte de biodiversité et le changement climatique ne peuvent être traitées efficacement que si le lien entre biodiversité et climat est reconnu, ce qui exige la participation des décideurs politiques, de la société civile, des scientifiques, du secteur privé et du public.

• Des scénarios spécifiques d’évolution du climat doivent être développés pour chaque RUP et PTOM, s’appuyant sur une modélisation à l’échelle régionale ; en conséquence, il convient de conduire des évaluations de la vulnérabilité au changement climatique et d’élaborer des plans d’adaptation dans tous les PTOM et les RUP, en tenant compte et en impliquant l’ensemble des secteurs concernés, en adaptant les outils et méthodologies existants ; enfin, ces mesures d’adaptation doivent être mises en œuvre et suivies.
• La qualité et la surface des aires protégées doivent être augmentées pour prendre en compte les impacts du changement climatique, l’approche par écosystème doit être appliquée en-dehors des aires protégées et le niveau de menace exercé par d’autres facteurs directs d’érosion de la biodiversité doit être réduit.

• L’impact environnemental de l’invasion d’espèces exotiques est bien plus important dans les PTOM et RUP de l’UE qu’en Europe continentale. La biodiversité insulaire est tout particulièrement vulnérable à l’invasion en raison de l’isolement prolongé des écosystèmes insulaires au cours de l’évolution. Les espèces exotiques envahissantes dans les PTOM et les RUP ont donc un impact très élevé dans les PTOM et les RUP, qui affecte fortement la biodiversité européenne au sens large. Les impacts socio-économiques sont aussi plus élevés dans des territoires lointains où les conditions de vie, la culture et les possibilités économiques dépendent souvent de services liés à la biodiversité et aux écosystèmes. On prévoit que le changement climatique, associé à d’autres pressions environnementales, aggravera la situation en perturbant le fonctionnement des écosystèmes et en modifiant la répartition des espèces.

• L’expertise économique est une (mais pas la seule) voie importante pour influencer les stratégies de développement et les décisions. La place de l’expertise économique doit être renforcée et des processus efficaces pour la diffusion des résultats doivent être développés. Les outils doivent être adaptés aux PTOM et aux RUP.
Il y a un besoin urgent :

- Que les Etats membres de l’Union Européenne et la Commission européenne, conjointement avec les RUP et les PTOM européens, établissent un dispositif volontaire de protection des espèces et des habitats, s’inspirant de l’approche Natura 2000. Ce dispositif devrait être flexible, adapté aux situations locales, prendre en compte de manière équilibrée les besoins de conservation et de développement et s’appuyer sur les mécanismes et outils existants. La mise en œuvre du dispositif devrait être basée sur un engagement local et un financement partagé,

- De souligner le besoin de protection, au niveau des espèces, en-dehors des aires protégées. La priorité devrait être donnée aux espèces mondialement menacées. L’élaboration des plans de restauration et de gestion est seulement une première étape dans le processus, et doit être suivie de sa mise en œuvre efficace,

- De reconnaître le besoin d’une mise en réseau des gestionnaires des parcs nationaux et des autres aires protégées, de manière à mettre en cohérence les programmes de suivis, échanger sur les meilleures pratiques, et mettre en commun les données,

- L’Union européenne, les Etats-membres concernés et les RUP et PTOM devraient être encouragés à adopter les recommandations et à les intégrer dans leurs stratégies pour l’action lorsque cela s’avère pertinent,

- Des actions devraient être lancées sans tarder pour le développement rapide d’un réseau de parties prenantes.

- L’Union européenne, ainsi que le cas échéant les États-membres, les organisations internationales concernées et les PTOM et RUP devraient renforcer leur implication dans les efforts régionaux de coopération.

- Les RUP et les PTOM devraient identifier, sur la base de leurs propres expériences, des actions innovantes visant à affronter les défis liés du changement climatique et de la perte de biodiversité, en partageant leurs expériences et meilleures pratiques avec leurs voisins,

- Les États-Membres concernés et l’Union Européenne devraient accorder davantage d’attention aux défis auxquels les RUP et les PTOM font face, dans les négociations internationales sur le changement climatique et la biodiversité,

- L’Union Européenne et les Etats membres devraient faire une référence plus forte aux PTOM et RUP dans le Livre blanc de la Commission européenne sur l’adaptation au changement climatique et inclure les PTOM dans l’Alliance pour le changement climatique mondial. L’attention doit être portée sur le fait que les RUP et les PTOM peuvent être des avant-postes pour la recherche et l’observation sur le changement climatique et ses impacts, notamment sur la biodiversité. »


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